Ne jugeons pas les mères avec un téléphone à la main

«Maman, lâche ton téléphone!» m’a ordonné Fiston, le cul encore drapé d’une couche, mais le ton néanmoins dictatorial.

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Photo: iStockphoto/Vadim Guzhva

J’ai lâché le téléphone avec culpabilité et je l’ai regardé rabouter des petits rails en bois. Je me suis quand même consolée de ne pas être passagère du train qu’il prévoyait mettre sur les rails. D’abord, la locomotive était au centre du train, ce qui me semble être un plan foireux malgré mes maigres connaissances ferroviaires. Ensuite, les chances étaient minces pour que le train se rende au bout du trajet sans être lancé à bout de bras par un toddler, just because.

Voici ce que moi-sans-enfants se serait dit: c’est l’occasion de ranger mon téléphone et de lui montrer! Lui montrer comment construire un chemin de fer moins fatal, comment aligner les wagons, et pourquoi ne pas lui apprendre au passage à compter et comment faire fructifier ses acquis en demandant 100 $ pour un aller simple Montréal-Québec.

La terre n’a jamais connu meilleure mère que moi avant que je sois mère. L’enfer est tout juste saupoudré de bonnes intentions quand on le compare avec la parentalité. De l’intérieur, tout ce que je vois, ce sont des parents pleins de bonne foi pour qui la petite enfance est un lendemain de veille qui ne finit pas.

Fiston ne voulait rien savoir de ma participation à son projet ferroviaire, mais exigeait néanmoins ma présence. Au travers de ça, il y a eu un dégât de jus, deux crises, un changement de couche et cent huit questions, dont une moitié inintelligible.

La vérité, c’est que je trouve rarement agréable de jouer avec mon bambin. Enfin, c’est l’fun juste assez de fois dans l’année pour que je ne «l’oublie» pas dans le conteneur de dons d’une friperie. Il y a de ces moments d’éclaircie où on pourrait faire la page couverture du Naître et grandir ou whatever.

Mais la plupart du temps, oui, mon téléphone est plus intéressant que le huitième assemblage consécutif d’un casse-tête de 16 morceaux. Sue me!

Dans les faits, nous passons plus d’heures avec nos enfants que les générations avant nous, malgré que nos familles soient plus petites. J’ai espoir que mon fils se souviendra d’avoir appris à faire du vélo avec ses parents, d’être allé à la piscine et à la patinoire, qu’il se souviendra des buttes de neige descendues à toute allure, des dimanches matin passés collés, des pique-niques, des crèmes glacées et de nos expéditions dans la jungle urbaine.

Évidemment qu’un parent qui consomme n’importe quoi en excès risque de négliger ses enfants, que ce soit l’internet, la sangria ou le couponing. Je laisse aux pubs poches d’Éduc’alcool le loisir de vous parler de modération.

Mais se permet-on, même avec modération, de décrocher sans culpabiliser? Se permet-on de ne pas être un parent textbook perfect sans avoir l’impression d’échouer? D’avoir de mauvaises journées, de n’avoir parfois… juste pas le goût? Dans mon cas, de plus en plus.

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De temps en temps (quand je lève les yeux de mon écran, hé, hé), je regarde l’humain qui se construit sous mes yeux et je constate le fruit de nos efforts et de tout l’amour qu’on lui a donné, son père et moi, au travers des nuits blanches, des jours gris, des bobos, des premières peurs affrontées, des premières inquiétudes verbalisées. Je constate l’éclosion des petites graines que l’on a semées pour qu’il devienne une personne épanouie et fonctionnelle en société.

Ce petit humain ne le sait pas, mais l’écran au creux de ma main est aussi mon village, mon album souvenir, mon encyclopédie et ma pause mentale. De la même façon qu’il ne comprend pas que les livres me nourrissent l’esprit, meublent mon imaginaire et me font voyager sans quitter mon quotidien avec lui.

Ce sont les parents qui, entre eux, hiérarchisent les distractions. Au parc, nous sommes plus prompts à juger un parent rivé à son téléphone qu’un autre plongé dans un livre. L’égocentrisme assumé des enfants, lui, ne discrimine pas. Pourtant, quand avec le même ton irrité et dictatorial, Fiston me lance: «Maman, lâche ton livre!», la culpabilité ne cogne pas à ma porte.

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