Mon chat, mon thérapeute

Ce pourrait tout aussi bien être un chien, un cheval, un lapin… Non seulement nos animaux de compagnie nous rendent heureux, mais ils sont aussi bénéfiques pour notre santé.

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Pendant que je pitonne sur le clavier de mon ordinateur, ma chatte se lèche les pattes en ronronnant. Selma est heureuse installée le plus près possible de ma petite personne. Elle me suit partout dans la maison, répond à mes questions par une sorte de roucoulement et, la nuit, ronfle à côté de mon lit. Sa présence me calme, son affection me touche, ses manies me font rire. Sans ma bibitte à moustaches, ma vie ne serait pas la même.

Et, surprise, depuis qu’elle vit sous mon toit, ma tension artérielle est revenue à la normale. Pourtant, rien n’a changé dans mes habitudes de vie. Qu’est-ce que vous dites de ça, docteur ?

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Il y a 30 ans, on m’aurait ri au nez. Mais, depuis, plusieurs études ont démontré que partager sa vie avec un animal fait diminuer la pression artérielle, abaisse le taux de gras sanguin et apaise le rythme cardiaque. Chez les femmes, ces bienfaits seraient encore plus importants à partir de 40 ans !

Tout a commencé en 1980, par une enquête sur la survie après un infarctus. En posant des questions à des patients, une chercheuse de l’Université du Maryland a découvert que ceux qui possédaient un ami à quatre pattes vivaient plus longtemps que les autres. Différentes recherches ont suivi. Aujourd’hui, l’American Heart Association reconnaît que les animaux de compagnie peuvent nous aider à réduire nos risques de troubles cardiovasculaires.

Il y a plus. Leurs propriétaires visitent le médecin de 15 % à 20 % moins souvent, selon une vaste enquête menée en 2004 en Chine, en Allemagne et en Australie. On ignore si tous ces gens sont réellement en meilleure santé ou si leurs bêtes leur font oublier leurs bobos. Mais les chiffres sont là.

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Aujourd’hui, partout dans le monde, de très grandes universités étudient les relations entre l’humain et l’animal, de même que leurs effets sur la santé. Mieux : dans certains centres de soins, chiens, chats, chevaux, oiseaux et poissons permettent de réconforter de grands malades, de distraire des personnes âgées ou d’aider des enfants atteints de problèmes d’apprentissage ou de comportement. Et ça marche.

Moins de stress… et plus d’amour

Une des explications possibles, c’est que nos amis à poil et à plumes calment le stress et l’anxiété. En présence d’un chien au comportement amical, notre taux de cortisol diminue, notre cerveau émet des ondes liées à la relaxation et nos hormones de bien-être augmentent. Les propriétaires d’animaux – et leurs enfants – auraient une meilleure estime de soi, seraient plus sociables et moins préoccupés, selon une enquête menée en 2011 par l’Université de Miami. 

« Les animaux nous procurent un amour inconditionnel, sans jamais nous juger », explique la Dre Sandra Barker, directrice du Centre sur les interactions humaines et animales de l’Université de Virginie. Depuis plus de 20 ans, la psychiatre étudie la puissance du lien qui unit l’homme et la bête. Selon l’une de ses recherches, le tiers des personnes qui vivent avec des animaux se sent plus proche d’eux que des membres de sa propre famille !

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Fido et Minet rempliraient-ils un vide que les humains n’arrivent pas à combler ? Le comportementaliste félin Daniel Filion le croit. « Leur fidélité nous procure un sentiment de sécurité bien particulier », affirme-t-il. Au retour du travail, les trois quarts de ceux qui ont un animal de compagnie sont d’ailleurs accueillis par ce dernier et non par leur conjoint, selon l’American Animal Hospital Association.

Dans la tête de Fido 

Jusqu’à tout récemment, la psychiatre Sandra Barker emmenait son chien H.I. quand elle visitait ses patients au Centre médical de l’Université de Virginie. « Il percevait leur détresse, raconte-t-elle. Si l’un d’entre eux semblait déprimé, H.I. s’assoyait tout près de lui et posait son museau sur le pied du malade. Dans le cas contraire, il gardait une certaine distance, tout en restant amical. »

Mis à part les canidés, d’autres animaux font de très bons thérapeutes, comme les chats, qui excellent auprès des personnes âgées et des patients atteints d’alzheimer. « Lors de visites en CHSLD, ils se contentent de ronronner sur les genoux des résidants, raconte Daniel Filion. Et pourtant… Des patients aphasiques se mettent à rire ou à pleurer, comme si le chat réveillait des émotions profondes qui vont au-delà du langage. »

Les animaux sentent-ils ce que nous éprouvons ? N’importe quel propriétaire de chien ou de chat répondra que oui. « Nous devons rester humbles, précise Daniel Filion. Nous savons comment ils réagissent à certains stimulus, mais nous ignorons ce qu’ils ressentent vraiment. » Cependant, une certaine réciprocité existe entre l’humain et l’animal. C’est ce qu’a prouvé en 2000 un chercheur d’Afrique du Sud, le Dr Johannes Odendaal, du Life Sciences Research Institute : quand un chien et son propriétaire sont ensemble, les hormones de bien-être, comme l’ocytocine, liée à l’attachement, grimpent chez les deux espèces.

