Ciné-parc: je ne me lasse pas de ce plaisir d’une autre époque

Dans notre famille, le ciné-parc est devenu une tradition. On a dû voir tous les derniers films de Marvel et Disney dans notre voiture, au milieu d’un champ. Plaisir démodé? Avec plus de 450 000 entrées pour l’été 2017, peut-être pas tant que ça.

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Photo: Andréanne Moreau

La machine à pop-corn fonctionne à plein régime. On en prépare deux ou trois gros plats pendant que la plus grande passe au dépanneur chercher quelques paquets de bonbons et que mon chum rassemble les chaises, les couvertures et le ballon. Ce soir, on va au ciné-parc.

On part tôt, histoire d’arriver au moins une heure avant le coucher du soleil et le début du film. Ce moment pour jouer au ballon ou se lancer la balle est lui aussi une tradition. Le ciel qui vire au rose, les grillons qui chantent, l’odeur de la terre battue, ça fait partie de la magie. Puis, quand la nuit tombe, les enfants s’assoient ou se couchent dans le coffre de la minivan, stationnée vers l’arrière le haillon ouvert, tandis qu’on s’installe sur les chaises pliantes. «Bon film!»

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Toujours populaire

Chaque fois que je parle de cette tradition, quelqu’un s’étonne. «Ça existe encore? C’est spécial!» Pourtant, on est loin d’être les seuls à avoir adopté cette activité plutôt rétro. Même si les écrans extérieurs n’attirent plus un million de spectateurs chaque été, comme c’était le cas dans les années 1980 et 1990, ils maintiennent une moyenne au-dessus des 470 000 entrées annuelles depuis les cinq dernières années, selon l’Observatoire de la Culture et des Communications du Québec. La diminution peut paraître drastique, mais si on considère qu’il y a cinq fois moins d’établissements qu’il y a vingt ans, le résultat est plutôt impressionnant.

Il faut dire que les arguments en faveur du ciné-parc sont nombreux. C’est moins cher qu’une sortie au cinéma, on voit deux films en un seul soir, les enfants peuvent parler ou se dégourdir les jambes sans déranger toute l’audience, s’endormir s’ils sont fatigués…

En effet, c’est un peu comme si on était à la maison. D’ailleurs, certains prennent cette impression plus au sérieux et s’y rendent carrément en pyjama – et je ne parle pas que des enfants. J’ai même vu des gens arriver avec un matelas ou un divan dans la boîte de leur camionnette. Tout le monde se sent à l’aise. Ça fait partie du charme de l’activité.

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De la nostalgie

Ma mère m’assure qu’on n’est pas allés au ciné-parc très souvent quand j’étais jeune. Pourtant, j’en garde un souvenir tellement vif. Je me rappelle très bien la fierté que j’éprouvais à m’installer dans le siège de devant avec mon père pour le deuxième film de la soirée, pendant que ma mère allait rejoindre mon petit frère à l’arrière. Elle était trop fatiguée pour rester éveillée pendant le programme double. Moi, j’étais une tough, une grande. Hors de question que je m’endorme et que je manque quoi que ce soit.

Les ciné-parcs ont quand même bien changé depuis. Il n’y a plus de bidule haut-parleur à accrocher à la fenêtre puisqu’on capte le son à partir de la radio de la voiture. L’image aussi s’est améliorée avec la technologie de la projection numérique. Mais l’ambiance est toujours là. Cette impression d’être dans notre minuscule cocon familial, de vivre un moment spécial ensemble.

Malheureusement, ces installations hors du commun sont également beaucoup moins nombreuses. Le ciné-parc de mon enfance, à Saint-Nicolas, près de Québec, a fermé ses portes en 2014. Alors que le Québec comptait une trentaine d’établissements dans les années 1980, il n’y en a plus que cinq, à Orford, Saint-Eustache, Saint-Hilaire, Boucherville et Gatineau.

J’espère seulement qu’ils survivront aux changements du monde médiatique, au streaming et au piratage. Je voudrais que mes enfants puissent à leur tour y amener leur progéniture en se rappelant ces belles soirées. Je les imagine bien en train de visionner une quelconque suite comme Les Minions VIII dans une voiture électrique et dire à leurs enfants: «Tu sais, j’avais ton âge quand j’ai vu le premier avec grand-papa et grand-maman dans ce même champ.»

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