« J’ai testé: des cours de yoga en Inde »

Quatre semaines dans le Kerala, en Inde. Pour explorer un nouveau coin du monde, mais, aussi pour prendre des cours de yoga et mieux se découvrir.

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Photo : Studio Firma / Stocksy

Je transpire et respire en espérant un miracle. Je suis la seule qui semble souffrir autant à tenter d’exécuter le sirsasana, cette fameuse posture où l’on se tient sur la tête en équilibre sur les avant-bras.

Autour de moi, une douzaine d’apprentis enseignants de yoga venus des quatre coins du monde. De la jeune vingtaine à la mi-cinquantaine, certains veulent passer du statut d’amateur à celui de professionnel, d’autres poursuivent une démarche personnelle. Nous sommes tous ici pour comprendre les fondements philosophiques et les vertus des asanas (postures) sur nos organes, nos muscles, notre squelette, notre état d’esprit. Et pour les enseigner.

Les bienfaits du yoga, vieux de 5 000 ans, sont réels. C’est la raison qui m’a incitée à me plonger dans une mer d’informations pour trouver ce cours en Inde, traverser la moitié du globe et débourser 1 800 $ pour 200 heures de formation (hébergement et repas compris). J’ai assisté à mon premier cours de yoga il y a une douzaine d’années, mais je le pratique de façon régulière depuis 2010. Je voulais maintenant apprendre des postures complexes, devenir une vraie accro et l’inclure dans mon quotidien. Cette discipline m’apaise autant mentalement que physiquement – le studio est le seul endroit où je réussis à calmer le petit hamster qui trotte trop et trop vite dans ma tête.

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Lorsque mon réveil sonne, il fait encore noir. Même si mes muscles sont fatigués, je ne ressens pas un grand besoin de sommeil. Ce sont probablement toutes ces respirations yogiques qui m’énergisent… J’entends des chants provenant d’un temple ou d’une mosquée au loin. Perchés dans les cocotiers qui entourent mon hôtel, des oiseaux jacassent.

Le cours se donne six jours sur sept, douze heures par jour. Dès 6 h 30, je retrouve avec joie mes collègues yogis pour deux heures de méditation, de respiration et d’asanas. La température est encore fraîche dans la shalah (studio) aux murs ouverts. La professeure est déjà assise sur son coussin en position de méditation, avec, à ses côtés, son chat, son chien et de l’encens qui brûle. Padma Nair est l’une des rares femmes à enseigner cette discipline et à tenir un studio en Inde. Dans la cinquantaine, elle a développé une approche maternelle.

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Photo : Myriam Fehmiu

Les premiers jours, les postures que j’exécute d’habitude avec aisance me sont plus difficiles. J’ai des raideurs et ça m’embête. Pause déjeuner à 8 h 30. C’est l’heure de me rendre à la plage boire de l’eau de coco ou réviser mes notes de cours devant un thé au gingembre en compagnie de trois filles qui sont devenues mes amies. Nous passons ces moments à rigoler et à discuter de nos vies, de ce qui nous amène en Inde, de nos questionnements.

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Retour pour les enseignements de philosophie et d’anatomie de 10 h à midi. Cette partie théorique est à la fois intéressante et pénible. Dans le studio, tous ferment les yeux, cognent des clous, changent de position toutes les cinq minutes. Le soleil est déjà haut dans le ciel et il fait plus de 30 degrés. On entend la mer danser tout près, et la voyageuse en moi rêve de partir à l’aventure. Il m’arrive alors d’envier ceux qui ont choisi le forfait vacances-yoga – ils n’assistent qu’aux deux classes quotidiennes de pratique.

Vivement l’heure du lunch pour aller plonger dans les eaux turquoise de la mer Arabique ! Je m’y laisse flotter en compagnie des autres participants, dans un rare état de grâce. Il sera de courte durée, car les après-midi sont exigeants à la shalah.

