Ingrid Falaise: la vie après l’enfer de la violence conjugale

L’auteure et comédienne Ingrid Falaise raconte, dans «Le Monstre – la suite», le long processus de reconstruction qu’elle a dû traverser après avoir fui un mari violent et manipulateur.

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Photo: Stéphanie Lefebvre

Photo: Stéphanie Lefebvre

«Oui, il y a un lendemain après la violence amoureuse. Oui, des ailes, ça repousse.» L’auteure et comédienne Ingrid Falaise raconte, dans Le Monstre – la suite, le long processus de reconstruction qu’elle a dû traverser après avoir fui un mari violent et manipulateur.

Ingrid a épousé «M» en 2000. Ce n’est qu’une fois séquestrée dans un petit appartement de Saint-Laurent, persuadée qu’il allait la tuer, qu’elle a réussi à fuir pour de bon, après deux ans de tortures physiques et mentales.

Elle a beau avoir quitté son bourreau il y a maintenant 15 ans, elle porte encore les marques de ses agressions. Les conséquences de la violence conjugale ne s’arrêtent pas au moment où l’on choisit de partir.

«On ne peut pas simplement tourner la page et recommencer notre vie où on l’avait laissée», soutient-elle. Les cauchemars, la peur constante, les flashbacks subsistent.

Pour tenter d’estomper la douleur, Ingrid s’est jetée tour à tour dans la drogue, le travail et l’automutilation. Finalement, après différentes thérapies et des rencontres salvatrices, la dernière grande étape de sa guérison aura été l’écriture de son premier livre, Le Monstre, il y a deux ans.

«C’est comme si, en racontant mon histoire, j’avais réussi à faire en sorte qu’elle ne m’appartienne plus, indique-t-elle. Depuis que je l’ai écrite, j’ai arrêté de faire des cauchemars et je marche la tête haute. Je ne suis plus du tout la même personne.»

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Sauver des vies

La pénible épreuve qu’a vécue Ingrid n’aura toutefois pas été vaine. Depuis qu’elle l’a rendue publique, elle reçoit en effet des témoignages de centaines de femmes qui ont trouvé le courage de partir.

«L’une d’elles m’a envoyé une photo de son fils en me disant que c’était grâce à moi s’il était vivant. Son mari lui donnait des coups dans le ventre alors qu’elle était enceinte et elle l’a quitté après m’avoir vue à Tout le monde en parle», relate la comédienne.

Dans ces messages, on lui demandait souvent comment elle avait fait pour regagner sa confiance en elle-même et aller de nouveau vers les autres.

«C’était beaucoup trop long à expliquer pour que je puisse répondre à chaque personne. Alors, je me suis dit que je devais absolument écrire la suite», raconte-t-elle.

Elle espère que cette deuxième partie de son récit pourra aider quiconque a déjà vécu une expérience traumatisante, quelle qu’elle soit, à s’en sortir. «On a tous une reconstruction à faire. On passe par des chemins différents, mais qui se ressemblent beaucoup.»

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Faire mieux

Chaque fois qu’un drame conjugal est médiatisé, Ingrid Falaise constate qu’il reste beaucoup à accomplir pour sortir les femmes des griffes de leurs monstres. «Ça me vire à l’envers parce qu’elles sont comme moi. J’ai réussi ma fuite, pas elles.» Elle insiste: les victimes de violence conjugale ne sont ni faibles ni sottes.

«Parmi les femmes qui me contactent, il y a des avocates, des policières, des travailleuses sociales… Elles ont honte d’être tombées dans le panneau et cette honte les isole encore davantage. Il faut qu’elles comprennent que ce qu’elles vivent n’est pas un signe de faiblesse. Ce n’est pas leur faute», insiste-t-elle.

«Dire à une victime qu’elle n’a qu’à quitter son conjoint, c’est aussi ridicule que de dire à une anorexique qu’elle n’a qu’à manger, illustre-t-elle. Ces femmes traversent une réelle peine d’amour. Il est dans leur esprit à chaque instant.»

Les organismes comme SOS violence conjugale, dont elle est porte-parole, peuvent être d’un grand secours pour les victimes comme pour les proches qui désirent les aider à s’en sortir.

Ingrid souhaiterait que l’État réinvestisse dans une grande campagne pour sensibiliser à la violence conjugale, tant physique que verbale. «Les mots font plus mal que les coups de poing», soutient-elle.

Malgré tout, malgré la douleur qui refait surface quand elle observe les cicatrices sur ses jambes, Ingrid Falaise s’est reconstruite. Elle a fait face à ses démons, elle a pu relancer sa carrière d’actrice et aimer encore. Son nouveau conjoint, Cédrik, qu’elle a rencontré peu avant de commencer l’écriture de son premier livre en 2014, connaît ses blessures et l’accepte telle qu’elle est.

Elle attend maintenant avec impatience l’arrivée de leur enfant, qui devrait naître d’ici quatre à cinq semaines, en espérant de tout cœur que son bonheur puisse servir d’exemple à toutes celles qui se remettent d’une relation toxique.

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