La vraie (et belle) nature de Sarah-Jeanne Labrosse

Révélée dans Unité 9, consacrée dans Les pays d’en haut, elle a tout pour aller loin: le talent, la beauté, une saine ambition, une maîtrise parfaite de l’anglais et du cœur à l’ouvrage. On la voit déjà beaucoup? En fait, on n’a encore rien vu.

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Photo: Andréanne Gauthier

Il a été question de Donalda et de Donald Trump, de Dieu et de Xavier Dolan… Cette interview mériterait d’être racontée par le menu et reproduite dans son intégralité, histoire de mieux évoquer le bonheur de passer quelques heures avec une fille absolument craquante et d’une simplicité désarmante.

Notre tête-à-tête a démarré sur les chapeaux de roues. Sarah-Jeanne est venue me quérir chez moi, amicale d’emblée, le chignon joliment désordonné. « Où on va ? » Elle n’avait rien prévu, et moi non plus. Oups. Pas de panique. « On vit d’aventure », a-t-elle reparti, sourire aux lèvres, en démarrant son bolide.

Cette voiture blanche sans chichi vieille de huit ans est son deuxième chez-soi. « C’est l’un de mes endroits préférés. C’est souvent le bordel, et ça ne me dérange pas. J’ai fait le ménage à l’intérieur ce matin, pour toi, mais l’extérieur est sale. Si on allait dans un lave-auto ? »

Chemin faisant, elle m’explique le contenu de sa maison motorisée. Ce cartable épais comme une brique sur la banquette arrière ? « Mes textes du Chalet, qui me suivent tout le temps du tournage. » Le chalet, une sitcom très populaire auprès des ados diffusée depuis 2015 sur Vrak.tv, a fait de Sarah-Jeanne – déjà vedette d’une autre série de la chaîne, L’appart du 5e – une idole des jeunes. Deux trophées Artis (catégorie Artiste d’émissions jeunesse 2016 et 2017) confirment ce statut.

Et ce sac de gym ? « J’arrive de mon cours de boxe. » La dame est sportive, et très compétitive. Elle a déjà été une pro de tennis, classée 10e au Canada à 14 ans, et a même fait mordre la poussière à l’une des meilleures raquettes du pays, Eugenie Bouchard. « J’ai arrêté il y a une dizaine d’années à cause d’une blessure au genou. Après, et pendant des années, je n’ai pas fait de sport. J’ai compris que j’avais besoin d’avoir rendez-vous avec un entraîneur, sinon je n’y vais pas, je fais autre chose. »

Pendant que l’auto passait sous la douche, sa propriétaire continuait d’en inventorier le fouillis. « Voyons voir… Il y a des tubes de baume à lèvres partout, je suis un peu maniaque. Et des vis. Je suis toujours dans les rénos et j’adore ça. Quand c’est terminé, je vends et je déménage, parce que je ne sais plus quoi faire. Pendant un temps, je n’avais plus de toilette, je devais utiliser celle de mes locataires du haut. » Ai-je précisé qu’elle vient d’avoir 26 ans ?

De Unité 9 aux Pays d’en haut

Photo: Andréanne Gauthier

Une fois propre, son « bazou », comme elle l’appelle affectueusement sur Instagram (un quart de million d’abonnés), nous a transportés quelques rues plus loin. Elle voulait découvrir Hochelaga-Maisonneuve, quartier qu’elle fréquente mais connaît peu. J’ai proposé un décor propice à l’introspection : l’église Saint-Clément, à l’architecture néo-romane. Le temps était bon, le ciel était bleu, nous n’avions rien à faire, rien que d’être heureux… assis sur un bout de perron à jaser du sens de la vie.

« Je ne suis jamais allée à la messe, sauf à Noël avec mon grand-père. Je suis non croyante, je ne crois en rien, sauf en moi. Et je n’ai aucun intérêt pour la religion, qui fait tellement de mal… Mais je sais qu’il y a des côtés positifs au fait de croire. Je comprends Donalda de se tourner vers la religion dans ses moments d’angoisse, ça lui donne la force de s’accrocher, de continuer. Tout le monde le faisait à son époque. »

Si Sarah-Jeanne a été « découverte » en 2012 en prisonnière aux dreadlocks dans Unité 9, c’est en épouse de Séraphin dans Les pays d’en haut (ICI Radio-Canada Télé) qu’elle a accédé à la cour des grands, en janvier 2016. « Jouer Donalda est un honneur. C’est grâce à des femmes comme elle qui ont défriché notre chemin que je peux être qui je suis et qui je veux aujourd’hui. »

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Entrer dans le corset d’un personnage aussi mythique aurait donné des sueurs froides à bien des jeunes comédiennes. Pas à Sarah-Jeanne. « J’en ai tiré beaucoup de plaisir », dit-elle, au souvenir du tournage de la première saison, à l’été 2015. Une période pourtant « très, très chaotique » où elle travaillait sur plein de projets en même temps, jusqu’en France. Dans le film Un jour, mon prince, encore inédit ici, elle incarne une fée québécoise (!) chargée d’une mission : trouver le Prince charmant pour réveiller la Belle au bois dormant. « Ce tournage est comme un bijou dans ma vie, j’ai passé deux mois dans un château… »

« Parlant de fées, elles ont été nombreuses à jouer du coude au-dessus de ton berceau.

