Épicerie Loco: des entrepreneures écolos

Plastique d’emballage, boîtes de conserve, pintes de lait… Et si l’on se débarrassait de tout ça pour de bon C’est le pari de quatre copines d’université qui s’affairent à bâtir la première chaîne d’épiceries zéro déchet au Québec.

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Andréanne Laurin, Martine Gariépy, Sophie Maccario, Marie-Soleil L’Allier. Crédit: Louise Savoie

 

Gare aux idées folles lancées lors des partys bien arrosés : parfois, elles se matérialisent. Le quatuor de filles à qui l’on doit l’épicerie Loco peut en témoigner. Un soir de match de hockey, il y a trois ans, les quatre étudiantes en sciences de l’environnement à l’UQÀM se sont retrouvées au bar L’Abreuvoir, histoire de changer d’air en fin de session. Quelques verres plus tard, elles avaient scellé un pacte: révolutionner la façon dont les gens font leur marché au Québec. Oui, madame.

Loco est né

Ce n’était pas qu’une promesse de boisson. Cernées, échevelées, fébriles, elles ont inauguré l’an dernier un premier Loco, rue Jarry Est, à Montréal. Et au moment de notre rencontre, début juin, les démarches allaient bon train pour un deuxième. « On veut en implanter plein d’autres dans la province, explique Andréanne Laurin, 28 ans, que ses acolytes définissent comme la doer de la gang, celle qui fonce dans le tas. En fait, on n’avait pas encore ouvert nos portes à Montréal que des gens de Gatineau et de Québec nous contactaient pour lancer une franchise. Sans même avoir vu à quoi ça pouvait ressembler! Notre projet a suscité un engouement auquel on ne s’attendait pas. C’est ce qui nous a poussées à aller jusqu’au bout. »

Depuis le premier jour, ça se bouscule aux portes de l’impeccable local de 1 000 pieds carrés abritant ce commerce nouveau genre, où presque tout est bio, produit au Québec et, surtout, vendu en vrac. Y compris le dentifrice qui, contrairement à ce que dit l’adage, peut vraiment se remettre dans le tube. L’après-midi où je suis passée, une demi-douzaine de clients remplissaient leurs sacs en coton recyclé et leurs tupperwares de fusillis d’épeautre, de savon à vaisselle bio, de pâte à biscuits végane. Et, non, les habitués n’arboraient pas tous la tunique de chanvre. « C’est sûr qu’on attire des végétaliens et des écolos, mais la clientèle est surtout composée de gens ordinaires qui nous considèrent maintenant comme une simple épicerie de quartier. En plein ce qu’on espérait », assure Martine Gariépy, 35 ans, qui travaille comme agente de bord en attendant que l’entreprise soit plus solide.

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Révolution tranquille

On ne se la joue ni puriste ni moralisatrice chez Loco. « Le mot d’ordre est “tolérance”. Chaque consommateur a ses limites et ses priorités, on se doit de respecter ça », soutient Marie-Soleil L’Allier, 39 ans, qui a quitté un poste d’ingénieure en informatique dans une agence web parce qu’elle trouvait que son boulot encourageait le gaspillage des ressources. Artiste dans l’âme, elle est l’auteure de la bédé Les Chicks en vrac, qui relate les aventures des fondatrices. Elle y injecte une bonne dose d’humour, pour montrer que modifier ses habitudes de consommation n’est pas une mince affaire, y compris pour des granos convaincues de leur espèce. « La méthode douce est la meilleure; autrement, on ne tient pas le coup, ajoute la quatrième mousquetaire, Sophie Maccario, une doctorante en environnement de 27 ans. Les gens croulent déjà sous les responsabilités au travail et à la maison. Pas évident d’en rajouter… Je suggère de commencer par conserver sa bouteille d’huile d’olive ou le contenant de détergent à lessive quand il est vide, par exemple, et de venir le remplir ici. Un petit geste qui s’intègre bien au quotidien et qui en appelle d’autres. » Les filles s’émeuvent de l’enthousiasme de certains clients qui prennent en photo leurs achats tant ils sont fiers de contribuer à sauver la planète. « Ils nous disent que venir ici les rend heureux, raconte Martine. Je sens qu’un mouvement fort est en train de naître au sein de la population. » Par contre, il reste un travail « phénoménal » à faire pour amener les fournisseurs à s’adapter aux épiceries zéro déchet, constate Andréanne. La plupart ont des chaînes de production très aseptisées, où tout est ensaché, encartonné, scellé… « Alors, quand on débarque en leur demandant de livrer leurs produits dans des contenants réutilisables, on se fait parfois répondre : “Ben voyons donc, ça n’a pas d’allure!” Mais quelques-uns rappellent après avoir pensé à une solution. » Malgré ce laborieux défrichage, les quatre dynamos ne regrettent pas leur pacte. « Après les études, on ne se voyait pas écrire des rapports de développement durable, dit Martine. On est des filles de terrain. On peut chialer contre les changements climatiques, la pollution et les déversements, mais il faut être dans l’action aussi. »

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On trouve quoi chez Loco?

On y déniche pas mal de tout – même des amis. Pour vrai. « Les étagères ne sont pas hautes, ça favorise les contacts sociaux! » observe Martine Gariépy, qui a souvent été témoin de conversations entre clients. Côté produits, certains aliments populaires comme la sauce tomate, les chips et les jus de fruits ne sont pas encore offerts, faute d’avoir trouvé une solution zéro déchet. Aussi, compte tenu de la mission de l’entreprise, il faut composer avec les caprices des saisons. Autrement dit, la tomate se fait rare en hiver… Mais on se permet quelques importations : au moment de mon passage, il y avait de l’ail de l’Argentine et des limettes bios du Mexique. Et des bananes! « Il y en a toujours, insiste Andréanne en riant. Sinon, on se le ferait dire. » Les quatre associées s’assurent en gros qu’on y trouve tout ce qu’il faut pour élaborer un menu complet. Féculents, poissons sauvages (dont de la bonne barbotte du Québec !), épices, fromages… Il y a même de quoi engraisser poissons rouges et pitons. On peut également y faire le plein de savons, nettoyants et déodorants bios. Par contre, pas de viande sur les rayons. En partie parce que le gouvernement n’est pas chaud à l’idée qu’elle soit vendue sans emballage, mais aussi parce qu’il y a un boucher établi près de Loco, et que les filles ne voulaient pas lui faire concurrence. Autre particularité : les produits sur le point d’être périmés sont transformés par Madame Virgule, un traiteur offrant des plats à emporter. « On n’a pratiquement pas de pertes alimentaires, ce qui est très rare dans une épicerie! » souligne Andréanne.

Plus cher?

Faire son épicerie chez Loco, est-ce à la portée de toutes les bourses? Oui et non. Les proprios s’efforcent de rendre la bouffe bio abordable, pour que tous puissent en bénéficier. Ce type de produit y est d’ailleurs 20 % moins cher que dans les supermarchés, notamment parce qu’on saute l’étape de l’emballage. Toutefois, la plupart des denrées régulières coûtent en moyenne 20 % de plus qu’ailleurs, car elles proviennent de petites fermes et d’entreprises québécoises qui fabriquent à la main ou en modeste quantité.

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