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Couple et sexualité

Pornographie ou érotisme ?

Publié dans Châtelaine de février 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
La pornographie confine à soi alors que l’érotisme mène à l’autre.
 

Récemment, Victor, la vingtaine, me demandait par courriel : « Je ne fais pas la différence entre quelque chose de pornographique et quelque chose d’érotique. Pouvez-vous me l’expliquer ? » Je lui ai répondu, laconique : « C’est assez simple : dans la pornographie, les personnages pourraient ne pas avoir de tête (ou juste une grande bouche goulue à la place...). »

Certaines personnes trouvent tout obscène alors que d’autres vont jusqu’à accorder une valeur « éducative » au produit 3X. En général, le discours sur la pornographie est frileux : on craint de passer pour des censeurs.

La porno de l’un est l’érotisme de l’autre. J’ai déjà été assez d’accord avec cet énoncé. Je ne le suis plus. La différence entre les deux ne tient pas juste du décodage personnel, de la pudibonderie ou de la tolérance. Voici trois repères qui permettent de déterminer s’il s’agit ou pas d’images et de scènes pornographiques.

L’absence de relation. La porno exhibe raccords anatomiques et collisions génitales. On a peu de chance d’y voir des êtres humains qui vont à la rencontre l’un de l’autre, mais la certitude d’y trouver des morceaux de puzzle corporel convexes ou concaves qui s’abouchent les uns avec les autres.

La signature éjaculatoire. C’est une marque distinctive de la pornographie de bien montrer l’éjaculation. L’homme éjacule, immanquablement et visiblement, sur le visage, le ventre, les seins ou n’importe quelle partie... mais jamais (ou presque) dans le corps de la femme. Il pose sa griffe sur une marchandise.

Pas de baiser. Le baiser est en général absent du modèle porno. Normal, puisque s’embrasser oblige à rencontrer le visage et le regard de l’autre, ce qui suppose un minimum de relation ou d’investissement affectif. Et puis, pour se bécoter, encore faut-il avoir une tête…

Pour bien illustrer le propos, j’ai déjà présenté un scénario sans équivoque dans mon livre Le sexe en mal d’amour (Les Éditions de l’Homme) : « Dans un laboratoire de recherche aseptisé, une scientifique à lunettes observe des rongeurs. À chacun de ses mouvements, son sarrau s’ouvre sur deux montgolfières de solution saline qui ne risquent pas de s’envoler. Autour d’elle, trois austères collègues annotent les comportements des bestioles qui copulent à qui mieux mieux. Émoustillée, la chercheure zoophile lèche et pourlèche ses méga­babines collagênantes. À chaque petit coup de rein d’un petit rat, elle salive et se tortille au milieu de ses imperturbables confrères. Si bien que la voilà prise d’une rage absolument incontrôlable de renifler la bite du plus stoïque de ses collaborateurs. Comme une hystérique sevrée précocement, la furibonde se jette sur l’entrejambe soumise et comble illico sa rage névrotique de sucer la queue inconnue... Quant aux envieux comparses, ils se branlent vigoureusement et envahissent, mains et queues confondues, les autres orifices féminins vacants. Puis, à l’unisson, le trio viril se retire de partout pour se regarder, que dis-je, pour se contempler arroser qui, dans l’oreille, qui dans le chignon, qui dans les lunettes de la juvénile savante. Ainsi signée, paraphée, ointe, l’érudite pousse un éblouissant cri primal orgasmique. Une jouissance si convaincante qu’on est persuadé que les muqueuses buccales de cette fille sont une tapisserie de clitoris. »


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