Notre ami l’intestin: tout ce qu’il faut savoir

Notre intestin héberge un fabuleux écosystème – qu’on appelait jadis flore intestinale – qui a longtemps été ignoré et inexploré. On découvre aujourd’hui son impact diversifié sur notre santé.

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Les bactéries et autres microorganismes pensionnaires de notre tube digestif sont nos amis, et à un point que l’on n’imaginait pas. D’abord, leur nombre stupéfie. Grâce aux nouvelles technologies moléculaires, on a découvert que nous en abritons quelque 100 000 milliards, indispensables à notre survie. Ensuite, leur influence est immense : ils agissent sur la digestion, le poids, le système immunitaire, la résistance au stress et même l’humeur. « Pendant des années, on a ri des naturopathes qui insistaient sur l’importance du côlon, lance le Dr Martin Juneau, de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM). Mais on doit reconnaître aujourd’hui qu’ils avaient raison. »

Si ces microbes jouent un rôle aussi important, pourquoi a-t-on mis autant de temps à les détecter ? « Ils sont si petits qu’on ne pouvait pas les voir au micro­scope, explique le microbiologiste Richard Marchand, de l’ICM. On les a découverts par hasard, en travaillant sur le génome. »

Au début des années 2000, les premiers scientifiques qui scrutent des excréments à la recherche de bactéries passent pour des hurluberlus. Mais, dès 2010, on se rend compte que tous les êtres humains de la planète semblent se répartir en trois catégories – appelées entérotypes (du grec enteron « intestin ») –, en fonction des microbes contenus dans leur bas-ventre. Chaque entérotype se développerait sur de longues années, selon le régime alimentaire : Bacteroides, chez les grands consommateurs de viande et de graisse animale ; Prevotella, chez les mangeurs de fibres, de fruits et de légumes ; et Ruminococcus, chez ceux dont l’alimentation est variée.

Rapidement, les chercheurs constatent aussi que le microbiote des personnes en mauvaise santé est anormal : leurs bactéries sont moins abondantes, moins diversifiées et plus souvent nuisibles.

Alors, qu’est-ce qui détermine l’état de santé de ce précieux allié ? En partie, notre régime alimentaire, mais aussi la façon dont nous venons au monde. On sait maintenant que le microbiote des bébés nés par césarienne est plus pauvre que celui des bébés nés par voie naturelle. Lors de l’accouchement, l’enfant est exposé aux bactéries vaginales de la mère, qui vont ensuite coloniser son intestin et éduquer son système immunitaire. Le bébé né par césarienne acquiert plutôt les microbes de la salle d’opération et son système immunitaire s’en trouve moins bien outillé. Il a été démontré que les césariennes sont associées à un risque accru d’asthme, de maladie cœliaque et d’allergies.

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L’abus d’antibiotiques est une autre grave menace à la santé des bactéries de l’intestin. En septembre dernier, des chercheurs du CHU de Québec ont administré des antibiotiques couramment prescrits à des participants en bonne santé. Après le traitement, leur microbiote s’est retrouvé dégarni et colonisé par plusieurs mauvais microorganismes. Un déséquilibre qui peut durer jusqu’à un an, selon une étude effectuée au Royaume-Uni.

« Quand le microbiote est perturbé, la paroi de l’intestin devient moins étanche, ce qui permet à des bactéries pathogènes de la traverser, de se répandre dans le sang et de provoquer de l’inflammation », explique André Marette, directeur scientifique de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) à l’Université Laval. Or, toutes les grandes maladies de nos sociétés occidentales ont une cause inflammatoire : l’obésité, le diabète de type 2, les troubles cardiovasculaires et certains cancers.

Avec ces découvertes, la médecine amorcera une réelle révolution. « On vient de découvrir que le microbiote intervient dans la façon dont les patients réagissent aux traitements contre le cancer, dit Joaquin Madrenas, directeur du Microbiome and Disease Tolerance Centre de l’Université McGill. On est loin d’avoir fini d’explorer ce nouvel organe. »

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Notre deuxième cerveau

L’intestin contient aussi des millions de neurones, soit autant que le cerveau d’un chien ou d’un chat. Douée de cette intelligence, la paroi intestinale est en mesure d’absorber les éléments nutritifs tout en bloquant l’entrée aux microorganismes toxiques. De plus, la sérotonine, qu’on surnomme l’hormone du bonheur et qui fait défaut lorsqu’on est déprimé, serait produite à 95 % dans l’intestin.

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