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Des nouvelles de Rafaële

Après le succès monstre de Soutien-gorge rose et veston noir et de Gin tonic et concombre, la reine de la chick lit québécoise lance un nouveau roman. Et commence une nouvelle vie.

Sarah Scott

Une demeure cossue de l’ouest de Montréal. Une légende est venue m’ouvrir. Francine Chaloult, attachée de presse, 40 années au service d’artistes québécois: Dion, Dufresne, Ferland, ­Vigneault, Voisine… Sa fille, Rafaële Germain, se tenait un peu en retrait avec, dans ses bras, un trésor: Élisabeth, six semaines au compteur. Eh oui, la fille sans attaches mais jamais sans son cocktail, à l’image des héroïnes qui peuplent ses romans, est aujourd’hui maman. Mieux encore, celle qui, juchée sur ses chaussures hors de prix, toisait les 450 envahissant « son » Plateau habite désormais la banlieue lavalloise. Une grande maison « sur le bord de la rivière avec une clôture blanche », cocon qu’elle avait quitté le matin même pour venir en ville chez ses parents, le temps de parler de son autre « bébé », un troisième livre, Volte-face et malaises.

« Oui, ma vie a changé », a-t-elle dit, avec un demi-sourire qui ajoutait : « J’en reviens pas moi-même. » Parlant de volte-face… Quand, l’été dernier, enceinte de quatre mois, Rafaële Germain a dit oui à Pierre-Alexandre Bouchard, elle est devenue du même souffle la belle-mère de Marguerite et de Gilbert, 11 et 9 ans. « On vivait ensemble depuis presque trois ans. J’aimais l’idée de dire “mon mari”, c’est romantique. Mais je ne me sens pas plus “attachée”. »

Ils se sont rencontrés grâce au Web. Pas sur Réseau Contact mais dans le cadre d’une création Internet autour d’un album de Louise Forestier; Rafaële aux textes, Pierre-Alexandre à la réalisation (c’est ce qu’il fait, en plus d’être chanteur et musicien). Dès le premier regard, elle a su qu’il était the one, comme aurait dit Carrie Bradshaw, star de Sexe à New York et égérie de toute auteure de « livre de filles écrit par une fille ». Elle l’a revu à deux reprises puis il est venu chez elle et n’en est jamais reparti. Simple comme ça.

Simple mais pas évident. « Bien sûr, avec la vie amoureuse disons burlesque que j’ai connue, il y a eu des moments où je ne croyais plus que ça pouvait m’arriver. On m’a souvent vue comme la représentante des jeunes femmes de ma génération, qui restent adolescentes longtemps. Mais il n’y a pas qu’un seul modèle. J’ai des amies de mon âge qui ont quatre enfants. À l’époque de ma grand-mère, tu pouvais généraliser. Aujourd’hui, non. »

C’est un secret de Polichinelle : sa plume alerte trempe dans l’encre de sa vie. « Dans le deuxième livre, je me suis beaucoup inspirée d’un ex, et il me réclame maintenant à la blague des droits d’auteur. Et la mère avec son dry martini dans mon premier roman, qui est-elle, tu crois? » me demande-t-elle, tout en faisant un signe de la tête vers le bureau de Francine.

Hotdog et best-seller
Quand on naît, comme elle, sous une bonne étoile, avec Luc Plamondon pour parrain, on part avec une longueur d’avance. De quoi alimenter la jalousie et nourrir les ragots. Elle le sait. « J’ai “googlé” mon nom une fois, et je ne le referai plus. Les commentaires méchants me dépriment. Mais je dois avouer qu’il y a plus d’avantages que de désavantages à ma situation. »

À 20 ans, pistonnée par sa sœur Dominique (aujourd’hui directrice générale des programmes et des médias numériques de Télé-Québec et mariée au ministre Pierre Arcand, frère de Paul), Rafaële devient accessoiriste pour La fin du monde est à 7 heures. Elle apprend à se débrouiller là où son nom de famille ne peut lui être d’aucun secours (par exemple, « trouver un costume de hotdog pour Paul Houde deux heures avant la mise en ondes »). Surtout, elle rencontre « deux génies » : Marc Labrèche, animateur de cette émission délirante, et Marc Brunet, idéateur et scripteur. Avec les deux Marc, elle sera de l’aventure du Grand blond avec un show sournois puis de 3600 secondes d’extase, à titre de scriptrice. « J’ai à la maison trois Gémeaux pour lesquels je n’ai aucun mérite. Ce n’est pas de la fausse modestie. J’étais à la bonne place avec le bon monde. »

À partir de 2002, elle signe dans La Presse une chronique sur le quotidien d’une fille de 26 ans (son âge à l’époque) et de son entourage. Séduit et flairant l’air du temps, l’éditeur de son père (le journaliste et romancier Georges-Hébert Germain) lui suggère d’écrire un livre « dans le style du Journal de Bridget Jones ». « Je ne savais pas qui c’était. Je ne lisais pas de chick lit et n’en lis pas plus aujourd’hui. » Car derrière son image de mondaine qui papillonne se cache une ex-étudiante en littérature qui en pince pour Proust et n’a pas peur de Virginia Woolf.

À son étonnement, Rafaële a aimé Bridget. Mettant Virginia de côté, elle s’est attelée au clavier… et Soutien-gorge rose et veston noir, première œuvre de chick lit made in Québec, a atterri chez les libraires en 2004. « Mon père pensait que j’en vendrais peut-être 3000, ce qui est considéré comme un best-seller ici. » Il s’en écoulera près de 100 000, et l’exploit se répétera pour Gin tonic et concombre, en 2008. Une adaptation au cinéma est en préparation depuis des années.

En attendant le premier tour de manivelle (« Ça va prendre encore du temps, le scénario a été refusé par les institutions… »), elle a accouché de Volte-face et malaises en trois mois. « Il y a une demande, dit-elle, je ne fais pas d’acharnement. » L’auteure en a eu la preuve pendant une récente tournée des salons du livre. Elle y moussait Deux folles et un fouet, recueil de recettes coécrit avec son amie la comédienne Jessica Barker et sorti l’an dernier. Des fans prenaient d’assaut leur kiosque pour lui réclamer une suite au veston noir et autres gin tonic. Elles (son lectorat est féminin à 99%) ne seront pas déçues. Ce troisième livre a plus qu’un air de famille avec ses petits frères. Geneviève, une Montréalaise de 34 ans larguée par son copain, alimente le Saint-Laurent de ses larmes et surnage grâce à ses amis et à la SAQ. Rafaële n’avait pas encore tout dit de sa vie avant Pierre-Alexandre. « Mes années de célibat n’ont pas été des années de désespoir. J’ai eu ben du fun. Quand l’enfant sera sevré, on reviendra au vin, c’est sûr. »

Suggestion de titre pour un prochain livre: Pinot noir et couches jetables.


Par Rafaële Germain, Libre Expression, 29,95$. En libraire maintenant.

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