Conciliation casse-tête

Quatre mères aux horaires de travail atypiques racontent leur quotidien, entre boulot et vie de famille.

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On le sait, la conciliation travail-famille n’est pas une mince affaire. Mais ça devient un sport extrême quand il faut se lever aux aurores, passer la nuit debout ou s’absenter quelques jours pour le boulot.

Et elles sont de plus en plus nombreuses, ces mères qui travaillent à toute heure du jour, la semaine comme le week-end. Depuis 20 ans, les emplois à horaires variables ont nettement progressé au pays, sans prise en compte des conditions personnelles des travailleurs.

Ce sont 17 % des mères avec un enfant de moins de cinq ans ont un horaire de travail atypique. Pourtant, en dehors de l’horaire « normal » de 7 h à 18 h, les places à 7 $ en garderie sont pratiquement introuvables, faute d’offre… et de demande. « Les parents sont réticents à l’idée de laisser leurs enfants 12 heures dans un service de garde ou de les réveiller à des heures indues », indique Diane-Gabrielle Tremblay, spécialiste en gestion des ressources humaines, en économie et en sociologie du travail, qui a étudié un projet-pilote de garderie ouverte 24 heures sur la Côte-Nord.

Alors on fait quoi ? On met à profit l’entourage : grands-parents, belles-sœurs, voisins, petites gardiennes du quartier. Celles qui en ont les moyens embauchent une nounou. Un défi de jonglerie qui relève du sport extrême pour les mères seules. « Aux yeux de beaucoup d’employeurs, la responsabilité de la conciliation est individuelle, remarque Diane-Gabrielle Tremblay. À la femme de se débrouiller. » Avec un peu de chance, le supérieur affichera les horaires plus tôt ou accordera les congés demandés.

La stabilisation des horaires apparaît d’ailleurs comme la première piste de solution. Une étude conjointe de la FTQ et de l’UQÀM propose même de  modifier la Loi sur les normes du travail afin d’y inclure des dispositions sur les délais d’affichage et l’accès périodique à des congés le week-end. Bref, il reste encore beaucoup à faire. Ce que confirment les quatre mamans rencontrées pour ce dossier.

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Marie-Christine Proulx

Le beau défi du retour au boulot

Elle se lève à 3 h du matin et se couche tard, les soirs de spectacle. De retour en ondes après un court congé de maternité, la chroniqueuse culturelle de Salut, bonjour ! ne craint ni les nuits trop brèves – elle est rodée – ni la charge de travail – elle est workaholic de son propre aveu.

À 35 ans, tu entames ta troisième année à l’émission Salut, bonjour !, à TVA. À quoi ressemblent tes journées ? J’arrive à TVA à 3 h 30 et là, tout déboule. Avec ma recherchiste, je prépare mes chroniques. À 5 h, je descends au studio pour me faire maquiller et coiffer. Vers 5 h 30, je déjeune. À 6 h, on entre en ondes. Quand l’émission se termine, à 9 h 30, moi, je commence ma journée. J’ai des événements à couvrir, des tournages à préparer. Ce n’est jamais pareil. Très souvent, je passe à la maison faire une sieste d’une heure et demie avant de poursuivre. Je ne suis pas toujours très disciplinée pour l’heure du coucher – surtout si j’assiste à un spectacle –, mais l’arrivée d’un bébé nous force à l’être davantage !

Tu as choisi de retourner au travail alors que ta fille a six mois. As-tu senti qu’on te jugeait ? J’ai mis les regards désapprobateurs de côté. Mon chum et moi avons pris cette décision ensemble, on en avait discuté avant même d’avoir un enfant. Mes collègues mamans m’assurent que c’est l’horaire idéal. Oui, je me lève tôt, mais mes activités professionnelles se concentrent sur trois jours et demi.

Qui garde Emma ? Quand j’ai opté pour le retour au travail, il était clair qu’Emma n’irait pas à la garderie, car elle n’a que six mois. On a engagé une gardienne à la maison, qui vient du lundi au jeudi. Oui, c’est un investissement, mais qui laisse plus de latitude et occasionne moins de stress. De plus, mes parents habitent à 10 minutes d’ici, ceux de Maxime un peu plus loin, et ils sont tous à la retraite. On est bien entourés. Emma restera à la maison durant ses deux premières années. Ensuite, elle ira à la garderie.

