Surmonter le deuil d’un animal de compagnie

Non seulement le deuil animalier existe, mais il frappe très fort. Voici comment s’y préparer.

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Véronique Alarie et son chien Chico en 1992.

Véronique Alarie et son chien Chico en 1992.

À l’âge de 4 ans, j’ai eu un chien. Sa maîtresse éplorée (une vague connaissance de la famille) venait d’apprendre que son nouveau proprio n’acceptait pas les chiens. Elle déménageait le jour même et devait immédiatement lui trouver un nouveau foyer. Elle était en larmes: ma mère n’a pas été capable de lui dire non. Mon père n’a pas été capable de dire non à ma mère. Et Chico a passé avec nous les 14 années suivantes. (Quand j’avais 7 ans, il a fait fuir des cambrioleurs qui tentaient d’entrer chez nous. Quand j’avais 10 ans, il a jappé pour nous avertir que le balcon arrière avait pris feu. Un vrai bon pitou. Un émule de Lassie ou du Vagabond.)

J’ai tant aimé ce chien. J’ai couru, joué avec lui. Je lui ai gratté les oreilles et le ventre des heures durant. Puis, je l’ai vu vieillir, accumuler les bobos. Les pattes arrière qui paralysent. L’ouïe, la vue qui se détériorent. Je l’ai vu devenir gâteux, un danger pour lui-même. J’ai dû commencer à envisager son départ. Et ça me faisait si mal. Je m’étais toujours dit que si un jour on devait l’euthanasier, j’irais avec lui. Je ne voulais pas l’abandonner. Pourtant, le jour où mon père m’a annoncé qu’il était temps, j’ai figé. Incapable de bouger. Je n’ai pas eu le choix de le laisser partir sans moi. J’ai senti que je l’avais trahi. Et je m’en suis toujours voulu. (Je n’ai d’ailleurs jamais été capable d’avoir un autre chien après lui. J’ai viré aux chats.) Je me souviens de l’espèce d’amour pur, profond et inconditionnel que j’avais pour lui. Le genre d’amour protecteur que je n’ai que pour les membres de ma famille.

Chico est mort il y a plus de 15 ans, et ce souvenir me pèse encore. Preuve, s’il en fallait une, qu’on peut rester marquée longtemps par le décès d’un pitou ou d’un minou… même si c’est «juste un animal»!

Un vrai deuil

Diverses études ont confirmé ce que certains sceptiques semblent s’évertuer à nier: non seulement le deuil animalier existe bel et bien, mais il frappe parfois très fort. La psychologue Annique Lavergne a étudié cette question dans le cadre de son doctorat. «Tandis que certaines personnes sont très peu affectées par la mort de leur animal, d’autres vont l’être pendant des mois, voire des années. La difficulté de faire son deuil dépend du degré d’attachement qui existait entre le maître et son animal. Parfois, c’est très semblable au deuil d’un proche, d’un membre de la famille.»

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Comme dans toute épreuve, il faut laisser le temps faire son œuvre et éviter de précipiter les choses. C’est rarement une bonne idée d’adopter un nouvel animal afin de combler le vide laissé par notre compagnon. Si la tristesse perdure au-delà de quelques mois et qu’on ne parvient pas à trouver de soutien parmi ses proches, on peut consulter. «Un psychologue nous aidera à comprendre ce qui ralentit notre processus de deuil. Quel rôle jouait notre animal dans notre vie? Était-il un enfant de remplacement? L’avait-on eu avec un conjoint dont on s’est séparée? Est-il possible qu’on n’ait pas fait le deuil de cette relation?»

Si besoin est, il ne faut pas hésiter à commémorer l’existence de notre animal, à souligner l’importance qu’il a eue pour nous. «On peut faire un cérémonial, récupérer ses cendres ou le faire enterrer dans un cimetière pour animaux. Généralement, les gens conservent une mèche de poils de leur animal ou encore un objet symbolique», confie la vétérinaire Maude Imbeault.

