Poétesses et féministes: la guerre des mots

Entrevue avec la jeune féministe Elisabeth Massicolli, qui est aussi l’artisane du recueil de poésie Nos plumes comme des armes.

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Exaspérée par l’intolérance, mais néanmoins blindée contre le pessimisme, la journaliste Elisabeth Massicolli, 25 ans, vient de lancer un recueil de poésie indépendant, bilingue et féministe. Nos plumes comme des armes rassemble plus de 50 textes et illustrations qui nous parlent de diversité corporelle, de relations hommes-femmes, d’affirmation de soi, de racisme, de consentement et de solidarité. Qui émeuvent, font réfléchir et nous donnent accès à la voix de femmes minorisées, mais au même diapason. Qui nous offrent quelque chose comme un puissant chant choral qui retentit dans le vacarme ambiant.

Comment décririez-vous Nos plumes comme des armes?

C’est un recueil percutant, mais aussi un bel objet. Plusieurs personnes – et pas forcément des gens qui se considèrent féministes – nous ont dit que sa lecture leur avait appris des choses et qu’elles l’avaient beaucoup apprécié. Les œuvres qui le composent sont humaines, senties. Je pense que la poésie rebute parfois les gens, mais ce recueil n’est pas hermétique ou pointu. C’est un cri du cœur qui invite à la compassion. Et même s’il est un peu rose et pastel, tant les gars que les filles devraient le lire!

Quel est le point de départ de votre projet?

Il a germé dans mon esprit l’hiver dernier. À la suite de l’élection de Donald Trump, je trouvais le climat social plutôt hostile pour les femmes. Puis, le jour de l’attentat de Québec, j’ai ressenti tellement de colère et de tristesse que je me suis dit que je devais trouver une façon d’aider et de lutter contre l’intolérance. Étant donné que mes forces sont l’écriture et l’édition de textes, j’ai pensé créer un recueil de poésie engagée. Mais puisque je suis très consciente d’être particulièrement privilégiée – je suis blanche, hétérosexuelle, cisgenre, j’ai des sous –, j’ai eu envie de donner la parole à d’autres femmes qui avaient quelque chose à exprimer ou à dénoncer.

Comment avez-vous procédé pour rallier toutes ces auteures et illustratrices?

J’ai d’abord fait un appel sur Facebook. Pour moi, c’était clair dès le départ qu’au moins 60 % des illustrations et textes qu’on allait présenter devaient être l’œuvre de femmes racisées ou provenant de minorités. Pour y parvenir, j’ai contacté tout plein de centres d’aide et de groupes d’entraide pour les femmes migrantes, par exemple. Ça a bien fonctionné. La ligne éditoriale s’est imposée un peu d’elle-même, à partir des textes que nous avons sélectionnés. Je suis fière du résultat final, mais je suis encore plus fière d’avoir contribué à mettre en contact toutes ces femmes brillantes qui ne se seraient probablement pas rencontrées si ça n’avait été du recueil. C’est magnifique de les voir créer des liens ensemble!

Pourquoi avoir tenu à publier un recueil bilingue (français et anglais)?

Afin qu’il soit le plus inclusif possible, tout simplement. Je souhaitais réellement offrir la chance au plus grand nombre de s’exprimer.

Tous les profits engendrés par la vente du recueil sont remis à des organismes. Lesquels? 

Action Réfugiés Montréal, qui fait beaucoup de sensibilisation et d’éducation contre l’intolérance; HELEM Montréal, qui vient en aide à la communauté LGBT arabophone de Montréal; et le Centre multiethnique de Québec, qui donne un coup de main aux nouveaux arrivants. Je suis vraiment contente de pouvoir leur verser des sous, mais aussi de contribuer à faire rayonner leur mission.

Êtes-vous surprise de l’accueil qu’a reçu le projet jusqu’à maintenant?

VRAIMENT! [Rires] Je ne m’attendais pas à autant de visibilité. J’ai eu la chance de recevoir beaucoup d’aide et d’être bien entourée. Pendant que nous développions le recueil, toutes sortes de gens m’ont contactée pour me donner un coup de main de façon bénévole. Notre imprimeur m’a offert un prix d’ami, un comptable m’a appelée pour m’aider à gérer les dépenses que ça impliquait: j’étais vraiment touchée! Toute cette aide gratuite et sincère, au cœur de tout le «pas beau» que je souhaitais justement dénoncer, ç’a été un véritable baume.

Nos plumes comme des armes: à acheter en ligne (www.nosplumescommedesarmes.com), 20 $ (frais de livraison inclus). Bientôt offert dans différents points de vente à travers le Québec.

 

 

Nos plumes comme des armes: quelques extraits

«C’est pour mon bien / Que sous tes regards désapprobateurs / J’ai commencé à cacher mes sourires et mes rires / Pour feindre une féminité / Que tu voulais synonyme de douceur / Finis les rires à gorge déployée / Place aux rictus et aux sourires effacés.»

– La Katiolaise

«The “me” I wanted to be was an anomaly. / The society around me viewed my personality as a threat / And an opportunity to vilify me and outcast me. / But that was the only “me” that I knew how to be! / How can this be? / How can God create me to be something that the world wouldn’t let be?»

– Linsay Philippe-Auguste

«J’ai croisé un de mes agresseurs dans le métro / Du coin de l’œil / J’ai forcé mon regard à glisser ailleurs / Un peu trop tard / On a fait du small talk dans les escaliers roulants.»

– Alex Viens

« à force d’user de finesse / d’envelopper ton égo de papier bulle, / ce sont mes propres morceaux / que je dois maintenant recoller»

– Josiane Ménard

 

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