Le soya : mythes et réalités

Un jour, c’est l’aliment miracle. Le lendemain, on l’accuse d’avoir des effets nocifs. Pour y voir clair, nous avons passé au crible les sept affirmations les plus fréquentes à propos du soya.

Anna Cipollone et Johanne Lauzon 0



 

1.?Le soya contient toujours des OGM.
Faux. En fait, on ne peut avoir de certitudes. Rien n’est indiqué sur les étiquettes. Une grande partie du soya cultivé dans le monde est génétiquement modifié, c’est vrai. Mais il est peu probable que le tofu, l’edamame et les boissons de soya vendus dans les épiceries québécoises soient issus de ce soya transgénique. En cas de doute, on peut toujours téléphoner aux fabricants pour le leur demander. Ils sont tenus par la loi de répondre. Autre option?: acheter la version biologique, garantie sans OGM.

2.?Le soya est bon pour le cœur.
Vrai. Il a des effets bénéfiques sur le système cardiovasculaire. Pas de doute, selon Mark Messina, professeur à l’Université de Loma Linda, en Californie, et directeur général du Soy Nutrition Institute. «Faible en graisses saturées et bien pourvu en graisses polyinsaturées, il contient des acides gras oméga-3, ce qui permet une diminution modeste du taux de cholestérol sanguin. Le soya améliore aussi la santé des artères en abaissant la tension artérielle», fait-il valoir. Fait non négligeable?: il remplace avantageusement la viande rouge, les fromages et le lait, riches en graisses saturées et en cholestérol.

3.??Le soya atténue les symptômes de la ménopause.
Vrai. D’après une étude récente, le soya réduirait les bouffées de chaleur des femmes ménopausées. Est-ce suffisant pour éviter le recours à l’hormonothérapie?? Sans doute pas. Il faudrait en manger des kilos (et encore?!)…

Mais il est possible de se tourner vers les suppléments d’isoflavones de soya. Santé Canada autorise d’ailleurs les fabricants à mentionner sur leurs éti­quettes que la prise de ces suppléments à raison de 30 à 100 mg par jour atténue les symptômes de la ménopause. Toutefois, on déconseille à celles qui ont eu un cancer du sein ou qui sont sous hormonothé­rapie substitutive de dépasser 30 mg.

D’autres études révèlent que la densité osseuse diminue légèrement chez les femmes ménopausées. «Le soya fournit du calcium qui s’assimile bien et des protéines de haute qualité, deux éléments importants pour préserver la santé osseuse», dit Mark Messina.

4.?Le soya rend les hommes infertiles… et développe leur poitrine.
Faux. Il n’a pas d’effet sur la qualité du sperme, c’est prouvé. Un homme a bien fait les manchettes des journaux parce que ses seins avaient poussé… Mais il buvait 12 tasses de boisson de soya par jour, ce qui dépasse largement la quantité (1 tasse) recommandée par le Guide alimentaire canadien.?

5.?Le soya fermenté est le meilleur pour la santé.
Faux. Le soya fermenté (tempeh ou miso) contiendrait des nutriments plus faciles à absorber parce qu’ils sont déjà partiellement dégradés. Cela reste à prouver. Par contre, disent les experts, mieux vaut éviter les produits fortement transformés, comme les similicharcuteries, les croquettes de poulet et les hot-dogs à base de soya. Ils contiennent trop d’agents de conservation et de sodium.



 

6.?Le soya cause le cancer.
Faux. Au contraire, comme en témoignent les faibles taux de cancer en Asie, où le soya occupe une large place dans l’assiette.

Il fait même partie des aliments chouchous de Richard Béliveau, titulaire de la Chaire en prévention et traitement du cancer de l’UQAM. En consommer durant l’enfance et l’adolescence peut protéger contre le cancer du sein à l’âge adulte, rappelle le coauteur du livre Les aliments contre le cancer (Trécarré).

Même les femmes qui ont survécu à cette maladie semblent mieux s’en tirer si elles prennent du soya, selon une recherche rendue publique en 2010. Celles qui avaient ingéré 9 g de protéines de soya par jour au cours des quatre années de l’étude avaient vu le risque de récidive diminuer de 31?% alors que leurs chances de survie augmentaient de 28?% par rapport à celles qui avaient pris la moitié de cette quantité.

Idem du côté des hommes. Une revue récente de 14 études, publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition, fait état d’une diminution de plus de 25?% du risque de cancer de la prostate chez les amateurs de soya.

S’il existe des effets néfastes, ils seraient plutôt du côté des préparations enrichies en isoflavones, appelés aussi phytoestrogènes.

«Ceux-ci sont liés aux cancers hormonodépendants comme le cancer du sein, d’où la crainte que les aliments à base de soya aient les mêmes effets nocifs», explique le professeur Mark Messina. Or, ces préparations n’ont que peu de chose à voir avec les aliments entiers à base
de soya.

Mais les données sont contradictoires. Les scientifiques ont effectivement observé que les isoflavones du soya peuvent accélérer la croissance de cellules cancéreuses en éprouvette. Toutefois, ces résultats pourraient avoir été faussés par l’importante quantité d’isoflavones utilisée dans ces expériences – l’équivalent de 5 à 16 fois la quantité consommée en général en Asie.

7.?Le soya cause un gain de poids et des troubles de la thyroïde.
Faux. Rien ne prouve qu’il existe un lien entre les deux.

Des études sur des rats de laboratoire et des cellules adipeuses humaines en incubation concluent au contraire que le soya pourrait prévenir l’accumulation de graisse. Il n’y a toutefois pas assez de données pour extrapoler ces résultats à l’humain. De plus, comme les protéines rassasient plus vite que les lipides ou les glucides, le soya, constitué de 40?% de protéines – c’est l’une des meilleures sources non animales –, pourrait faciliter la perte de poids.

Quant au dysfonctionnement de la thyroïde, il a été signalé seulement s’il existait déjà une carence en iode (rare en Amérique du Nord) ou des troubles de la thyroïde, telle l’hypothyroïdie.
 

Conclusion
Le soya est un aliment santé qu’on doit ajouter à son menu hebdomadaire – Richard Béliveau suggère même 50 g par jour. Ne serait-ce que pour réduire sa «dépendance» à la viande rouge.

On peut commencer par l’intégrer une à deux fois par semaine. Et essayer autre chose que le tofu ferme. L’edamame, qui a un léger goût de pois frais, est tout simplement irrésistible?! On en trouve de plus en plus dans le comptoir des surgelés. Et pourquoi pas le tempeh?? À découvrir…

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