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Psychologie

Mère narcissique

Publié dans Châtelaine de juin 2009 | © Les Éditions Rogers ltée
 
Inutile d’essayer de changer une mère qui ne pense qu’à elle et qui n’écoute pas ce qu’on dit. C’est même peine perdue.
 

mère narcissiqueChantal a renoncé à avoir une conversation à cœur ouvert avec sa mère, trop absorbée par sa propre image. « Si je lui dis que je me trouve trop grosse, elle me répond : “Oh, mon Dieu, ne m’en parle pas, c’est l’histoire de ma vie !” » L’artiste de 44 ans poursuit en soupirant : « Toutes nos conversations tournent autour de sa personne. Si je lui confie que je suis au régime, elle va me répondre qu’ELLE veut perdre du poids, qu’elle en a vraiment besoin, qu’elle a presque coupé le sucre, etc. Quand elle n’est pas au centre de nos discussions, elle n’écoute pas un mot de ce que je lui raconte ! »

Lorsque la psychothérapeute Karyl McBride reçoit en consultation la fille d’une mère narcissique, elle commence par lui tendre un questionnaire. Questions nos 1 et 2 : « Quand vous parlez de votre propre vie avec votre mère, a-t-elle tendance à détourner la conversation pour la recentrer sur elle ? Quand vous discutez avec elle de vos sentiments, en profite-t-elle pour parler plutôt des siens ? »

D’après cette thérapeute, le narcissisme maternel est un problème beaucoup plus répandu et plus dévastateur qu’on ne le pense. Elle-même avoue s’être sentie privée de mère durant son enfance. Elle a longtemps cherché en vain un livre traitant des mères dépourvues de sentiments maternels et de la frustration, voire de la haine, qu’elles peuvent susciter chez leurs filles.

« C’est rare qu’une femme vient me consulter en disant : “Bonjour. Je suis la fille d’une mère narcissique.” Généralement, les clientes sont là pour soigner une dépression, parce que leur estime de soi est à zéro ou parce qu’elles sont fatiguées d’essayer d’être les meilleures, toujours les meilleures... Et puisque les bonnes filles ne sont pas censées haïr leur mère, elles n’abordent pas le sujet. »

Mais comme cette psychothérapeute a 17 ans d’expérience dans le traitement de filles aux prises avec une mère narcissique, elle n’a aucun mal à en repérer les symptômes. Quelles sont les séquelles habituelles ? « Hypersensibilité, timidité, indécision, échec dans les relations interpersonnelles. »

Elle insiste sur le fait que, pour ces patientes, « guérir, ce n’est pas changer sa mère, mais travailler sur soi ». Chantal a aussi été mise en garde par sa thérapeute : inutile de chercher la confrontation avec sa mère, de la traiter d’égocentrique. « À son avis, ce serait peine perdue, ma mère ne comprendrait pas. Alors je n’ai jamais essayé de lui en parler. » Karyl McBride approuve : « Si une mère est manifestement une femme narcissique, la confrontation ne peut qu’être néfaste. »


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