– Je sais que je suis extrêmement chanceuse. Tellement que, des fois, je me demande ce qui va m’arriver pour “balancer”.

– Vu de l’extérieur, on dirait que tout t’est arrivé, peut-être pas facilement, mais rapidement…

– Oui, c’est vrai. J’ai le syndrome de l’imposteur. À chaque rôle que j’obtiens, je dois me répéter que je ne l’ai volé à -personne, que j’ai travaillé fort depuis que je suis toute petite, mais j’avoue que je suis incroyablement privilégiée, sur tous les plans. »

Une famille aimante 

Sarah-Jeanne est reconnaissante envers sa famille – elle qualifie ses parents de « parfaits ». « Ils m’ont donné une énorme confiance en moi, mais pas de façon naïve, genre “Crois en tes rêves et ils vont se réaliser”, non. Plutôt le genre “OK, mais travaille fort”. »

Si elle a développé le goût de la raquette par mimétisme (ses deux frères aînés jouaient au tennis), l’envie d’être actrice est née spontanément, très tôt. « À trois ans. Je ne sais pas d’où ça vient, mais quand je voyais des enfants à la télé, je voulais y être moi aussi. C’était abstrait. J’ai dit à mes parents que je voulais être comédienne. Ils ne connaissaient pas ce milieu et étaient réticents à m’inscrire dans une agence parce que ça leur semblait très loin d’eux et de leur monde, la course automobile. Mais ils ont bien vu que j’étais passionnée par ça et, à partir du moment où j’en ai fait, j’ai vraiment eu la piqûre. »

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Première publicité à 7 ans (elle mangeait des frites de McDonald’s), premier grand rôle au cinéma à 12 ans dans un Conte pour tous tourné en Hongrie en anglais – qu’elle parle parfaitement grâce à son père anglophone. « Je suis complètement autodidacte, je n’ai jamais suivi de cours d’interprétation. J’y vais à l’instinct. » Pendant le tournage de Piché, entre ciel et terre (2010), elle a eu à ce sujet une conversation fort éclairante avec Michel Côté, qui jouait son père. « J’ai confié à Michel que j’étais complexée parce que les acteurs ont soit une formation, soit un grand intérêt pour le cinéma et la télé, alors que je lis peu et que je ne suis pas une cinéphile. Il m’a dit que je n’étais pas obligée d’avoir tout lu et tout vu, que notre instrument, ce sont nos émotions. Il faut aller à l’intérieur de soi. Je suis une “regardeuse” d’humains plus que de films. Je m’analyse. Quand je vis quelque chose, j’essaie de m’en souvenir. »

Demain, le monde?

Photo: Andréanne Gauthier

L’expression « crever l’écran » aurait pu être inventée pour elle. Les Américains appellent cela star quality. La question était inévitable : à quand une carrière internationale ? « Les gens me la posent, et moi aussi. Ma réponse change. Des fois, je me dis, oui, j’en ai vraiment envie, parce que je souhaite me dépasser et aller dans des zones qui me sont inconnues. Et j’aime beaucoup jouer en anglais. Une chose est sûre, je désire travailler et, si je n’ai rien au Québec, je vais bouger. Je veux aller “par en avant et par en haut”, comme je dis souvent. En haut, ce n’est pas la gloire ni l’Oscar, c’est de réussir sa vie professionnelle et personnelle en équilibre. »

Elle a eu accès à de grosses productions, a côtoyé des icônes du cinéma mondial. Son petit rôle dans Mother! (Mère ! en version française), qui met en vedette Jennifer Lawrence, lui a permis d’échanger avec l’actrice la plus hot sur terre. « On se faisait maquiller et coiffer en même temps, elle me posait plein de questions, il y avait des silences, mais pas de malaises. Elle est comme ça, ben normale, elle ne se disait pas : I AM JENNIFER LAWRENCE. »

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Sarah-Jeanne était aussi de la distribution du prochain film de Xavier Dolan, The Death and Life of John F. Donovan. « Mais j’ai été coupée au montage, comme plein d’autres scènes. C’est lui qui me l’a dit. » Tous deux sont très proches, ils s’écrivent chaque jour. « La gang avec qui je me tiens, celle du Chalet, on forme comme le premier cercle d’amis de Xavier, ensuite il y a Anne-Élisabeth Bossé, Magalie Lépine-Blondeau, Anne Dorval… » Elle n’avait jamais joué pour son ami. « J’étais très stressée. J’en perdais presque mon anglais. Je suis certaine que j’aurais pu faire mieux. »

Toujours prête à apprendre et à bonifier son art, Sarah-Jeanne a eu le loisir, entre deux prises, de jaser boulot avec Jessica Chastain. « On a eu une belle discussion sur le jeu, sur le fait qu’au Québec, on tourne très rapidement. Des fois, j’ai l’impression que je prends moins de risques comme actrice, par peur de me planter. Elle m’a dit : “Ne fais pas ça. T’as juste une prise ? Vas-y.” Ça a eu un bon effet. Jessica m’a inspirée. Et je pense que dans la troisième saison des Pays d’en haut, on va le sentir. »

 

 

 

 

 

 

 

 


En vidéo: l’adolescence de Sarah-Jeanne Labrosse

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