La meilleure façon d’adoucir le choc est de se préparer en amont à sa mort. Dès qu’il prend de l’âge, il faut se montrer alerte afin de remédier aux inconforts qui pourraient affecter sa qualité de vie. Pour ce faire, il importe de consulter son vétérinaire régulièrement. «Quand on voit que notre animal met plus de temps à se lever, à se coucher, à monter et descendre les escaliers, qu’il semble anxieux, que sa vue ou son ouïe se détériore, il vaut mieux visiter un professionnel afin de voir comment on peut l’aider, plutôt que de faire du déni et de le laisser dépérir», dit Maude Imbeault. C’est en lui offrant un soutien médical adéquat qu’on parviendra à comprendre à quel moment il deviendra trop vulnérable. On sera ainsi davantage en mesure d’accepter qu’il est temps de le laisser partir.

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Deuil animalier

Parlons euthanasie

Afin de lui offrir des adieux les plus sereins possible, la psychologue Annique Lavergne suggère de prendre le temps de refaire avec lui les activités qu’il apprécie. De lui offrir une agréable sortie au parc, par exemple. Et de prendre des photos, d’immortaliser ces précieux moments.

Si on choisit la voie de l’euthanasie, on doit s’y préparer du mieux qu’on peut et savoir ce qui nous attendra le jour J. «La procédure est sans douleur et se fait en différentes étapes, explique Maude Imbeault. On commence par une injection qui permet à l’animal de s’endormir doucement. Après quoi, on laisse le maître seul avec son animal pendant un moment, avant de revenir pour lui insérer un cathéter dans la patte et lui faire une dernière injection. Le client peut quitter quand il le souhaite et ne devrait jamais se forcer à assister à une euthanasie. Environ la moitié des gens choisissent d’y assister. Il importe de se respecter si on ne veut pas rester traumatisé.» À noter, certains vétérinaires offrent le service d’euthanasie à domicile.

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La vétérinaire insiste par ailleurs sur un point: «Il faut voir l’euthanasie comme un geste d’amour. L’expérience ne sera pas forcément négative. Elle peut aussi être une belle façon de dire au revoir à votre ami. C’est étonnant le nombre de cartes de remerciements que je reçois après des euthanasies! Quand les gens s’y préparent bien, ils en conservent un souvenir doux et en retirent un sentiment du devoir accompli, celui d’avoir offert une belle vie à leur animal.»

C’est ce que je me promets de me rappeler quand j’aurai le cœur lourd au souvenir de Chico… ou que je devrai envisager la mort de ma chatte vieillissante. Cette fois, je crois bien que je serai à ses côtés. Probablement à la maison. Et, qui sait, peut-être même relativement sereine…

 

Et les enfants, on les prépare comment?

Une étude américaine publiée l’an dernier révélait que les enfants ont tendance à parler de leur animal de compagnie de la même façon et dans les mêmes termes que lorsqu’ils parlent de leurs frères, sœurs ou meilleurs amis. C’est dire l’impact que peut avoir sur eux un tel deuil.

  • Il faut en discuter avec eux selon leur maturité émotive. «Entre 3 et 5 ans, un enfant ne comprend pas que la mort n’est pas temporaire ni réversible; il faut en tenir compte, explique Annique Lavergne. Il faut surtout leur parler de façon simple. On répond à leurs questions simplement, et on utilise les vrais mots. Imaginez que vous dites à un enfant que son animal s’est endormi alors qu’il est mort: l’enfant pourrait développer une peur de l’heure du coucher.» On ne lui dit pas non plus qu’il est parti, pour ne pas lui laisser croire qu’il pourrait revenir.
  • Rares sont les enfants qui assistent à l’euthanasie de leur animal. En général, ce n’est pas recommandé. «J’ai rarement vu des enfants de moins de 15 ans assister à une euthanasie, mentionne Maude Imbeault. Si un enfant tient à y assister, son parent doit être absolument certain qu’il est capable de vivre un tel moment.»

 

 

 


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