Dans l’univers de France Beaudoin

Animatrice, productrice, mère, belle-mère, amoureuse… D’ordinaire peu portée aux confidences, elle a baissé la garde, le temps de nous laisser entrer dans son intimité.

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Photo: Andréanne Gauthier

fetesencadreElle arrive chez moi au milieu de l’après-midi. Et repart au crépuscule. Avec France Beaudoin, le temps file, les idées se bousculent. Et l’interview fait vite place à une vraie conversation, commencée il y a déjà 12 ans, lors de notre premier tête-à-tête pour Châtelaine. « J’aime la discussion, aller au bout d’un point de vue. Tu me dirais que tu ne m’aimes pas, ça ne me dérangerait pas. On en discuterait. » Elle dit ça avec un sourire, sachant que c’est tout le contraire. D’entrée de jeu, elle a ôté ses sandales et ramené ses jambes sur le fauteuil, la laque de ses doigts de pied reflétant la lumière du jour. D’où l’impression que mon invitée se sent à l’aise et comme chez elle.

Une impression confirmée par un début de phrase qui reviendra plusieurs fois au cours de la conversation : « On va se dire les vraies affaires… » Ce qu’elle fait, généreusement.

« J’aime vieillir »

La première de ces vraies affaires ? Son âge : elle vient de célébrer son 48anniversaire. « Tu peux commencer par ça, même en faire le titre de l’article. Vieillir, j’aime ça pour vrai ! Je l’ai toujours dit à France Castel [NDLR l’une de ses meilleures amies], à Janette Bertrand, à Janine Sutto : parlez-en, de votre âge, pour qu’on ait des modèles. La seule chose qui m’angoisse, c’est mon rapport au temps… Jusqu’à quand vais-je voir mes enfants ? J’ai adopté Juliette lorsque j’avais 36 ans, j’ai eu Théo à 37, et mon chum a 10 ans de plus que moi. »

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D’aucuns diront que France Beaudoin peut bien parler de son âge puisqu’elle le porte si joliment – en vrai comme en HD. Pourtant, elle exerce une profession où l’on est féru de sang frais et sans pitié pour les femmes qui osent vieillir. Cette triste rengaine, entonnée dès qu’il s’agit de vedettes du petit et du grand écran, elle la connaît par cœur. Et pas question de se défiler ni de juger. « Quelqu’un veut se faire botoxer, remonter, je dis : “Go for it !” Il y en a qui commencent à 30 ans. » Et toi ? « Je ne l’ai pas encore fait. » Le fera-t-elle ? « On verra. J’ai un petit côté rebelle, que les gens connaissent moins et qui me fait penser : pourquoi je ne continuerais pas à faire de la télé avec des rides ? Parce qu’on me dit que ce n’est pas possible ? Ah oui ? Eh bien, je trouverai comment ! »

De multiples talents

Pas née de la dernière ondée, France sait qu’une carrière dans les médias est constituée de hauts et de bas, et surtout d’attente que sonne le téléphone. « C’est ce que je n’aime pas de ce métier, être à la merci des producteurs et des diffuseurs pour pouvoir travailler comme animatrice. Le fait d’avoir décidé de produire, même des émissions animées par d’autres, d’avoir une assise, ça me rend moins vulnérable. »

Une sage décision, prise dès 2005 et la première saison de Bons baisers de France, quand elle devient productrice associée chez Attraction Images (Deux hommes en or, Dans l’œil du dragon, Au secours de Béatrice). Avec ce joueur de premier plan, elle coproduit Silence, on joue !, l’adaptation d’un quiz américain animée par Patrice L’Écuyer, et En direct de l’univers, son propre concept. « Il a été vendu en France et au Liban, mais n’a gardé l’antenne qu’une année là-bas. Culturellement, c’est si différent… Peut-être que ça va être relancé. » En attendant, la neuvième saison vient de démarrer ici, l’intérêt des téléspectateurs – autour d’un million chaque semaine – ne se dément pas et tout le gratin rêve d’y participer. Et l’animatrice productrice, de qui rêve-t-elle ? « De Xavier Dolan. On est en pourparlers avec Sophie Grégoire-Trudeau. Et Paul Arcand, imagine ce que ça donnerait ! »

Photo: Andréanne Gauthier

Photo: Andréanne Gauthier

En 2012, France crée Pamplemousse Média, sa propre boîte de production, en tandem avec Nancy Charest. Leur première création est le fruit de ses neurones : Dis-moi tout, émission (qui n’est plus à l’antenne, mais toujours disponible dans la Zone vidéo de Télé-Québec) où des enfants posent des questions décoiffantes à une personnalité – par exemple, à Julie Payette : « As-tu croisé Jésus en montant dans le ciel ? ». Puis, il y a des documentaires (la douance, Janine Sutto) et, bien sûr, Banc public. Après une pause de quelques mois, ce magazine de société reviendra d’ailleurs au printemps prochain, mais en format d’une demi-heure, et toujours avec l’excellente Guylaine Tremblay aux commandes (Télé-Québec).

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Avec Banc public, France ne se prive pas pour explorer des sujets qui l’interpellent. « On a fait un gros segment sur les belles-mères », ces femmes démonisées, de la marâtre de Cendrillon à celle d’Aurore. Une mauvaise réputation qui l’agace, elle-même y étant confrontée depuis bientôt 17 ans : Vincent Graton, son mari, a deux enfants de son union avec la comédienne Geneviève Rioux, un gars et une fille qui avaient l’âge d’Hansel et Gretel à l’arrivée dans leur vie d’une belle-mère prénommée France. « Et après mon expérience à Sotchi [NDLR En 2014, elle a piloté un talk-show quotidien aux Olympiques d’hiver], je voulais qu’on parle de l’homosexualité dans les sports d’équipe, quand on voit comment les Russes traitent les gais… On a reçu des demandes pour présenter ce reportage dans des écoles », ajoute-t-elle, fière, heureuse, émue. Touchante.

