Carrière: criminologue et militante

La double vie de Claudine Simon

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Claudine Simon, 34 ans, mène une double vie. La moitié du temps, Claudine la criminologue niche au palais de justice de Montréal. Elle travaille à Côté Cour, un programme qui offre des services aux victimes de violence familiale prises, souvent sans le vouloir, dans les dé­dales de la machine judiciaire.

L’autre moitié du temps, Claudine la citoyenne-militante-journaliste-productrice se consacre aux Alter Citoyens, un média qu’elle a cofondé en 2007. Il y a une manifestation quelque part ? Cette Claudine-là arrive avec sa caméra, tend son micro aux gens en souhaitant les voir s’exprimer. La manif terminée, elle s’installe à sa table de montage pour produire une capsule vidéo qu’elle diffuse ensuite sur le site des Alter Citoyens. « Ce sont deux facettes de la même femme, dit-elle. Dans mon bureau, je vois les conséquences de la pauvreté. »

Il n’y a pas si longtemps, on disait qu’il fallait 35 incidents d’agression avant qu’une victime de violence familiale demande de l’aide. « C’est moins pire aujourd’hui, dit la criminologue, mais ça reste un geste très difficile à faire. Et quand une femme compose le 9-1-1, c’est pour que la violence cesse, pas pour témoigner en cour contre son chum ou le père de ses enfants… »

Mais à partir de ce moment, ce n’est plus elle qui décide. Les policiers déposeront une plainte, la Couronne portera des accusations. La femme se retrouve dans une crise qu’elle n’avait généralement pas souhaitée. Elle a beaucoup de questions et d’inquiétudes. « Qu’est-ce qui va arriver à mon conjoint ? » « C’est un immigrant, va-t-il être déporté ? » « J’ai pas d’argent pour le loyer… »

La mission de Côté Cour : guider la personne tout au long de ses démarches dans les méandres du système judiciaire. Psychologue, travailleur social et criminologue travaillent ensemble pour évaluer la situation familiale, voir si les enfants sont en danger, apporter des solutions, accompagner la victime au tribunal.

« Les gens se sentent perdus dans la grosse machine qu’est le système judiciaire, dit-elle. Le plus important de nos rôles, je crois, c’est l’écoute, le regard bienveillant. »

L’écoute et le regard bienveillant sont aussi au cœur de sa vie d’Alter Citoyenne. Les médias traditionnels font leur boulot, estime-t-elle. Mais pas tout le boulot ; il faut un complément où les citoyens prennent leur place, expriment leur vision. Et non, les réseaux sociaux ne suffisent pas à la tâche. « Cliquer sur “J’aime”, ça ne change pas grand-chose. Ce qu’il faut, c’est une vraie diffusion de la parole citoyenne. »

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