Congés parentaux, CPE, crédits d’impôt, aide aux devoirs… Qu’est-ce que le gouvernement pourrait faire de plus pour soutenir les parents ? Promouvoir les garderies offrant des services plus flexibles. La vie des gens qui ont des horaires atypiques n’est pas simple. Il faut payer un supplément pour laisser l’enfant plus tôt, un autre pour le récupérer plus tard. Si nous n’avions pas de gardienne à la maison ou le coup de main de nos parents, je ne sais pas comment je ferais. Peut-être aussi devrait-on rendre l’aide à domicile plus accessible.

Ta mère était vice-rectrice à l’Université de Sherbrooke et ton père, professeur de psychologie. La carrière occupait-elle une grande place chez vous ? Tous deux m’ont transmis l’amour du travail et de la famille. Nous avons beaucoup discuté ensemble de mon retour anticipé. Je me rappelle être débarquée chez eux en pleurant. Je me demandais si c’était une bonne chose, si j’étais une mère indigne. Ma mère m’a dit : « J’ai recommencé à travailler deux mois après ta naissance et celle de ta sœur. Dans le temps, les congés de maternité d’un an n’existaient pas. Tout le monde s’ajustait, peu importe les conditions. Si tu joues en équipe, tu réussiras à t’en sortir. »

Ton plus grand défi ? Décrocher ! S’il y a quelqu’un qui a du mal à le faire, c’est moi ! J’allaite d’un bord, je consulte mon iPad mini de l’autre ! Ce que je veux, c’est être vraiment présente, cesser de parler de travail. Mon chum possède cette faculté : dès qu’il arrive à la maison, il décroche. J’apprends de lui.

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Véronique-Anne Leblanc
Une maman, deux garçons, deux jobs

Elle coiffe les comédiens sur les plateaux de tournage et coupe les cheveux dans un salon près de chez elle, dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Son horaire de production, qu’on lui fournit trois jours à l’avance, a de quoi donner le tournis : de jour, de soir, de nuit, la semaine et le week-end. Qui s’occupe d’Izak, huit ans, et de Liam, sept ans, dont elle a la garde une semaine sur deux ? C’est la question qui tue.

« Je vérifie qui est libre, qui peut, qui veut », dit Véronique-Anne. Souvent, sa mère vient dormir à la maison, ou alors son père arrive tôt le matin. Ou elle paie 10 $ l’heure une jeune fille rencontrée au service de garde. « Si je ne trouve personne, je supplie – une cliente, une collègue, une voisine, une amie… » À la longue, à force de solliciter de l’aide, une boule s’est formée dans son estomac. Sans compter les enfants, qui lui demandent : « Quand est-ce que tu vas être avec nous ? » « Les gars, maman travaille… » Et ne dort pas beaucoup.

Lorsque sa conjointe – qui exerce, elle aussi, un métier dans le milieu du cinéma – est à la maison, Véronique-Anne peut souffler un peu. « C’est elle qui me donne le plus gros coup de main. Tout de même, je dois faire attention, elle n’est pas la mère de mes garçons. » En dehors des périodes de pointe, la coiffeuse organise elle-même son emploi du temps, de façon à se libérer le midi et à la fin des classes. Certains clients le lui reprochent. Des hommes surtout.

Sa voisine Karine aussi a des heures de travail atypiques. Justement, la voici qui sonne à la porte. « Veux-tu que je ramène Liam ? – Merci, mais pas aujourd’hui ! » Ses enfants fréquentent la même école qu’Izak et Liam. Les deux mamans s’entraident du mieux qu’elles peuvent.

Pendant le trajet vers l’école, Véronique-Anne réfléchit au concept abstrait de la conciliation travail-famille. « Ça ne veut rien dire pour moi. Dans mon métier, ça n’existe pas. » Mal prise, elle emmène les garçons au salon ou sur les plateaux. « Des fois, ils trouvent ça long et plate ! » J’interroge Liam : « C’est vrai ? » L’adorable petit bonhomme à lunettes fait oui de la tête, puis poursuit : « Mais j’aime bien voir les effets spéciaux. »

Les dernières semaines n’ont pas été faciles à vivre pour son frère et lui. Leur maman a collaboré à une télésérie pendant plus de deux mois. « Il y avait toujours du monde qui gardait à la maison – des gens de confiance. Mais si je rentre plus tard que prévu, mon plus vieux n’est pas content ! Il m’attend, assis dans son lit… »

Elle aimerait bien que son syndicat en fasse davantage pour les parents. « Ça fait des années qu’on demande un réseau de gardiennes d’expérience pour nous dépanner. Mais c’est resté lettre morte. » Et le gouvernement ? Elle ne sait pas. Pas le temps de faire des recherches pour connaître les services officiels qu’il fournit.

