Par ici l’optimisme!

On s’entend, l’hiver n’est pas la page la plus hot du calendrier. En mars s’étire encore un long tunnel de froid, de sloche, de métro-boulot-lunch… Bref, le moment est idéal pour causer d’optimisme!

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Le vol est retardé de plusieurs heures. Une merveilleuse occasion de voir se dérouler sous nos yeux une expérience de psychologie. Dans le coin droit, voici Annabelle. Elle s’empresse d’avertir son chéri – qui doit venir la cueillir à l’arrivée – puis de télécharger un film sur son portable, histoire de vivre ce contretemps de la façon la plus agréable possible. Dans le coin gauche, Emma énumère les désagréments que le retard lui causera et rumine un possible recours collectif.

C’est le célèbre verre, bien sûr : à moitié plein pour l’une, à moitié vide pour l’autre.

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Mais pourquoi cette différence de réaction ? Est-ce génétique, comme les taches de rousseur ou l’oreille absolue ? Ou est-ce une question de volonté, de quand-on-veut-on-peut ? Autrement dit, les ronchonneux le font-ils exprès ? Ou vivent-ils, impuissants, sous leur petit nuage noir personnel ?

La science a longtemps privilégié l’hypothèse du tout génétique. « On sait aujourd’hui que la réalité est plus complexe. La loterie génétique existe, mais elle ne compte que pour 50 % dans l’attitude qu’on développe face à la vie », dit Lucie Mandeville, professeure au Département de psychologie de l’Université de Sherbrooke et auteure de Le bonheur extraordinaire des gens ordinaires (Les Éditions de l’Homme, 2010).

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Photo: Shaun Robinson/Stocksy

 

Chaque individu affiche sur le thermomètre de l’optimisme une température de base fixée par son bagage génétique. Comme on vient au monde avec le don des langues ou les cheveux frisés, on naît plus ou moins pinson ou grincheux. On n’y peut rien. Comme on ne peut rien non plus à certaines circonstances de la vie – enfant gravement malade ou héritage fabuleux – qui jalonnent notre existence et comptent, elles, pour 10 %.

Mais les 40 % qui restent tiennent essentiellement à notre façon de réagir à ces événements, de les percevoir et de les i­nterpréter. Et nous avons une énorme influence sur ces 40 %. Assez pour faire grimper de plusieurs degrés le thermomètre de l’optimisme et améliorer notre sentiment de satisfaction dans la vie. Ça, c’est la bonne nouvelle.

La meilleure nouvelle, c’est que les bienfaits de l’optimisme dépassent la bonne humeur. « En fait, dit Lucie Mandeville, des études ont démontré que les optimistes attrapent moins de rhumes ou de fièvres dans une année, développent 50 % moins de maladies cardiaques et connaissent une longévité de 7,5 ans de plus que les bougons. »

Ce n’est pas tout. Non seulement ces veinards vivent plus longtemps, mais ils réussissent mieux dans leurs entreprises, réalisent leurs projets et gagnent plus d’argent. Bref, leur optimisme remplit ses promesses.

Pensée magique ? Non. Les rêves qu’ils caressent, l’avenir joyeux qu’ils entrevoient les incitent à travailler plus fort. C’est pourquoi ils ont davantage de chances de parvenir à leurs fins. Bref, l’optimisme est une prédiction qui s’autoréalise. Comme disait Henry Ford, fondateur de l’entreprise automobile qui porte son nom : « Vous croyez pouvoir y arriver ? Vous croyez ne pas pouvoir y arriver ? Dans les deux cas, vous avez raison. »

Les lunettes roses du cerveau

Un couple québécois sur deux finit un jour par devoir décider qui gardera le chat ou la télé 60 pouces. Tout le monde sait ça. Même les nouveaux mariés. Pourtant, interrogés sur le parvis de l’église ou de l’hôtel de ville, ils sont unanimes : eux vont passer toute leur vie les yeux dans les yeux, la main dans la main. Même chose pour les fumeurs. Ils connaissent les statistiques et savent ­parfaitement que la cigarette tue… les autres. C’est l’autre meilleure nouvelle. Nous sommes, ont découvert les neuroscientifiques, littéralement programmés pour l’optimisme. Autrement dit, les lunettes roses font partie de l’équipement de base du cerveau humain.

De façon répétée, les gens croient sincèrement qu’ils sont plus aimables et plus intelligents que la moyenne, que leurs enfants réussiront bien à l’école et que, même si l’économie de leur pays chancelle, eux, perso, vont pouvoir se trouver un emploi.

« Ça s’appelle le parti pris de l’optimisme, écrit la neuroscientifique britannique Tali Sharot dans Tous programmés pour l’optimisme (Marabout). Le cerveau assimile plus efficacement une information positive qu’une négative. C’est vrai dans tous les pays et dans toutes les sociétés. » Même si, ici, en novembre, c’est un peu moins évident…

L’humain est le seul animal capable d’anticiper l’avenir. Mais sa boule de cristal est daltonienne. Embêtant, ça. Car mal évaluer les circonstances et les risques est un bon moyen de prendre de mauvaises décisions financières, de négliger sa santé ou de se lancer dans le vide sans prendre la peine de vérifier son parachute.

Pourquoi ce défaut serait-il inscrit ainsi dans nos gènes ? Parce que ça nous donne un avantage. Le parti pris de l’optimisme est resté dans notre patrimoine génétique parce qu’il joue un rôle essentiel. C’est que la capacité d’imaginer un avenir prometteur nous incite à travailler pour le réaliser. Elle nous donne l’élan nécessaire pour retourner à l’école et décrocher un diplôme, économiser pour acheter un appartement ou nous lancer dans l’aventure de la parentalité. Sans elle, dit Tali Sharot, nous serions peut-être encore en train de crever de faim dans des cavernes sans chauffage.

La mauvaise nouvelle ? Il n’y en a pas. Sauf que, peut-être…

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C’est de l’ouvrage !

Le talent de la joie de vivre, comme la bosse des maths ou la souplesse musculaire, n’est pas distribué de façon équitable. Mais on peut tous s’améliorer. Tout le monde ne deviendra pas Angèle Dubeau, mais tout le monde peut apprendre le violon, y trouver du plaisir et enrichir ainsi sa vie.

En principe, la recette est simple : il suffit de changer l’incessant monologue négatif de notre petit hamster intérieur, qui colore notre façon de réagir aux événements. Et notre moral du même coup.

Des techniques et méthodes ont été mises au point pour ce reconditionnement cognitif. Mais entraîner son cerveau, c’est du boulot. « La dépression, le négativisme et les pensées noires sont liés à certaines hormones, dit Lucie Mandeville. Il ne suffit pas de répéter que la vie est belle et qu’on est une personne formidable pour les éliminer. Il faut les remplacer par des substances qui, au contraire, apportent du bien-être. » C’est le cas de la dopamine, responsable de la sensation de bien-être ressentie dans les circonstances agréables – faire l’amour, assister à un bon concert ou voir des amis –, et de la sérotonine, qui a un effet euphorisant. La meilleure façon de stimuler la production de ces hormones, c’est de bouger, ce qui entraîne un sentiment de bien-être qui perdure bien après qu’on soit sortie de la douche.

« Et ce n’est pas tout, dit Lucie Mandeville. Ces molécules influencent réellement notre façon de percevoir la réalité. Elles nous permettent de voir la vie de façon plus positive. » Bref, l’activité physique est une véritable petite usine d’optimisme. Et la meilleure façon de maximiser le pouvoir qu’on a sur nos 40 %…

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