Culture

Grand-maman a la cote !

Regardez bien : elles sont partout !

J’aime, j’aime ta grand-mère
Je veux faire à ton père plein de demi-frères
Je dirai… J’aime, j’aime ta grand-mère
Je voudrai que ta mère soit notre bouquetière…

Chanson-titre du dernier album des Trois Accords qui nous a mis la puce à l’oreille.

grand-mere

Photo: Le dernier CD des Trois Accords, J’aime ta grand-mère, publicité pour le porc du Québec (FPPQ), Les Détestables (V Télé) et Michèle Labrèche-Larouche, Joël Legendre et Élyse Marquis (Stéphane Rocheleau).

Regardez bien : elles sont partout ! Des grands-mères font des coups pendables à V (dans Les Détestables). Pour vanter le porc du Québec, on en voit une qui, lassée de croquer des papparmanes roses, s’éclate en goûtant au cochon dans une pub. Une autre, tignasse blanche et propos coquins, chronique entre Joël Legendre et Élyse Marquis à l’émission Alors on jase! (Radio-Canada). Et, bien sûr, le Québec est gouverné pour la première fois par une femme… qui est aussi grand-mère !

Bref, les mamies sont hot, ce que confirme Diane Pacom, sociologue et professeure à l’Université d’Ottawa. « Les jeunes ont avec leurs grands-mères des liens de connivence qu’on n’avait pas vus depuis 40 ans, dit-elle. Notre rapport avec le passé a changé. Beaucoup de jeunes ont le sentiment de ne pas avoir de mémoire collective ; qui va la leur transmettre, sinon ces femmes ? » La « nouvelle » grand-mère est plus cool, attachante, sexy même, tout en incarnant le passé mythique, ajoute-t-elle. « Comme les médias sont le miroir de la société, ils saisissent les tendances et s’emparent de cet engouement intergénérationnel. »

Pour Michelle Labrèche-Larouche, maman de Marc Labrèche, grand-maman de Léane Labrèche-Dor (comédienne vue dans 30 vies) et chroniqueuse à Alors on jase !, la réponse est toute simple : « Ce sont les jeunes qui nous aiment ! Ils apprécient ce qu’on est et ce qu’on leur apporte. Les jeunes collaborateurs de l’émission constatent qu’ils sont souvent plus conservateurs que nous, les vieux ! »

Benoit Léger, coproducteur de l’émission, précise : « Dès le départ, on a voulu s’inspirer du souper du dimanche soir, où toutes les générations se réunissaient. Michelle, qui est la grand-maman rêvée – ouverte, riche d’expériences et habitée d’un brin de folie – a récemment parlé de son bagage amoureux et des chemins empruntés pour passer au travers d’une peine d’amour. Tous autour de la table ont été interpellés. »

Selon Arnaud Granata, directeur des contenus aux Éditions Infopresse, cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus vaste. « Le retour des grands-mères participe plus largement d’une tendance refuge. Les crises sociales et économiques, l’accélération des nouvelles technologies nous poussent à valoriser le passé, avec l’idée que “c’était mieux avant”. »

D’où le retour au tricot, aux recettes d’antan, à une quête d’authenticité en cette ère d’amitiés virtuelles…