Travailler et s’occuper de sa famille, ce n’est pas un fardeau, assure-t-elle. Le problème, c’est d’avoir à payer le gros prix. « Je suis tannée de toujours quémander de l’aide, de fouiller dans ma poche. Je rêve d’une société où nous n’élèverions pas nos enfants seuls. Ici, c’est chacun pour soi. »

Étonnamment, même si son emploi du temps lui occasionne parfois des maux de ventre, elle ne le troquerait contre celui de personne. « Le cinéma, c’est ma passion. J’ai toujours eu des horaires atypiques. Je ne me vois pas enfermée dans une boîte. »

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Rosanna Ciccarone
Entre ciel et terre… et enfants

Rosanna Ciccarone est agente de bord. Son mari, contrôleur aérien. « Les jours fériés, on ne connaît pas ça, ni les fins de semaine ! Quand je reçois mon horaire au début du mois, je le compare à ceux de mon chum et de mes enfants. Je détermine ensuite nos besoins de gardiennage. » Grâce à son ancienneté, Rosanna, qui cumule près de 20 ans d’expérience, peut indiquer ses restrictions et ses préférences au moyen d’un logiciel – non aux lundis, oui aux vols après 9 h… Mais le système a ses limites. Tout le monde ne peut avoir congé le 25 décembre !

De la mi-octobre à la mi-avril, cette grande brune de 40 ans fait des allers-retours dans le Sud, pour un total de 20 à 30 heures par semaine. L’été, elle assure les liaisons pour l’Europe, où elle passe en moyenne deux nuits par semaine. Son mari, lui, suit un horaire rotatif – un bloc de cinq ou six jours suivi de trois ou quatre jours de congé.

Dans ce va-et-vient incessant, leur arrive-t-il de se croiser ? Elle rit. « Oui ! On a aussi chacun du temps pour soi. C’est pour ça qu’on est ensemble depuis 18 ans ! » Pour s’occuper des enfants, Vincent, six ans, et Maïka, huit ans, le couple se relaie. Monsieur part très tôt et termine à 14 h ? Madame prépare les enfants pour l’école puis décolle à 11 h.

Quand le changement de garde s’effectue pendant la nuit, les petits n’y voient que du feu. L’agente de bord atterrit, se repose quelques heures, entame son « deuxième quart » à la maison puis se recouche. « Contrairement à ce que plusieurs pensent, les enfants ne passent pas leur temps au service de garde. »

Et que fait-on quand les horaires des parents se chevauchent ? Les grands-parents entrent en scène pour quelques heures, toute la nuit ou un week-end entier. « Ce n’est pas toujours plaisant pour les petits de nous voir partir ni pour moi de ne pas avoir mon conjoint la fin de semaine, avoue Rosanna. Mais c’est notre réalité. » Son plus jeune compte encore les dodos lorsqu’elle s’absente. « Maman, comment oses-tu me quitter ? » lui a-t-il lancé récemment !

Auparavant, elle en ressentait de la culpabilité. Plus maintenant. « J’essaie de profiter des occasions qui se présentent – prendre un café tranquille à Paris, visiter la ville… Je me ressource au travail. » Et puis, au final, elle estime passer plus de temps avec sa progéniture que sa copine, par exemple, qui fait du 9 à 5. « Ce mode de vie nous offre une belle qualité de vie, on se le dit souvent entre agentes de bord. Je fais le ménage et les courses quand Vincent et Maïka sont à l’école. À leur retour, je suis disponible pour eux. »

Il y a bien sûr des inconvénients à passer sa vie entre ciel et terre. Les heures de vol sont longues (elle peut rester debout plus de 20 heures d’affilée) et le décalage horaire est dur pour le corps. Difficile de récupérer quand la routine prend le dessus. « Avant de partir, je m’assure que le lavage est fait, que les uniformes d’éducation physique sont dans le sac d’école, etc. »

