Line Beauchamp

La ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs pratique ce qu’elle prône. Et elle y tient.

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Comme ministre de l’Environnement, vous devez donner l’exemple. Êtes-vous une maniaque du bac de recyclage ?
[Rires] Dans mon arrondissement, ce n’est pas un bac, mais un sac. Et comme bien des Montréalais, ça fait longtemps que je recycle.

Je fais ma part. Mon conjoint et moi nous partageons les courses et dès que le sac réutilisable est vidé, on l’accroche à la poignée de porte pour ne pas l’oublier en sortant. Mais je peux encore m’améliorer, surtout lorsque je fais des achats ailleurs qu’à l’épicerie. J’oublie parfois mon sac quand je magasine des vêtements, par exemple.

Un autre geste vert dont je suis fière, c’est l’utilisation de la corde à linge. J’ai longtemps habité en appartement mais, depuis 2003, je suis propriétaire d’une maison à Montréal-Nord [où la corde à linge est permise, contrairement à d’autres villes du Québec]. J’ai retrouvé une corde avec bonheur. La sécheuse est l’appareil ménager qui consomme le plus d’énergie.

Et vos déplacements ? Pas facile de prendre les transports en commun quand on est ministre.
C’est vrai. Mon premier choix, ce serait le vélo. J’aimais beaucoup en faire avant, mais je ne prends plus beaucoup le temps, à ma courte honte. Je suis toujours entre Montréal et Québec. Et ça, c’est quand je ne suis pas en tournée dans les régions. J’ai donc une voiture hybride.

Sentez-vous que tous vos gestes « verts » sont surveillés ?
Pas au point de devenir paranoïaque. Mais oui, les gens ont des attentes, c’est tout à fait légitime. En fait, il faudrait que tout le monde se sente un peu surveillé. Quand j’étais jeune, on faisait des gros yeux aux conducteurs qui vidaient leur cendrier par la fenêtre de leur voiture. Il s’agissait clairement d’un manque de civisme. Il faut maintenant que ça devienne aussi clair pour le gaspillage de l’eau, du papier ou de l’énergie.

Qu’est-ce qui motive votre engagement ?
Ça peut sembler banal, mais je suis préoccupée par l’avenir de la planète. La question des changements climatiques m’inquiète tout particulièrement. Les études scientifiques démontrent à quel point ça s’accélère. Le réchauffement pourrait mener à des déplacements de population, à une lutte pour les ressources. J’aurais envie d’avoir peur, mais je préfère agir.

Pourtant, rien ne semblait vous destiner au ministère de l’Environnement. Vous avez étudié en psychologie et passé quatre ans à la tête du ministère de la Culture et des Communications.
C’est vrai, j’ai failli être psychothérapeute. J’ai aussi une formation en psychologie organisationnelle qui m’aide à cerner les dynamiques de groupe, à comprendre pourquoi une situation est dans une impasse et comment la dénouer.

Le ministère de l’Environnement est complexe parce qu’il touche à beaucoup de secteurs : monde municipal, agriculture, transports, ressources naturelles… Je pense que j’ai acquis la maturité politique nécessaire pour faire avancer des dossiers de ce genre. Cela dit, ce ministère est celui qui compte le plus grand nombre de fonctionnaires titulaires de doctorats. Leur expertise complète la mienne.

Si on mettait les Québécois sur le divan, comment les analyseriez-vous ? Sont-ils aussi verts qu’ils le croient ?
Je pense que nous sommes plus sensibilisés aux changements climatiques que nos voisins. On est plus enclins à acheter une petite voiture – et je ne crois pas que ça soit uniquement une question de budget. Des 60 États d’Amérique du Nord, seul le Québec peut prétendre respecter le protocole de Kyoto. Dans d’autres secteurs toutefois, on a beaucoup de rattrapage à faire. Je pense, entre autres, au gaspillage de l’eau ou à la quantité de déchets qu’on produit et qui augmente sans cesse.

La gestion des déchets est d’ailleurs à votre programme cet automne.
Oui. Le défi est de taille. Je veux proposer un nouveau plan de gestion des matières résiduelles, avec des objectifs chiffrés pour le recyclage, pour les 10 prochaines années.

Et pour freiner le gaspillage de l’eau ?
C’est l’autre grand dossier à l’ordre du jour. Notre gouvernement veut faire adopter le projet de loi 92, qui fera de l’eau une ressource collective – elle appartiendra ainsi à tous les Québécois. Concrètement, ça veut dire que les industries et les agriculteurs, qui puisent dans les lacs ou les nappes souterraines l’équivalent de deux grosses piscines par jour, devront dorénavant payer une taxe pour leur utilisation de l’eau. L’argent recueilli servira à protéger la ressource. Ces grands utilisateurs devront aussi demander une autorisation spéciale au ministère pour mener leurs activités.

En parallèle, nous sommes à mettre en place un Bureau québécois de connaissances sur l’eau, qui servira entre autres à mieux évaluer les réserves d’eau souterraine. On se sent riche d’eau au Québec, mais on est encore à l’âge de pierre en ce qui concerne les connaissances sur notre ressource.

Prendre des décisions au sujet de l’avenir de la planète, ce n’est pas banal. Ça pèse sur vos épaules ?
Je ne veux pas le voir de cette façon. Je regarde ma sœur, qui a adopté deux petites filles en Chine – et c’est la même chose pour toutes les femmes qui ont des enfants. Elle pourrait voir ça comme un poids : façonner un petit individu pour en faire une personne heureuse, responsable, engagée. Ma sœur voit plutôt ça comme le plus beau défi de sa vie. C’est la même chose pour moi avec la politique.

Vous arrive-t-il de vous ennuyer du ministère de la Culture ? Les soirées de première devaient être plutôt distrayantes…
[Rires] J’ai adoré mon passage à la Culture, bien qu’il s’agisse d’un des ministères les plus exigeants question temps, déplacements et santé physique. Les gardes du corps vous le diront.
Ce que j’aimais par-dessus tout, c’était de rencontrer les artistes, me laisser transporter par leur énergie.
Je retrouve la même chose avec les environnementalistes. Car ce sont des gens qui sont éloquents, passionnés et créatifs. Ils ne font pas que soulever les problèmes : ils proposent des solutions réalistes.

Notes biographiques
Ceux qui la connaissent la disent disciplinée. Elle lit consciencieusement ses dossiers, comprend finement – et, surtout, assume – tout ce qu’elle signe. C’est payant : Monsieur Environnement lui-même, Steven Guilbeault, a salué ses efforts dans la lutte aux changements climatiques.

Le poste de ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, qu’elle occupe depuis avril 2007, n’était pourtant pas dans ses cartes. Née à Valleyfield en 1963, elle se destinait à la psychologie, mais se lance plutôt dans la gestion d’organisations communautaires. Nouveau changement de cap en 1998 : elle saute dans l’arène politique « pour quitter quelque temps le camp de ceux qui font des demandes et aller voir comment ça se passe du côté des décideurs ». C’est au portefeuille de la Culture et des Communications qu’elle fait ses premières armes. D’abord comme porte-parole de l’opposition officielle, puis comme ministre.

Qu’importe son parcours. C’est toujours le même défi qui l’intéresse : écouter les gens, surmonter les obstacles et faire avancer des projets.

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