Moi et les autres
Dès la deuxième semaine, nous commençons à nous enseigner les uns aux autres. Je suis moins intimidée que je ne l’aurais cru et j’y prends plaisir, même si je ne maîtrise pas encore parfaitement toutes les postures. Imposture ? Sur le tapis, impossible de se mentir. Chaque instant y est un reflet de notre vie. « Notre esprit crée notre réalité », a dit Patañjali, le grand sage du yoga. Cette phrase m’est tombée dessus comme une épiphanie pendant un cours théorique.

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Au moment de la deuxième classe de yoga de la journée, en fin d’après-midi, je suis souvent éreintée. Comment arriver à soulever mes fesses du tapis ? Pourtant, après quelques cycles de respirations et de salutations au Soleil, c’est avec une énergie débordante que j’attaque les 90 minutes d’exercices qui suivent.

Le soir venu, tous s’empressent d’aller manger. Pour le plaisir de discuter et de s’amuser ensemble, sûrement pas pour l’expérience gustative que procurent les repas. Rien de très emballant dans l’assiette… « Dans le régime yogique, aucun aliment ne doit perturber la méditation, la respiration ou les postures », explique Padma Nair. À l’occasion, nous trichons au resto en commandant café, poisson et dessert. Notre prof ne nous en tient pas rigueur et sa souplesse me plaît bien.

Son indulgence transparaît aussi dans son enseignement – elle manque parfois de précision dans l’explication des postures. Elle répète souvent : « Allez à votre rythme, ne vous surmenez pas… » Je m’offre donc le luxe de manquer une séance par semaine, même si j’éprouve une légère culpabilité. Relâcher la pression de performance est aussi un apprentissage pour moi. Je suis venue jusqu’ici pour qu’on me guide vers la perfection technique et l’illumination mentale. Rien de moins. « Si c’était vraiment ce que tu voulais, tu serais allée dans un ashram, pas dans une station balnéaire comme ici… », souligne avec raison ma collègue Anna, qui n’a pas entrepris cette expérience dans un but spirituel. « C’est plutôt une quête personnelle. Je veux voir la vie d’un œil nouveau. » Ieva, la Lituanienne qui habite au Danemark, poursuit la réflexion : « Je ne cherche pas nécessairement l’illumination mais, avec le yoga, mon énergie est positive et ma vie devient meilleure. »

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Entre participants, on s’enseigne des postures. (Photo : Myriam Fehmiu)

L’Inde est une leçon de yoga en soi
Mon corps est plus souple, plus fort, plus résistant. Je maîtrise mille et un petits mouvements qui me permettent d’exécuter les asanas avec plus d’ouverture, de maintien et de précision, mais ma transformation la plus importante est intérieure. Au fil des jours, des questions émergent. La poursuite de mon bien-être ne serait-elle pas un peu égoïste ? J’ai payé le prix fort pour me concentrer sur la flexibilité de mes articulations et le calme de mon esprit pendant que les Indiens s’esquintent pour quelques roupies par jour…

Comment pourrai-je transposer les principes de pureté, d’austérité et de modération dans mon tourbillon quotidien ? Faut-il tout bousculer pour s’approcher de la paix d’esprit que prônaient les yogis anciens ? Sage pour ses 28 ans, Ieva tranche : « Je ne pense même pas à la façon d’intégrer cette expérience dans mon ancienne vie. Mon existence ne sera plus jamais la même après ce cours. »

Les derniers jours, j’ai enfin réussi le sirsasana. Ni tout à fait solide ni vraiment gracieuse. Une fois la tête en bas, j’ai réalisé que c’était ça, le but du yoga. L’objectif n’est pas seulement d’effectuer des postures impressionnantes. Comme le répètent plusieurs professeurs : « Il faut définir son intention. » La mienne était de surmonter ma peur des inversions, solidifier mes postures d’équilibre sur les mains, m’exercer et méditer régulièrement, consommer moins d’alcool et manger sainement. Des mois après mon retour, je sais maintenant que ce sera le cheminement d’une vie.

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