La situation devient hautement plus stressante quand un avion est retenu au sol. Comme à Punta Cana, au printemps dernier. « Le pilote nous a dit de sortir notre pyjama à cause d’un bris mécanique. Or, je devais prendre la relève de mon chum le lendemain matin. » De l’hôtel, tard dans la nuit, elle a écrit à sa mère, priant que son message la trouve éveillée. « Heureusement, elle l’a reçu à temps et m’a dit de ne pas m’inquiéter… »

Sans elle et ses beaux-parents, point de salut. « Jusqu’ici, on a réussi à s’arranger, dit Rosanna. Les garderies ouvertes 24 heures sont rares. Quand ma fille a eu un an, j’ai cherché. Je n’ai rien trouvé près de la maison. » Ses démarches auprès des Ressources humaines ont aussi été vaines. « Le secteur de l’aviation est trop incertain pour créer une garderie en milieu de travail. »

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Yolande James
Maman au Parlement

L’heure de la rentrée parlementaire a sonné. Après avoir passé l’été avec son bébé, la députée libérale de Nelligan (Montréal) s’apprête à sauter dans l’arène. Sa grossesse, ses nuits écourtées, son retour à l’Assemblée nationale, Yolande James n’a pas peur de dire « les vraies affaires » !

Il n’y a pas beaucoup de poupons au Parlement… Qu’est-ce qui vous a incitée à fonder une famille ? À 35 ans, je ne pouvais plus attendre les conditions gagnantes. La perfection n’existe pas. Et je refusais de laisser le train passer. Mon conjoint et moi, nous avons toujours désiré des enfants. J’ai beaucoup de plaisir à faire de la politique, mais ce n’est pas éternel et je ne veux pas y sacrifier ma vie privée. Ce qui reste, c’est la famille, et elle est devenue ma priorité depuis que j’ai vu mon père subir un anévrisme au cerveau en 2010.

Les députés siègent à l’Assemblée na­tionale du mardi au jeudi. Comment ­envisagez-vous votre retour à Québec ? C’est ce que j’appréhende le plus. Ce sera un retour progressif, à raison d’une journée par semaine pour commencer. Mais tout peut arriver. Si le gouvernement déposait une loi avec laquelle mon parti n’est pas d’accord, je devrais m’organiser. Pendant la grève de la construction, en juillet dernier, j’ai dû passer une nuit à Québec pour le vote. C’était la première fois que j’étais séparée de mon fils et j’ai trouvé ça très, très difficile, même si mon chum m’envoyait des vidéos de Philippe tout souriant ! Ça n’a pas de bon sens de ressentir un tel sentiment de culpabilité !

Qui va garder Philippe ? Selon un dicton africain, ça prend tout un village pour élever un enfant. Moi, j’en ai un dans mon entourage. C’est que ma famille l’attendait, ce bébé-là ! Au début, on s’organisera à la pièce. Une chose est sûre, il n’ira pas tout de suite dans un CPE. Mon conjoint est très présent, nos parents aussi. On pense faire appel à une gardienne en temps et lieu.

Quelle a été la réaction de vos collègues en apprenant la nouvelle ? Tous ont bien pris soin de moi. Ce n’est pas tous les jours qu’une députée tombe enceinte ! J’ai averti le commissaire à l’éthique que je ne comptais pas revenir à l’Assemblée avant l’automne, à moins d’une urgence. Toutefois, j’ai poursuivi mes activités à mon bureau de comté – j’habite à cinq minutes.

Devenir mère met-il un frein à une carrière politique ? Si j’étais encore ministre, je trouverais difficile de tout concilier. Par contre, je ne crois pas devoir tout abandonner pour me consacrer à mon fils. Pour aider les mamans à rester en politique, il faut assurer la relève pendant un certain temps. Mon collègue Geoffrey Kelley, député libéral de Jacques-Cartier, dans l’ouest de l’île de Montréal, a cinq enfants. Il a été le premier à me dire : « Je vais te remplacer pour telle activité. » C’était naturel pour lui, il savait ce qui m’attendait. Plus nous serons nombreuses en politique, plus les choses vont évoluer en notre faveur.

