Sexualité: Lili Boisvert nous parle du Principe du cumshot

Sommes-nous condamnés à vivre la sexualité entre hommes et femmes toujours de la même façon? Lili Boisvert est persuadée que non. En déboulonnant des mythes qui ont la couenne dure (les hommes préfèrent les jeunes femmes pour de pures motivations de reproduction, les femmes préfèrent les mauvais garçons…), elle nous invite à parachever la révolution sexuelle qui, selon elle, a été laissée en suspens. Sa théorie a piqué notre curiosité: on a jasé avec elle.

  0

 

Lili Boivert_WEB

Crédit: Michel Paquet

À plusieurs occasions dans votre texte, vous clarifiez vos intentions afin de ne pas être mal interprétée. Dans la mise en garde de l’ouvrage, vous précisez notamment que vous n’êtes pas «anti-hommes». Est-ce quelque chose que vous devez faire souvent?

Oui. OUI! Ça m’arrive sans arrêt d’être mal comprise et je marche constamment sur des œufs quand je m’exprime, parce que je suis très consciente que ce que je dis, tout le monde n’a pas envie de l’entendre. D’ailleurs je connais plusieurs autres féministes qui tiennent le même discours que moi et qui ont parfois vu leurs propos être détournés. Je veux donc que ce soit clair: je ne suis pas là pour dire aux gens comment vivre leur sexualité. Je souhaite simplement pointer du doigt quelques phénomènes présents dans notre culture qui me semblent problématiques.

 

Vous dites que Freud, en affirmant que la femme devait apprendre à jouir par le vagin, faisait du mansplaining. Jusqu’à quel point ses théories ont-elles encore un impact sur notre perception de la sexualité?

On s’est délestés de plusieurs théories dépassées. Mais Freud résonne encore dans la mesure où le clitoris est toujours sous-exploité et très peu mis en scène, dans la pornographie entre autres. On continue de véhiculer l’idée que la femme devrait apprendre à jouir autrement que par le clitoris, malgré le fait que 90 % des femmes atteignent l’orgasme par stimulation clitoridienne, contre 25 % par la pénétration vaginale seule.

 

Comment défaire les sempiternels schémas qui nuisent aux relations entre les deux sexes?

Depuis des siècles, l’offre de produits culturels est conçue par des hommes et pour des hommes. Je pense qu’on devrait donner tout autant aux femmes la chance de créer et de mettre leur propre désir en scène. Avec la libération sexuelle des années 1960, nous sommes devenues libres… d’attiser le désir des hommes et de pouvoir les exciter! Or notre désir à nous aussi devrait compter. Actuellement, tout fonctionne selon un système cohérent dans lequel les femmes sont reléguées au statut de citoyennes de seconde zone et où l’expérience masculine prime tout le reste. On gagnerait tous à jouir d’une plus grande réciprocité dans la sexualité; l’homme aurait d’ailleurs davantage d’occasions d’être lui-même érotisé, ce qui peut être très agréable! Je suis convaincue que tout est interrelié et que le jour où l’on y arrivera, on pourra observer les conséquences partout dans la société.

 

Pourquoi tant de femmes ont-elles de la difficulté à se dire féministes?

Simplement parce qu’elles sont le fruit de la culture dans laquelle on vit. À l’échelle individuelle, nous ne percevons pas toujours que nous sommes soumises à une pression sociale qui nous dicte comment agir. Nous nous y conformons donc toutes à un degré ou un autre. On accepte d’être passives dans la séduction et dans la sexualité, ou de se montrer sexy dans le but de plaire aux hommes. En faisant ce qui est attendu de nous, on se sent validées, valorisées. On obtient une gratification psychologique, un bénéfice réel qu’on n’a pas envie de perdre. On n’a pas forcément envie de challenger le statu quo!

 

Comment expliquer le paradoxe selon lequel on a tendance à s’indigner devant une jeune chanteuse sensuelle alors que la porno de catégorie Teen est démesurément populaire?

Ces deux phénomènes vont d’ailleurs ensemble. C’est le fantasme de la transgression, lié à l’emprise que la religion chrétienne a encore sur nous, qui est mis en scène. On fantasme sur la jeune femme pure parce qu’on a le fantasme de la salir. Et c’est pour cette raison que les jeunes stars sont appelées à jouer tour à tour les pures et les provocantes. On joue continuellement sur cette dualité. De la même façon, on ridiculise les jeunes chanteurs – One Direction, Justin Bieber… – qui obtiennent du succès auprès des jeunes filles. En réalité, on méprise l’objet du désir de celles-ci afin de faire taire leur libido et de les faire rentrer dans le rang, de les ramener à leur état de pureté.

 

On parle beaucoup de l’impact de l’âge d’une femme sur sa fertilité et très peu de celui de l’homme. Pourtant, vous rappelez que l’âge du père a aussi des effets sur l’embryon…

En effet, on dit moins que plus un homme est âgé, plus grands sont les risques pour sa partenaire de faire une fausse couche, d’avoir un enfant atteint du syndrome de Down… Les hommes sont encore majoritaires dans le domaine de la science. Et les chercheurs ont beau être neutres, il demeure qu’il y a une foule de biais qui interviennent dans leur pratique – ne serait-ce que dans leur choix de champ d’expertise. Ils ne s’intéressent pas autant à ce qui va à l’encontre de leur point de vue ou de leurs intérêts et, par conséquent, ne le mettent pas de l’avant.

VLB7423_CV_LiliBoisvert.indd

Le principe du cumshot, de Lili Boisvert, vlb éditeur, 24,95 $ (17, 99 $ en format numérique)

Impossible d'ajouter des commentaires.