Une bonne nouvelle, le retour des cours d’éducation sexuelle à l’école?

Pourquoi le retour (tant attendu!) des cours d’éducation sexuelle à l’école n’excite pas plus qu’il faut notre chroniqueuse Marianne Prairie.

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Avec la rentrée, le nouveau projet pilote d’éducation sexuelle du ministère de l’Éducation du Québec se met en branle (‘scusez-la) dans une quinzaine d’écoles partout dans la province. La présentation du projet en juin dernier avait déjà été vertement critiquée par les enseignants, qui le qualifiaient de «fausse solution». La façon de faire, le manque de soutien et de formation avaient alors été dénoncés.

En effet, entre 5 et 15 heures d’éducation à la sexualité seront données aux élèves de la maternelle à la cinquième secondaire chaque année, mais ce ne sera pas lors d’un cours à proprement parler. La matière sera disséminée dans l’horaire habituel, amputant quelques heures aux autres matières. Aussi, une certaine confusion entoure la désignation de la personne qui se chargera de dérouler un condom sur un concombre devant des jeunes aux hormones et aux expériences variables. On pourrait devoir s’en remettre au bon vouloir des enseignants qui se porteront volontaires. Selon le ministère de l’Éducation, ne suffit que d’une formation de quelques heures et du soutien de l’infirmière ou de la psychologue de l’école pour enseigner cette matière. Facile de même. Surtout que les mesures d’austérité du présent gouvernement n’ont pas du tout affecté la disponibilité des spécialistes dans les écoles et la tâche des enseignants, n’est-ce pas.

WTF

De plus, les séances seront obligatoires pour tous. Aucune exception, dit le ministère. Qui devra s’occuper des parents qui jugent que leur enfant n’a pas à savoir tout ça? Les directions d’établissement et les commissions scolaires, j’imagine. Sans m’étendre sur cet aspect, je dois dire que j’apprécie le souci d’accessibilité au plus grand nombre et la dimension «santé publique» de cette mesure. Toutefois, on ne peut pas nier le contexte familial, culturel et religieux qui exerce une grande influence dans toute discussion autour de la sexualité. On ne part pas tous du même point et on ne partage pas tous les mêmes valeurs à ce sujet. Pourrait-on en tenir compte au lieu de faire comme si ça n’existait pas?

«Qu’il s’agisse du caractère obligatoire du cours, du manque de formation des enseignants, de l’absence de consultation du milieu ou de l’approche pédagogique retenue par le ministère de l’Éducation, les sujets de controverse ne manqueront pas au cours des prochains mois», résumait La Presse.

Permettez-moi les majuscules: EN EFFET, C’EST N’IMPORTE QUOI. L’intention est bonne, mais l’exécution est complètement bâclée et déconnectée de la réalité du milieu scolaire. J’accueille avec joie le retour d’une formation sur la sexualité au primaire comme au secondaire, mais un sujet aussi sensible mérite un peu plus de préliminaires. Dans sa forme actuelle, ce projet pilote ne m’excite pas pantoute.

Depuis le début de la semaine, on entend les profs, le ministère, les experts et les parents donner leur opinion dans les médias. Mais les jeunes, eux? Quelqu’un a-t-il pensé à leur demander leur avis?

Ça tombe bien, la semaine dernière, j’assistais à une table ronde sur l’éducation à la sexualité des adolescentes dans le cadre du Congrès international des recherches féministes dans la francophonie (CIRFF). L’une des membres du panel était Catherine Plouffe-Jetté, animatrice et agente de développement au Centre filles de la YWCA Québec. Elle nous a rapporté les faits saillants d’une discussion qu’elle avait organisée avec des élèves de 15 à 17 ans où elle leur a notamment posé la question: «Quelles seraient vos recommandations pour un prochain programme d’éducation sexuelle? » Voici leurs réponses.

  • La diversité sexuelle devrait être abordée tôt dans le programme, au début du secondaire. Cela pourrait adoucir le parcours scolaire des jeunes LGBT.
  • La personne qui donne les cours d’éducation sexuelle doit être ouverte et faire preuve d’humour. Cette personne doit inspirer la confiance.
  • Le climat de classe doit être respectueux. Les blagues immatures et les moqueries ne donnent pas envie d’intervenir et de discuter.
  • Des sous-groupes pourraient être formés selon le rythme de chacun.

Ce que je remarque, c’est que la façon de livrer les cours d’éducation sexuelle semble très importante. Une personne de confiance, une ambiance relaxe et ouverte qui suit le rythme des élèves sont nécessaires. L’enseignant occupe donc un rôle majeur. Raison de plus de prendre le temps de trouver ou de former des intervenants de qualité. Et mémo au ministère et aux grandes personnes en général: il faudrait arrêter de sous-estimer la dimension émotive de l’éducation sexuelle.

Un dossier à suivre.

Comment accueillez-vous ce projet pilote d’éducation sexuelle?

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)

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