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Les jeunes féministes: Marianne Leroux

« Pour moi, les stéréotypes, c’était réglé », croyait Marianne Leroux, 23 ans, étudiante en génie à l’Université de Sherbrooke.

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Photo: Marjorie Guindon

Le mot « féministe » ne faisait pas partie du vocabulaire de Marianne avant qu’elle débarque à l’Université de Sherbrooke, il y a cinq ans. Jusque-là, cette championne de softball avait vécu sa vie aussi librement que son frère, érigeant des forteresses de neige que n’aurait pas reniées François les lunettes, maniant comme pas une le fleuret au cours d’escrime, usant ses patins de hockey sur la glace des arénas. Quand a sonné l’heure de l’embêtant choix de carrière, c’est son père, ingénieur, qui l’a encouragée à s’inscrire en génie mécanique – un domaine tout désigné pour une créative calée en maths et en physique dans son genre.

« Sur le coup, ça ne m’a pas traversé l’esprit que j’allais intégrer un monde de gars, et encore moins que ça pouvait poser problème, raconte la grande brune aux épaules de guerrière. Pour moi, les stéréotypes, c’était réglé, les filles pouvaient faire ce qu’elles voulaient. Je ne comprenais pas pourquoi les féministes continuaient de revendiquer – j’interprétais même leur lutte comme un désir malsain de surclasser les hommes. » C’était avant d’encaisser les commentaires désobligeants des techniciens chargés d’encadrer les travaux pratiques des étudiants. « Tu sais souder, toi ? J’ai hâte de voir ça ! » Ou encore « Penses-tu pouvoir apprendre à utiliser la scie horizontale ? » « Ben… Autant que le gars juste avant moi, j’imagine ? »

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C’était aussi avant de buter, lors des projets d’équipe, sur le rejet systématique de ses idées par ses confrères de classe. « À leurs yeux, les filles en génie ont zéro crédibilité. C’est à peine s’ils nous écoutent. Ç’a été un choc. Je me sentais si dévalorisée que j’ai dû consulter un psychologue. Maintenant, je perçois toutes les inégalités entre les sexes et je ne peux m’empêcher de réagir ! J’ai fini par donner raison à ma blonde, qui me le disait bien avant que je le réalise moi-même : oui, je suis féministe. »

Les étudiantes se comptent sur les doigts d’une main en génie mécanique – un gros 10 % des inscrits au baccalauréat. On ne les croise pas souvent non plus dans les départements de mathématiques, de génétique, de géologie ou de physique. Et ce n’est pas faute de talent. « Elles sont surtout peu incitées à s’intéresser aux sciences », observe Marianne, qui a entrepris une croisade pour que ça change. Un exemple : la page d’accueil de son programme d’études sur le site web de l’université. « On n’y voit que des gars en gang travailler sur des machines… Les filles ne se sentent pas interpellées. Elles présument que leur place n’est pas là. »

Sur Academos, un site web visant à aider les jeunes à décider de leur orientation professionnelle, les seules questions que reçoit Marianne à titre de mentore émanent d’adolescentes inquiètes de savoir si les filles sont « bien acceptées » en génie. Comme quoi le sentiment diffus d’être exclue du boys’ club se manifeste très tôt.

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Marianne ne rate donc pas une occasion de se pointer dans les écoles secondaires, les cégeps et aux journées d’accueil de l’université pour que les étudiants puissent associer une figure féminine au domaine du génie mécanique, « au-delà du cliché du gars de char ». Elle a également conçu, à la demande de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie, un atelier où l’on invite les jeunes filles à faire une expérience scientifique pendant toute une journée.

« Dans les activités mixtes, les garçons leur arrachent les bébelles des mains, ils sont pressés d’essayer, observe-t-elle. Les adolescentes sont plus intimidées, elles veulent d’abord s’assurer de saisir comment ça fonctionne avant d’oser démonter, installer. » Il faut dire qu’en général, dans les familles, elles sont moins encouragées que leurs frères à manipuler des objets et à en comprendre la mécanique. « Un exemple banal : la tondeuse. Souvent, c’est à son fils que le père montre à s’en servir. Même chez nous c’était comme ça ! »

Ça n’en fait pas moins d’excellentes apprenties, curieuses, créatives, minutieuses. Marianne remarque qu’elles sont aussi ouvertes d’esprit, soucieuses des autres et douées pour la communication. Des qualités essentielles en génie, étant donné la prédominance du travail d’équipe. « Nous avons beaucoup à apporter aux entreprises. Pour autant qu’on nous écoute ! Mais si on est plus nombreuses, les gars n’auront pas le choix… »

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Mes influences

L’entrepreneure Danièle Henkel, que j’ai entendue en conférence pendant un stage chez Pratt & Whitney. J’ai été épatée par sa force de caractère. Elle s’est sortie d’une enfance difficile et a trimé dur pour réussir en affaires. Elle avait un plan de vie, des objectifs concrets… Et le fait d’être une fille ne l’a empêchée de rien !

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