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Couple et sexualité

L’orgasme à tout prix

Publié dans Châtelaine de juin 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
Un orgasme est un orgasme. Qu’importe sa source et son intensité. Pour autant qu’il soit satisfaisant.
 

Vous n’êtes pas une femme fontaine ? Vous ne jouissez pas sur commande ? La relation coïtale ne vous expédie pas au septième ciel ? Et puis après ? Vos orgasmes vous satisfont ? Vos rapports intimes sont joyeux et libres ? Votre vie sexuelle insuffle de la saveur à votre vie ? Formidable. Ne laissez personne vous convaincre que vous êtes un fossile de la volupté.

Vers la fin des années 1960, William Masters et Virginia Johnson ont été les premiers sexologues à observer la réponse sexuelle humaine en laboratoire. Depuis, la typologie des orgasmes féminins s’est allongée presque à l’infini. Après les orgasmes clitoridien et vaginal, il y a eu des orgasmes vulvaire, coïtal, simultané, utérin, éjaculatoire, post-éjaculatoire réflexe, « pointgéïste », et j’en passe. C’est à y perdre... son orgasme ! Pas étonnant que de nombreuses femmes se soient mises à se sentir incompétentes en n’éprouvant pas le dernier orgasme répertorié.

Tous les sexologues vous le diront, l’anorgasmie coïtale (difficulté ou incapacité d’avoir un orgasme par le va-et-vient du pénis dans le vagin) est un des motifs les plus fréquents de consultation chez les femmes. Rien de surprenant puisqu’on insinue, à mots couverts, que les « vraies femmes » jouissent ainsi. Or, le fait est que ça n’est pas le cas pour la plupart d’entre elles, si vraies et matures soient-elles !

Depuis la révolution sexuelle, qui a coïncidé avec l’avènement de la sexologie clinique, on a accordé une telle valeur à cette fugace expérience que certains l’ont comparée à un produit boursier. Le psychologue et sociologue Paul Watzlawick, l’un des plus grands théoriciens de la communication, a mis en parallèle la valeur de l’or et celle de l’orgasme : les caractéristiques du premier comme du second sont connues et vérifiables, mais leur valeur et le rôle qu’ils jouent dans l’économie de nos sociétés sont des réalités fabriquées de toutes pièces. Il ne faut jamais oublier que la cote de l’or est décidée deux fois par semaine par quelques bonshommes, dans un petit bureau londonien. Et la valeur de l’orgasme ? Récemment, des psychologues américains l’ont évalué à... 7 000 $. Je déduis de leur étude friponne que c’est le fait de l’atteindre qui vaut cette somme... Autrement, si chaque orgasme valait à lui seul ce montant, nous serions moins pauvres et les femmes multiorgasmiques rivaliseraient de richesse avec les Céline et Oprah de la planète.


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