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Ce n’est toutefois pas vrai pour le cortisol. Si l’hormone de stress diminue chez l’humain, elle demeure élevée chez le chien. Nous réconforter représente peut-être un fardeau…

Un sixième sens ?

On a souvent entendu parler de ces toutous qui reniflent une partie du corps de leur maître sans raison apparente, jusqu’au moment où un cancer est découvert à cet endroit précis. S’agit-il de facultés extrasensorielles ? En fait, les experts savent depuis une quinzaine d’années que les cancers du poumon, du sein, de la prostate et de la peau dégagent des composés volatiles que Fido est en mesure de détecter. Les chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont prouvé qu’un chien pouvait déceler, parmi plusieurs échantillons de sang, ceux qui contenaient des cellules cancéreuses.

Est-il possible que ce « flair » dépasse le sens de l’odorat ? En 2000, le British Medical Journal rapportait que le tiers des chiens vivant avec des diabétiques avait réveillé ces derniers durant la nuit parce qu’une grave hypoglycémie mettait leur vie en danger. Le phénomène s’est aussi produit avec des chats. Par ailleurs, l’Université de Floride publiait en 2003 une étude sur des chiens capables de pressentir les crises d’épilepsie. Mais on ignore encore de quelle façon…

Les bêtes peuvent percevoir des mouvements et des spasmes musculaires très subtils, selon le vétérinaire français Philippe de Wailly, auteur d’une dizaine de livres, dont Le sixième sens des animaux (J’ai lu), un best-seller mondial. « Souvent, elles savent avant nous ce qui est en train de nous arriver », précise-t-il. L’histoire la plus connue, c’est celle du chat Oscar. Dans un centre de soins pour personnes âgées du Rhode Island, ce félin bien spécial va toujours se blottir auprès de ceux qui vont mourir. Et il ne se trompe jamais. À plusieurs reprises, alors qu’un résidant était considéré comme agonisant, Oscar choisissait plutôt de s’installer près d’un autre patient, en apparence bien-portant. Et c’est celui-là qui décédait deux heures plus tard. L’histoire a été publiée en juillet 2007 dans le New England Journal of Medicine et a fait l’objet de reportages dans le monde entier.

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Le vétérinaire belge Joël Dehasse relate dans ses livres les histoires étonnantes dont il a été témoin. Comme celle de ce toutou dont le propriétaire est décédé et qui a retrouvé la tombe de son maître sans l’aide de personne. « Il nous reste encore beaucoup de choses à apprendre sur les aptitudes insoupçonnées des animaux », souligne le spécialiste.

Il s’inquiète d’ailleurs du sort de nos thérapeutes à quatre pattes. « Sur Google, on trouve de multiples photos prises lors de visites auprès de malades, dit-il. Sur plusieurs d’entre elles, on voit que le chien détourne la tête : c’est sa façon de demander la fin d’une interaction. Or personne ne s’en soucie. Les animaux nous donnent beaucoup, alors il faut respecter leurs limites… »

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Sommes-nous bons pour nos animaux ? 

Le Québec détient un triste record : celui des abandons d’animaux en Amérique du Nord. Chaque année, nous jetons à la rue quelque 500 000 petits compagnons à poil. La majorité sont des chats, parce qu’on croit – à tort – qu’ils vont mieux se débrouiller dans la nature. « L’adoption, c’est un engagement à long terme qui implique des responsabilités, explique le comportementaliste félin Daniel Filion. Si vous aimez les bêtes, mais n’avez pas le temps de vous en occuper, pourquoi ne pas vous rendre dans un endroit où vous pouvez les fréquenter, comme le Café Chat L’Heureux ? » Situé sur le Plateau, à Montréal, l’endroit permet de prendre une bouchée tout en jouissant de la présence des félins.

Lire avec un lapin

Chien, lapin, cochon d’Inde, hérisson… À la clinique Un museau vaut mille mots, à Terrebonne, dans Lanaudière, toute une ménagerie aide les enfants – et les adultes –souffrant de troubles du langage, de difficultés en lecture ou de problèmes de comportement. Ces petites bêtes sont bien sûr adorables, mais comment peuvent-elles aider en lecture ? « Lire à voix haute devant un animal est moins intimidant que devant un adulte, explique la directrice, Annie Provencher. L’enfant ne se sent pas jugé. »

Et puis, la chienne Lili peut porter un manteau muni de poches qui contiennent des mots à lire. Ou encore, Trompette le lapin est capable de retourner des petits couvercles sous lesquels se cachent des lettres… Tous les animaux appartiennent aux zoothérapeutes du centre, qui en prennent bien soin.

Au Québec, ils sont plus de 200 à travailler en ce sens. « La zoothérapie est une intervention dirigée par un professionnel formé, avec un animal sélectionné et entraîné. Il faut la distinguer de la visite animalière, effectuée par un bénévole et son animal, qui apporte du plaisir et du réconfort, mais qui ne constitue pas une intervention thérapeutique », précise Mélanie Legrand, de la Corporation des zoothérapeutes du Québec

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