VIH: le lourd secret de mes enfants

Il y a deux ans, Catherine* et son mari ont adopté deux enfants séropositifs. Ils savaient que ce ne serait pas toujours facile, mais ils ne s’attendaient pas à devoir cacher le VIH de Dominic* et Jules*, maintenant âgés de sept et neuf ans. Propos recueillis par Andréanne Moreau.

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Photo: iStock / 3sbworld

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«On avait déjà fondé notre famille et c’était clair pour mon conjoint et moi: on voulait d’autres enfants. On avait les moyens, on avait de l’amour à donner, alors on voulait aider des orphelins.

En voyage en Amérique du Sud, on a rencontré un couple qui y était pour adopter un enfant séropositif. En discutant avec ces Canadiens, on a découvert qu’il n’y avait pas de risques pour les personnes qui côtoient des séropositifs. Malgré le VIH, ces enfants peuvent vivre aussi longtemps que les autres.

On a donc eu l’idée de faire la même chose. Puis on s’est dit que, tant qu’à y aller pour un enfant, on pouvait bien en accueillir deux! C’est ainsi que Jules et Dominic sont entrés dans notre vie.

Grâce aux médicaments, le virus est indétectable chez eux. Ça veut dire qu’il est si bien contrôlé qu’il ne peut être détecté dans leur sang et que le risque de transmission est négligeable, voire inexistant.

Malgré tout, plusieurs personnes restent fermées. Les réactions sont si émotives qu’elles deviennent complètement irrationnelles.

Même des professionnels de la santé semblent parfois très mal informés. Un infirmier d’Info-Santé m’a déjà dit: «Voyons! À huit ans, il a attrapé ça où, le VIH?» Je ne sais pas comment je me serais sentie si j’avais été la mère biologique.

Ça peut paraître étrange, mais on n’a jamais cru que ça se passerait comme ça. Au départ, le plan était de le dire à notre entourage. On pensait que les gens auraient comme premier réflexe de s’informer, comme on l’avait fait nous-mêmes. Pas celui de juger.

C’est en discutant avec les membres de la famille qu’on a réalisé à quel point les préjugés étaient tenaces. Mon beau-frère a carrément explosé! Il nous a insultés, nous a crié des noms devant nos enfants. Puis, il a arrêté de nous parler. En deux ans, on l’a vu seulement à quelques reprises, et chaque fois, il surveillait sans cesse les contacts entre Jules, Dominic et ses enfants.

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Sincèrement, je ne comprends pas qu’on puisse rejeter des enfants de cette façon. C’est comme si on les punissait d’avoir ce virus. 

C’est frustrant parce qu’on ne veut pas apprendre le mensonge à nos enfants. On veut leur enseigner l’authenticité, la sincérité. Mais on n’a pas le choix. On ne peut pas risquer qu’ils soient mis à l’écart pour ça!

C’est déjà arrivé. Quand la secrétaire du dentiste a lancé à voix haute dans la salle d’attente bondée: «À part le VIH, ils n’ont rien d’autre?» Je voyais bien le malaise dans le regard des gens. Pas question que mes enfants se fassent regarder comme ça dans leur classe!

Alors, je cache les médicaments quand on a de la visite. L’école n’est pas au courant. À sept ans, Dominic ne connaît pas le nom de sa condition, pour éviter qu’il le révèle par mégarde.

Il y a peu de temps, Jules m’a dit: «Tu sais, maman, les enfants qui n’étaient pas adoptés, à l’orphelinat, ils se retrouvaient dans la rue à voler pour survivre. C’est là que je serais si vous ne m’aviez pas accueilli.»

Quand il est arrivé, il avait vu ses deux parents mourir du sida. Ça nous a pris un moment pour réaliser qu’il croyait que c’était le sort qui l’attendait, lui aussi. C’est peut-être un peu pour ça qu’il apprécie autant sa vie. Il est très conscient de la chance qu’il a de grandir au Québec, d’avoir accès à une éducation et à une enfance normale. Dominic aussi. Ils saisissent chaque opportunité qui se présente à eux avec tellement d’enthousiasme!

À part quelques effets secondaires liés aux médicaments, ils mènent une vie tout à fait normale. Ils jouent au hockey, font de la musique et se chicanent avec leur frère.

Bien sûr, il me reste quelques inquiétudes pour leur avenir. Comment traverserons-nous l’adolescence? Quel impact le VIH aura-t-il sur leur vie amoureuse? Sur leur carrière?

Quand je pense à mon petit Dominic qui veut devenir dentiste, je me dis qu’il n’est pas au bout de ses épreuves. Les gens seront-ils prêts à se faire soigner par un dentiste séropositif?

Mais je me dis qu’ils feront leur chemin. Qui sait? Peut-être que, d’ici là, avoir le VIH sera devenu aussi banal que de souffrir du diabète? Je l’espère, en tout cas.»

* Les prénoms ont été changés.


 

Pour plus d’informations sur le VIH et le sida, consultez l’organisme COCQ-SIDA.

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