Maman au boulot: Lyne Théorêt

Contrôleuse aérienne à Nav Canada, 44 ans, maman d’une fille de 7 ans et d’un garçon de 5 ans.

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Photo: Louise Savoie

Ce que je fais dans la vie

Je suis responsable de la sécurité du trafic aérien, plus spécifiquement celle des vols en haute altitude au-dessus du territoire québécois. Dans chaque appareil représenté sur mon radar, il y a des centaines de personnes à protéger. Depuis mon poste de travail, je veille sur elles et fais en sorte que les avions n’entrent jamais en collision.

Pour faire ce métier, il faut…

Être capable de gérer bien des trucs à la fois : jusqu’à 25 avions peuvent être sous ma surveillance au même moment. Aussi, ça prend de la mémoire, une bonne santé et une grande résistance au stress. On compose parfois avec des situations d’urgence – une personne malade à bord d’un appareil, par exemple.

Mon style

Décontracté. Je ne suis pas bien en tailleur, ce n’est pas moi. Si je mets un veston, ce sera avec un foulard camouflage. Et des boucles d’oreilles tête de mort… Au travail, je suis toujours en jean et en espadrilles. Je porte beaucoup de kaki, de noir, de gris, mais, pour les souliers, j’ose les couleurs vives.

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Je me définis comme…

Une fille de famille, d’abord et avant tout. Je n’irais pas travailler au Japon : mon attachement à mes parents et amis est trop viscéral. Mon chum et moi, on s’est d’ailleurs fait construire une grande maison pour pouvoir les recevoir. Aussi, tous les vendredis, sans exception, nous soupons au resto avec ma sœur et son conjoint. Ensemble, nous refaisons le monde et nous lâchons notre fou.

J’ai renoncé…

Aux réseaux sociaux. Pour moi, il n’y a rien de vrai là-dedans. Maintenant, quand je rencontre mes amis, je ne sais pas où ils sont allés en vacances ni ce qu’ils ont vécu pendant la semaine et je trouve ça plus intéressant. On a bien plus de choses à se dire.

Une leçon de vie

Mon frère est décédé à 18 ans. C’est bizarre à dire, mais, une fois le choc encaissé, ça m’a changée pour le mieux. Plus jeune, je n’avais pas confiance en moi et je ne souriais jamais. À la mort de Luc, j’ai réalisé que je n’avais pas de temps à perdre à me sentir misérable. Maintenant, je vis ma vie pour deux.

Mon travail me rend heureuse…

Parce que je me sens utile et que mon employeur est extraordinaire. Nos besoins sont vraiment pris en compte. Autrefois, c’était un milieu très boys’ club mais, maintenant, la présence des femmes va de soi, même si elles ne sont pas encore très nombreuses. Elles s’avèrent d’excellentes contrôleuses, grâce entre autres à leur aptitude à faire du multitâche.

Je suis très fière…

D’avoir osé un changement de carrière à 30 ans. J’étais alors directrice dans une entreprise de location d’autos. Bon salaire, belle voiture, compte de dépenses… Ça roulait ! Jusqu’à ce que je rencontre un contrôleur aérien dans un souper d’amis. Il me parlait de son boulot et je buvais ses paroles. À mon retour, au milieu de la nuit, j’ai envoyé ma candidature en ligne à Nav Canada. Je venais de comprendre la différence entre « avoir une job » et faire ce qui nous passionne vraiment.

Ce que la maternité m’apprend

Je ne savais pas qu’on pouvait aimer autant, à un point tel que ça fait mal. Et c’est une fille qui, au départ, ne voulait pas d’enfant qui le dit. J’avais trop vu mes parents pleurer la mort de leur fils pour prendre le risque de vivre une telle souffrance. Puis j’ai rencontré Greg… et j’ai changé d’avis. Être mère, c’est accaparant, c’est éreintant, mais je reçois les plus beaux bouquets de pissenlits du monde !

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J’arbore fièrement…

Ma bague ornée d’une pierre noire, offerte par mon conjoint à l’occasion de notre 10e anniversaire. J’aime l’esprit de cet atelier, Cinderella Garbage, fondé par deux Montréalaises qui créent leurs bijoux à partir de déchets compressés et vitrifiés.

Photo: Louise Savoie

Mon dada

Mes cheveux ! Je change tout le temps de coupe et de couleur. Pour moi, c’est comme un accessoire mode. Ma complice dans mes élans de folie : Karla, de chez Moxee Coiffure, à LaSalle.

Je ne me passerais pas…

Du shampooing sec Baptiste, que j’achète chez Winners. Il donne du mégavolume, style Tina Turner, en plus d’assurer une excellente tenue aux coiffures. J’en ai des bouteilles partout au travail
et à la maison.

Je suis zen quand…

Je peins. Je descends dans mon studio avant d’aller me coucher et là, c’est comme si on m’avait coupé la tête, ou lobotomisée – je ne pense plus à rien ! Je compare ça au yoga. Je vends des toiles
à l’occasion, surtout à mes collègues. L’argent est ensuite versé à un organisme choisi par l’acheteur.

Mon talon d’Achille

Je suis très structurée, probablement parce que ça m’apporte de la sécurité. Ça m’apparaît comme une qualité, dans la mesure où je jongle bien avec les exigences professionnelles et familiales. Mais je crois que ça peut aussi être un défaut. Trop de contrôle tue la spontanéité. Je voudrais pouvoir m’abandonner davantage au moment présent, plutôt que d’être toujours accaparée par ce qui s’en vient.

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Mon rituel beauté

Je ne maquille que mes yeux. Pas de rouge à lèvres ni de fond de teint. J’ai fait beaucoup d’acné, plus jeune, et je suis devenue réticente à appliquer quoi que ce soit sur mon visage. Je le lave simplement à l’eau. Je n’ai même pas de crème hydratante ou antirides.

Un truc qui m’énerve

La pression pour accéder au statut de « mère parfaite ». Les parents se jugent tellement entre eux… Avant d’avoir des enfants, moi aussi je critiquais les méthodes d’éducation des uns et des autres. Maintenant, je trouve que tout le monde fait son gros possible !

Je suis accro à…

Winners. C’est ma place fétiche pour trouver mes vêtements, des bas jusqu’aux manteaux. Je n’ai même pas à fouiller dans les étalages : les beaux morceaux me sautent aux yeux. Ils m’appellent !

Un livre qui m’a marquée

Tragédie à l’Everest, un ouvrage autobiographique de Jon Krakauer. Il était de l’expédition d’alpinisme qui a fait huit morts sur cette montagne, en 1996. Je suis fascinée par les gens qui sont prêts à perdre la vie pour aller au bout de leur passion.

Mon truc conciliation

Mon amoureux est aussi contrôleur aérien chez Nav Canada et nous avons tous deux des horaires variables – de soir, de nuit, de jour… Ça peut paraître compliqué, mais on est bien organisés. Par exemple, on a choisi de vivre à cinq minutes du boulot et de travailler sur des quarts différents, de sorte que l’un prend la relève de l’autre auprès des enfants. C’est formidable, aussi, de pouvoir faire ses courses et son ménage quand il n’y a personne !

Une personne qui m’inspire

Lise, ma mère. À 16 ans, elle a quitté la ferme familiale pour suivre ses aspirations : devenir comptable agréée. Elle a pris son petit baluchon et s’est inscrite à HEC Montréal. À l’époque, dans les années 1950, elles n’étaient que trois étudiantes ! Il fallait le faire. Je dois aussi beaucoup à mon premier patron. Il m’a fait confiance alors que je ne croyais pas en moi et m’a aidée à devenir pleinement adulte.

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