Au-delà du succès

En septembre, à titre de patronne de Pamplemousse Média, France a pris l’avion à répétition, direction les Îles-de-la-Madeleine, pour superviser le tournage – entre deux En direct de l’univers, enregistrés à Montréal – d’un documentaire en quatre parties sur les fonds marins, qui sera diffusé à Radio-Canada en 2018. Également à son agenda : des réunions de production pour la Soirée MAMMOUTH, un gros navire avec Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk à la proue, qui célébrera le 15 décembre les finalistes ayant accompli les actions les plus inspirantes en 2017 parmi une sélection proposée par des jeunes (Télé-Québec). En plus de tout ce qu’elle a dans ses cartons, en chantier ou sur le point d’aboutir, et dont elle ne peut piper mot, même si ça lui brûle les lèvres.

Bref, ce n’est pas demain la veille que France Beaudoin va s’éclipser.

Photo: Andréanne Gauthier

Photo: Andréanne Gauthier

universmusicalencadreDans ce milieu ultracompétitif où, souligne-t-elle, « un pour cent des projets proposés aboutit en ondes », cette enfilade d’émissions actuelles et à venir prouve qu’elle a atteint un certain succès, voire un succès certain. Elle se redresse sur son fauteuil, peut-être a-t-elle des fourmis dans les jambes. Je devine toutefois un léger malaise.

« Je n’ai rien contre l’ambition et l’argent. Mais je ne vois pas ma carrière en termes de succès… » Un ange passe. « Une partie de ce qu’on pourrait appeler ma réussite, c’est d’attirer les bonnes personnes autour de moi. » Et elles y restent, ce qui est toujours bon signe. « À En direct, à quelques exceptions près, ce sont les mêmes depuis le début. »

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L’animatrice et productrice ne manque jamais une occasion de remercier ceux et celles qui travaillent avec elle. « Il y en a que ça énerve, comme si c’était de la fausse humilité. Ce sont sans doute les mêmes qui trouvent que je gigote trop, que je ris trop, que je suis trop fine, trop complaisante… En fait, je suis tributaire du travail des autres, et j’ai la chance d’être entourée de gens plus forts que moi. Dont Josée, ma sœur, qui écrit tous mes textes de présentation depuis longtemps et en qui j’ai une confiance absolue. »

France peut aussi compter sur une autre équipe, essentielle, solide, à la maison. « Vincent et moi, on est un team. On s’est choisis et on s’est rechoisis. Il sait qu’il peut compter sur moi et je sais que je peux compter sur lui… même s’il en embrasse d’autres à l’écran. » Grand éclat de rire. « La première journée où on était ensemble, il s’en allait faire une scène de lit avec un gars, dans La vie, la vie. Je me rappelle lui avoir dit : “Fais donc ça, et si t’aimes ça, on est mieux de le savoir tout de suite.” Blague à part, au début, je dois avouer que je trouvais cette partie de son métier un peu étrange. Il a beau m’affirmer : “On ne sent rien, c’est du travail…” Mon œil ! Il y a un aspect technique, je le comprends, mais on sait bien que plein d’acteurs sont tombés en amour de cette façon… »

Encore plus forte

Malgré tout, elle ne fait pas d’insomnie en comptant le nombre de blondes qu’a eues Vincent dans L’auberge du chien noir. Ni quand elle se met à imaginer les pattes-d’oie qui la guettent au tournant. « On va se dire les vraies affaires, un événement a rendu les choses relatives pour moi. » Il y a quatre ans, alors qu’elle était en route pour enregistrer En direct de l’univers, une voiture a brûlé un feu rouge et a percuté la sienne. « J’ai fait une commotion cérébrale, j’ai eu des séquelles, et ç’a été très, très dur. » Traitée pendant des mois par une armée de spécialistes, France avait toujours mal. « On me disait que ça ne reviendrait pas. » Par un concours de circonstances qui ressemble à un miracle, une voisine lui a parlé d’un physiothérapeute de Sherbrooke. « Il m’a examinée, puis m’a demandé : “Es-tu prête à travailler ?” Chaque jour, je devais faire des exercices avec un élastique. J’en fais encore. Il m’a rendue à nouveau autonome… » Quelques larmes coulent. « Je n’ai pas eu le choix d’accepter certaines réalités, et c’est moins difficile qu’on le pense parce que j’aurais pu perdre tellement plus que la fermeté de mes bras… Ce qui compte, c’est que maintenant, avec mes bras, je peux serrer mes enfants. »

Quand elle parle d’eux – de Juliette, 13 ans, « la fan numéro un de Banc public » qui a fait son entrée au secondaire, et de Théo, 10 ans, un p’tit blond vénitien « qui danse tout le temps, un mélange de Vincent et moi » –, sa voix est si chargée d’amour que l’émotion remplit mon salon, devient presque tangible. « Être mère, c’était viscéral pour moi. Je suis convaincue que mes enfants m’ont guérie de certaines choses. Ils chassent mes angoisses, me sortent de ma tête. Ils m’ont probablement sauvé la vie. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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