Histoire de la beauté: 8 faits surprenants

Double menton et genoux mous ont déjà été aussi affriolants que le sont aujourd’hui la mâchoire découpée et les jambes fines. Tout plein de faits divertissants sur l’histoire de la beauté en Occident.

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La mine triste
Afficher une mine de dépressif au seuil du précipice faisait très «distingué» au 19e siècle. Pour se défaire les traits et creuser leurs cernes, les femmes buvaient du vinaigre, se privaient de sommeil pendant des jours ou ingéraient des drogues à base de belladone. En plus de cultiver le teint cadavérique, ces précurseurs du mouvement gothique se noircissaient les cheveux à l’aide de racines et d’écorces d’arbres bouillies dans le vin.

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Photo: Geoffrey Clements / Corbis (Millicent, Duchess of Sutherland, John Singer Sargent)

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Les remèdes miracle
Le caca d’humains et d’animaux a été fort populaire dans les recettes de cosmétiques à travers les siècles. On s’en enduisait les cheveux pour les fortifier ou activer leur repousse, la peau du visage pour lutter contre les rides, le corps pour le raffermir. On osait aussi la sangsue macérée 60 jours, l’eau de pigeon bouilli, le hachis de limaçons rouges, la cervelle de tortue, le sperme, la bave… Peu ragoûtant, certes, mais moins nocif que le sulfure d’arsenic utilisé à l’époque pour s’épiler. Ou encore le plomb, le vitriol et le mercure dans les fonds de teint blanchissants. Ces plâtres étaient si toxiques qu’ils brûlaient et trouaient la peau du visage, en plus de donner mauvaise haleine et de noircir les dents. Mais tout cela n’était rien, apparemment, à côté de l’humiliation du bronzage. Tellement paysan.

Les joyeuses courbes
À part le menuet et l’équitation, le sport n’avait pas du tout la cote chez les filles avant la fin de la Première Guerre mondiale. Le bourrelet s’assumait alors joyeusement. Une des premières à renverser cette mode fut cependant l’impératrice Sissi (Élisabeth de Wittelsbach, 1837–1898). Extrêmement soucieuse de garder sa taille de guêpe sculptée par les corsets, elle avait fait installer des salles de culture physique dans toutes ses résidences, où elle s’exerçait plusieurs heures par jour aux anneaux, aux haltères, aux barres parallèles et au cheval d’arçons.

Crédit photo : Alinari via Getty Images (Portrait d’Elizabeth of Wittelsbach, Imprératrice d’Autriche et Reine d’Hongrie)

Photo: Alinari via Getty Images (Portrait d’Elizabeth of Wittelsbach, Imprératrice d’Autriche et Reine de Hongrie)

Les odeurs intimes
Une femme dont le sexe dégageait une mauvaise odeur aux 15e et 16e siècles était considérée comme «honnête», puisque seules les prostituées pratiquaient l’hygiène intime, enseignée par les mères maquerelles (certaines poussaient la coquetterie jusqu’à enjoliver leurs poils pubiens de rubans). Mais, pour les bonnes catholiques, pas question de s’approcher de «là», même avec une perche de 10 pieds. Les hommes non plus n’étaient pas très tentés. Au 19e siècle, les médecins ont fini par exhorter les jeunes filles à être «propres» si elles voulaient «trouver et garder un mari».

Les perruques vertigineuses
Au temps de Louis XIV, en France, certaines perruques s’élevaient si haut dans les airs que la bouche semblait être au milieu du corps. On les décorait de bateaux miniatures, de moulins à vent, de fleurs, de miroirs, de figurines d’animaux, le tout abondamment recouvert de poudre d’amidon. Outil indispensable: une baguette munie de petites mains en ivoire pour se gratter le fond de la tête. Car ces échafaudages complexes étaient très prisés par la vermine…

iStock by Getty Images

Photo: iStock (Comic Sketches from English History for Children of Various Ages. With Descriptive Rhymes.”, Lieutenant-Colonel T.S. Seccombe, London, in 1884)

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Les atouts enchanteurs
À partir de 1770, il est devenu illégal pour les Anglaises d’user d’eaux de senteurs, de «peintures», de dents artificielles, de faux cheveux et de talons hauts pour «abuser» des hommes ou les «conduire au mariage».

Le pétard suprême
Pour être qualifiée de méchant pétard il y a 400 ans, une femme devait avoir un «menton court et fourchu, si grasset et charnu par-dessous que descendant à la gueule, il semble faire comme un second menton»; des «bras assez charnus et massifs»; une «petite bouche aplatie»; des pieds «rondelets»; des cheveux blonds «crépus» (Trois livres de l’embellissement et ornement du corps humain, Jean Liébault, 1582). Quant au bas du corps, on s’en fichait: les jambes, recouvertes de tissus jusqu’au sol, ne servaient que de «socle» pour le haut. Quin toi, Gisele Bündchen.

Crédit photo : Francis G. Mayer / Corbis

Photo: Francis G. Mayer / Corbis

Les charmantes aisselles
Une Française s’épilant les aisselles était totalement éteignoir au 19e siècle. Les hommes étaient fous de ces touffes de poil «diverse[s] comme la couleur des cheveux, ondoyante[s] comme les boucles qui la recèlent», mais plus encore des émanations qui s’en dégageaient. Les variations de ces «fumets» ont d’ailleurs été décrites avec subtilité par l’écrivain Joris-Karl Huysmans: «Nul arôme n’a plus de nuances ; c’est une gamme parcourant tout le clavier de l’odorat, touchant aux entêtantes senteurs du seringat et du sureau, rappelant parfois le doux parfum des doigts qu’on frotte après y avoir tenu et fumé une cigarette. Audacieux et parfois lassant chez la brune et chez la noire, aigu et féroce chez la rousse, le gousset est flottant et capiteux ainsi que certains vins sucrés chez la blonde (…)».

Sources: L’éternel féminin – Une histoire du corps intime, par Béatrice Fontanel (Seuil); Histoire de la beauté – Le corps et l’art d’embellir de la Renaissance à nos jours, par Georges Vigarello (Seuil).

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