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Couple et sexualité

Et si on visait l’interdépendance ?

Publié dans Châtelaine de juin 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
La dépendance affective maladive mine le couple. À l’inverse, l’indépendance à outrance exclut le véritable amour.
 

interdépendanceOn parle beaucoup de dépendance affective, ce mal qui rend une personne accro à une autre, ou aux autres, ou à l’amour. Conséquemment peut-être, la quête d’une totale indépendance affective est surestimée, voire encensée. Pourtant, cette dernière est tout aussi redoutable que son opposée : elle paralyse les êtres qui ont une peur bleue d’aimer et de se sentir pleinement vivants. Cette peur incite à saboter tout engagement malgré des sentiments qui, parfois, ne demandent qu’à prendre racine et à s’épanouir.

En fait, la dépendance affective a bon dos depuis une vingtaine d’années. On en parle à tort et à travers, toujours de façon négative : pourtant, une saine dépendance est nécessaire au développement et au maintien du projet amoureux. On traite à qui mieux mieux de DADA (Dépendant Affectif ou Désespérément Accro) son copain, sa collègue, sa coloc, quand on ne s’autoproclame pas membre de la confrérie des sangsues. Si bien que j’ai parfois l’impression que c’est dans l’air du temps de se laisser convaincre qu’on est toutes boulimiques d’affection.

Attention, je ne nie pas que le mal existe. Je l’ai trop souvent rencontré, hélas ! chez des jeunes filles et femmes n’existant que par leur reflet dans la prunelle du mâle, se liquéfiant si le coup de fil du bien-aimé, prévu à 19 h, se faisait encore attendre à 19 h 5... La personne atteinte de cette peste émotionnelle, résultat de carences affectives importantes au cours du développement, tente compulsivement de combler sa béance : elle adopte des comportements de peur et d’obsession, et manifeste un appétit d’ogresse pour les marques d’attention.

Pour expliquer ce fonctionnement pathologique, une image : c’est comme un verre en styromousse, préalablement perforé, qu’on tenterait de remplir d’eau. Évidemment, le liquide passe tout droit et le verre reste vide. La métaphore est limpide : le contenant percé symbolise la personne pleine de manques et l’eau, la nourriture affective qu’elle n’arrive pas à retenir. Le mari, l’amante ou n’importe quel être significatif aura beau donner, remplir, gaver la personne malade de gestes affectueux et d’attentions, cette dernière en redemande puisqu’elle ne conserve aucun nutriment et éprouve toujours une sensation de vide.

En fait, c’est simple : le dépendant affectif tire sa valeur de l’autre, comme le zéro reçoit la sienne du chiffre qui le précède.

L’indépendance affective aussi peut être nocive : je ne fais pas ici référence à la saine autonomie identitaire, cet état abouti (mais flexible) de celui ou celle qui jouit d’une solide estime de soi, sans besoins névrotiques de gratifications extérieures et d’applaudissements. Je pense plutôt à ce virus contaminant une large part de la population, gonflée de pseudosuffisance émotionnelle, blindée derrière une armure protectrice. Ces froussardes sentimentales ou poltrons de l’engagement s’empêchent de s’attacher autrement que superficiellement de manière à pouvoir se délier aisément et, surtout, à ne jamais éprouver le manque de l’autre.


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