Vous considérez-vous comme une super­woman ? Pantoute ! Devant la maternité, on devient humble. Je fais de mon mieux, comme la majorité des femmes. J’en ai rencontré des jeunes mères complètement brûlées parce qu’elles s’efforçaient de tout faire en même temps. Cette pression existe. Je la sens. Une nouvelle maman doit performer. Mais un bébé, ce n’est pas rien ! Vouloir passer du temps avec son enfant, ça ne signifie pas qu’on est paresseuse ou sans ambition ! C’est pourtant le message qu’on reçoit.

Vous avez été ministre de la Famille pendant deux ans. Que feriez-vous de plus, aujourd’hui, pour les parents ? Le gouvernement n’a pas de baguette magique. Les places en garderie, c’est bien beau, mais il n’y a pas que ça. La société doit apporter sa contribution, reconnaître davantage la famille. Quand une femme passe une entrevue d’embauche, l’employeur − homme ou femme − veut savoir si elle a l’intention d’avoir des enfants et combien. Les congés parentaux dérangent… Le soutien financier et le réseautage sont essentiels eux aussi. J’ai toujours eu de l’empathie pour les chefs de famille monoparentale et j’en ai encore plus aujourd’hui ! J’aurais aimé faire davantage pour ces parents, les aider à créer leur propre « village ». Savoir qu’on n’est pas seul, ça change tout.

Vous ne profitez pas pleinement des programmes gouvernementaux − congé de maternité d’un an, CPE, etc. Ce n’est pas utile pour vous ? Ça le serait, mais ce n’est pas adapté à ma réalité. Ce n’est pas comme si je retournais au travail à temps plein. Chacune vit la conciliation travail-famille à sa façon. Nous avons fait le choix de ne pas envoyer Philippe à la garderie tout de suite, parce que nous pouvions compter sur nos parents.

Parvenez-vous à décrocher ? C’est plus difficile que je ne le pensais ! Avant d’accoucher, puis pendant que j’allaitais, je regardais la période des questions et j’envoyais des textos. Ma collègue Julie Boulet me répétait souvent : « Profite bien de ce moment, ça passe vite. » Elle avait raison. Maintenant que mon fils a cinq mois et que j’ai repris mes activités professionnelles, j’en profite pleinement. Mais au début, c’était l’enfer ! [Elle rit de bon cœur.]

Pourquoi ? Lorsqu’on est enceinte, on se fait dire que le bébé va dormir trois heures d’affilée, mais la mère ne dort pas nécessairement pendant ce temps-là ! Des nuits blanches, j’en ai passé plein, mais cinq en ligne, c’est dur… À vrai dire, je n’ai pas vécu de lune de miel pendant ma grossesse. J’ai eu le dos bloqué à cause d’une sciatique et j’ai accouché deux semaines après la date prévue. Je tournais en rond comme une lionne en cage. Mais là, je suis totalement en amour avec mon fils ! [Elle fait défiler sur son iPhone des photos d’un beau bébé joufflu.]

Qu’est-ce qui a changé depuis sa venue ? Avant, on pouvait m’appeler à la dernière minute pour une activité et j’y allais. On menait la belle vie : je rentrais de Québec à 21 h, on soupait à 22 h. C’est fini tout ça. Chez les James-Lauzon, on mange à 17 h et, passé 20 h 30, la maison est fermée ! Mes amis ne comprennent plus rien…

La conciliation travail-famille, qu’est-ce que ça signifie pour vous ? Défense d’utiliser la langue de bois ! Être à la fois une professionnelle et une mère comblées. Passer du temps avec mon enfant et me donner à 100 % au travail sans jamais, jamais me sentir coupable de négligence. J’ai besoin de travailler. Mais ça cause des dommages collatéraux. Je n’arrive plus à faire tout ce que j’ai inscrit sur ma liste, il y a du lavage en retard… Ce n’est pas grave, on est heureux !

Vous êtes avocate. Envisagez-vous de quitter un jour la politique pour consacrer plus de temps à votre famille ? Aux dernières élections, j’ai senti que je devais choisir entre les deux. Mais Jean Charest m’a assurée du contraire et confortée dans ma décision de me présenter une nouvelle fois. Pour attirer les femmes en politique, il faut leur dire la vérité. Oui, c’est parfois une folie, il y a des moments où on se demande ce qu’on fait là, mais je ne changerais absolument rien. Je vis des choses incroyables. Le jour viendra où je ferai autre chose, mais pas uniquement pour des raisons familiales.

Les Japonaises et la conciliation travail-famille, dans un pays moderne où les traditions pèsent encore lourd.

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