Elisapie Isaac: vers la lumière

Six ans se sont écoulés depuis Travelling Love, son opus aux rythmes pop. Six années de brouillard marquées par un post-partum difficile, une dépression et le passé qui resurgit.

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Photo: Le Pigeon

«En m’établissant à Montréal, j’ai rompu avec mon territoire natal, mon peuple. J’avais en moi beaucoup d’émotions mises de côté», dit l’autrice-compositrice-interprète venue du Nord. Adoptée par une famille au Nunavik, Elisapie a grandi non loin de sa mère biologique, à qui elle dévoile son mal-être sur la lancinante pièce «Una». «Il arrive que les Inuits donnent l’un de leurs enfants à des familles qui ne peuvent en avoir. C’est un geste altruiste, d’aide à la survie dans le Grand Nord. Je m’en voulais pourtant d’éprouver de la peine d’être une enfant adoptée, comme si je n’étais pas assez inuk pour comprendre cette tradition.» C’est son lent retour vers la lumière qui imprègne The Ballad of the Runaway Girl, un nouvel album folk ensorcelant, où se marient l’anglais, l’inuktitut et le français et qu’elle a enregistré live dans un chalet. «Après ce que j’avais traversé, je voulais me “challenger”, accepter d’être dans l’émotion plutôt que dans la perfection. Ce côté brut, cette mise à nu m’ont permis de retrouver ma voix, qui s’est avérée plus profonde qu’avant.» Mère d’une grande fille, d’un garçon et d’un poupon, elle souhaite leur transmettre une certaine insouciance, un état qu’elle n’a pas connu, puisqu’elle s’est vu confier des responsabilités toute jeune. «Je veux qu’ils vivent dans la légèreté.» Ce qu’elle apprend elle-même à s’accorder.

elisapie.com

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