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Comment soutenir une amie qui vit une relation abusive

Serrons-nous les coudes et prenons soin de celles que nous aimons. Voici comment passer par-dessus le malaise pour devenir une meilleure alliée.

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Notre meilleure amie a un nouveau chum qui a l’air gentil, mais depuis quelque temps, elle agit vraiment différemment.

Notre coloc revient à la maison après une date Tinder et s’enferme dans sa chambre pendant deux jours.

Lorsque nous demandons tout bonnement à notre sœur comment elle va, elle se met à pleurer à chaudes larmes.

Nous souhaitons toutes être là pour les gens qui nous sont chers. Nous aimons croire que, si l’une de nos amies était en danger, nous le détecterions tout de suite.

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Photo: iStock

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Janvier 2017, Nouvelle-Écosse. Un vétéran de la guerre en Afghanistan tue sa femme, sa fille et sa mère avant de s’enlever la vie. Rapidement, tous pointent du doigt le syndrome post-traumatique dont il souffrait et se demandent si cet homme a été suffisamment soutenu. Mais ceux d’entre nous qui travaillent à enrayer la violence faite aux femmes ont pensé : qu’en est-il de son épouse, Shanna, et de ses tentatives pour obtenir de l’aide ? Cette tragédie m’a bouleversée de plusieurs façons, mais je n’arrivais surtout pas à m’enlever de la tête une interview avec la sœur de Shanna que j’avais lue. Celle-ci y mentionnait que Shanna s’était confiée à elle à propos des sautes d’humeur de son mari et de son comportement violent. Elle avait alors conseillé à sa sœur d’épauler son mari. Après tout, il était malade et le mariage n’implique-t-il pas d’être fidèle à son époux « dans la santé et la maladie » ?

Alors, comment peut-on faire pour empêcher qu’un drame pareil se reproduise ? Aller au-delà de son malaise et demander aux femmes qu’on aime comment elles vont peut vraiment faire toute la différence. Prenons soin les unes des autres. Voici mes conseils pour devenir une meilleure alliée.

Suivre son instinct – et prendre des nouvelles

Une amie habituellement très loquace s’est refermée sur elle-même depuis qu’elle a un nouveau partenaire ? Cela pourrait cacher quelque chose de plus inquiétant. Une tactique classique des abuseurs consiste à isoler les victimes de leur famille et de leurs amis, leur laissant croire que personne d’autre qu’eux ne peut les comprendre. C’est aussi un moyen facile de s’assurer que les victimes n’iront pas chercher de l’aide. Si une amie agit bizarrement, on essaie de savoir pourquoi en lui demandant comment elle va. Il faut qu’elle sache qu’on est là si elle a envie de se confier.

Parler au « je »

Malgré toutes nos bonnes intentions, il se peut que notre amie soit sur la défensive. Lorsque j’étais dans une relation abusive, j’étais très réservée et j’avais honte. En tant que jeune femme brillante, éduquée et provenant d’une famille aimante, j’aurais dû être capable d’éviter ça… Que nous voulions l’admettre ou non, plusieurs d’entre nous pensent que les femmes intelligentes ne devraient jamais se retrouver en situation d’abus. Ce mythe garde de nombreuses victimes silencieuses. Il faut aider son amie à s’ouvrir en disant : « Je suis témoin de ce comportement et je ressens X. » De cette façon, nous aborderons la situation sans jugement et nos paroles n’évoqueront que notre point de vue.

Écouter et croire

Si l’amie ou la sœur en question se confie et dit qu’elle a été agressée ou qu’elle est dans une relation abusive, il faut absolument l’écouter et la croire. Nous vivons dans une société qui minimise, voire qui nie l’existence de la violence conjugale et de l’agression sexuelle. Je ne peux insister suffisamment sur l’importance de croire la personne qui se confie. On pourra lui répondre : « Je suis vraiment désolée que cela te soit arrivé. Je te crois. Ce n’est pas de ta faute. Tu n’es pas à blâmer. »

Laisser la personne prendre les devants

Lorsqu’une amie nous fait de telles confidences, il peut être tentant de nous sentir comme son superhéros, mais ce n’est pas notre travail. C’est elle qui est la mieux placée pour savoir ce qui est bon pour elle, et il faut la suivre là-dedans. Souhaite-t-elle avoir de l’aide pour trouver des ressources locales ? Veut-elle qu’on s’occupe des enfants pendant qu’elle est chez son thérapeute ? Peut-être ne sait-elle pas encore ce dont elle a besoin, et espère-t-elle seulement qu’on soit patiente. L’important, c’est de la suivre et de la respecter.

Mais si la peur s’installe, on va droit au but

Parfois, l’inquiétude peut faire place à la peur. Si l’on sent que la vie de son amie est peut-être en danger, il ne faut pas mâcher ses mots. On doit lui dire qu’elle n’est pas en sécurité et planifier avec elle une façon sécuritaire de s’en sortir.

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Pour plus d’informations, on peut appeler en tout temps l’organisme SOS violence conjugale au 514 873-9010 ou, sans frais, au 1 800 363-9010. On peut également consulter le site sosviolenceconjugale.ca.

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Julie Lalonde, militante pour les droits des femmes, a reçu le Prix du Gouverneur général en commémoration de l’affaire « personne » en 2013 (un prix décerné chaque année à cinq personnes ayant contribué à faire avancer la cause de l’égalité des sexes au Canada). En 2016, la jeune femme d’Ottawa a participé à la création de la campagne ontarienne Draw the Line, qui déboulonne les principaux mythes sur la violence sexuelle et donne une ligne de conduite aux témoins pour leur permettre d’intervenir efficacement et de façon sécuritaire.

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Cet article est une adaptation tirée du site Flare.

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