Quand Véronique Boisvert, une belle grande brune de 32 ans, a été enceinte de son premier enfant, elle a choisi d’être suivie par une sage-femme. « Je voulais prendre toutes les décisions concernant mon accouchement et ne pas mettre mon bébé au monde dans la froideur des hôpitaux », dit-elle.
Véronique avait de la chance : elle habitait à quelques rues de la Maison de naissance Côte-des-Neiges, à Montréal, un des 10 établissements du genre à avoir pignon sur rue au Québec. « C’était très chaleureux, accueillant, et je m’y sentais chez moi. J’avais deux sages-femmes attitrées au cas où l’une d’elles n’aurait pas été disponible à l’accouchement. »
Depuis 1999, les Québécoises peuvent bénéficier des services de sages-femmes pour leur suivi de grossesse et leur accouchement. Une loi encadre la pratique de celles-ci, les soins qu’elles peuvent dispenser ainsi que les tests et les médicaments qu’elles peuvent prescrire. Elles reçoivent toutes une formation universitaire de quatre années dans le domaine de l’obstétrique, qui inclut un stage en maison de naissance et en milieu hospitalier.
En optant pour une sage-femme, Véronique avait droit aux mêmes examens prénataux qu’une femme suivie par un médecin : échographie pelvienne, tests sanguins, etc. Elle avait aussi droit au même nombre de rendez-vous. « Sauf que les rencontres avec ma sage-femme duraient près d’une heure et que je pouvais la joindre n’importe quand par téléphone », précise-t-elle. De plus, Véronique pouvait bénéficier de ses conseils, notamment en matière d’allaitement, jusqu’à six semaines après la naissance de son enfant.
« Lorsque mes contractions ont commencé, ma sage-femme est venue vérifier si le travail avançait bien et s’il était temps de partir pour la maison de naissance », raconte Véronique. Une fois là-bas, on l’a installée dans une vraie chambre, dans un lit double, avec un vrai couvre-lit et de vrais oreillers. « Ma sage-femme m’a laissée me reposer une demi-heure, puis elle a dit : “Quand tu es prête, tu pousses.” Je n’en revenais pas d’être si proche de la fin : je pensais que ça ferait plus mal que ça ! »
Accoucher avec une sage-femme signifie, entre autres, mettre son enfant au monde sans péridurale, cette technique qui consiste à injecter un analgésique dans la membrane entourant la moelle épinière. Une péridurale est une intervention pratiquée par un anesthésiste, et seulement à l’hôpital.
« Vers la fin de l’accouchement, c’était très intense, poursuit Véronique. Mais les sages-femmes m’avaient appris à composer avec la douleur. Si on panique, si on ne respire pas, ça fait encore plus mal. »
Pénurie de sages-femmes
La Maison de naissance Côte-des-Neiges, à Montréal, doit refuser une femme sur deux. La raison est simple : on manque de sages-femmes ! Actuellement, les 80 sages-femmes du réseau québécois de la santé participent à 1,6 % des naissances. « Je dois accoucher 200 femmes par année. En comparaison, le gouvernement demande aux sages-femmes d’en accoucher 60 et d’en assister 30 », dit la docteure Corinne Leclercq, présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.
Dix maisons de naissances existent au Québec. Selon Dominique Breton, du ministère de la Santé et des Services sociaux, la politique de périnatalité prévoit que d’ici 2017, il y en aura 21.
Peut-on accoucher dans un hôpital avec une sage-femme si celle-ci n’est pas affiliée à une maison de naissance ? En principe, oui. On s’informe à son CLSC.
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