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Dénoncer plus que jamais

« Tu ne me connais pas, mais tu as été à l’intérieur de moi, et c’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui. » Ce sont les premiers mots d’une lettre d’une dizaine de pages lue en cour au nom de la victime d’un viol survenu en janvier 2015 à la prestigieuse Université Stanford sur la côte ouest américaine.

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L’assaillant venait de recevoir sa sentence : six mois de prison – le maximum encouru pour une telle offense est fixé à 14 ans. Une peine jugée trop clémente par bon nombre de citoyens qui ont fait connaître leur mécontentement sur les réseaux sociaux. En juin, lors de la collation des grades, les diplômés de Stanford ont aussi clamé haut et fort leur indignation sur des pancartes : « Un viol, c’est un viol », « Apprenez à vos fils à ne pas violer », « Protégeons les victimes, pas les agresseurs ». On sent que ça bouge.

Collation des grades à l'Université Stanford, aux États-Unis, en juin 2016

Collation des grades à l’Université Stanford, aux États-Unis, en juin 2016. | Photo: Presse Canadienne

Une histoire classique, mais pas banale. Un étudiant, membre de l’équipe de natation, s’enivre un soir de fête, saute sur une fille – soûle au point d’être inconsciente – et la laisse derrière une benne à ordures. Malgré des preuves accablantes, il continue de nier sa culpabilité, prétextant « ne pas avoir pris les meilleures décisions » parce qu’il était ivre. Un euphémisme, on s’entend.

La victime n’a pas voulu se taire. Elle a porté plainte et répondu aux allégations de l’agresseur. « L’alcool n’est pas une excuse. Trop boire était une erreur de débutant, je le concède, mais qui n’a rien de criminel. Tout le monde dans cette pièce a déjà connu l’une de ces soirées trop arrosées. On était tous les deux soûls. La différence, c’est que je ne t’ai pas enlevé ton pantalon et tes sous-vêtements, je ne t’ai pas touché d’une façon inappropriée et je ne me suis pas enfuie », précise dans sa déclaration la jeune femme de 23 ans qui, le lendemain des événements, s’est réveillée à l’hôpital sans aucun souvenir.

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Cette Américaine n’est pas une exception. Une étudiante sur cinq est agressée sexuellement dans les universités aux États-Unis. Ce n’est pas rien : une sur cinq ! Et encore, il s’agit seulement des cas déclarés. En réaction à cette affaire, le vice-président, Joe Biden, parle d’une culture du viol. « Les chiffres concernant les agressions sexuelles sur les campus n’ont pas baissé au cours des deux dernières décennies. Un scandale, écrit-il dans une lettre diffusée sur le web. Du sexe sans consentement, c’est un viol. Point à la ligne. C’est un crime. »

Et ici, est-ce mieux ? Pas vraiment. Deux femmes sur cinq qui travaillent ou étudient dans une université québécoise ont déjà subi de la violence sexuelle sur un campus. C’est ce qu’ont révélé en mai dernier les résultats préliminaires de l’enquête « Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire » menée dans six institutions de la province. Ce qu’on entend par violence sexuelle ? Le harcèlement, dans la majorité des cas, les attentions non désirées, y compris l’agression, et la coercition sexuelle (« Tu couches avec moi en échange de… »). On n’est plus étonné d’apprendre que peu de ces victimes portent plainte ou alertent les autorités : 85 % choisissent de ne pas dénoncer les faits. Pire encore, 36 % n’en ont jamais glissé un mot à qui que ce soit !

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Dans la vingtaine, j’ai fréquenté deux universités québécoises. Toutes les étudiantes savaient qu’il fallait y éviter les couloirs souterrains. Surtout le soir. Des rumeurs circulaient : des filles avaient été agressées. Sans compter les fameux partys de fin de session qui parfois tournaient mal…

Ce qui a changé depuis ces années ? Très peu de choses. À ceci près qu’il ne s’agit plus de bruits qui courent, mais bien de faits.

Comment les femmes qui ont investi en masse ces « hauts lieux du savoir » peuvent-elles y être autant maltraitées ? Comment pouvons-nous tolérer ça ? Continuons de dénoncer l’inacceptable. Et apportons s’il vous plaît notre appui à celles qui réclament justice.

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