Art de vivre

La chick lit

Le prince charmant ? Toutes les femmes en rêvent. Même celles qui vivent entre boulot, resto et BlackBerry. Pour elles, exit Harlequin, bienvenue chick lit !

Elle fumait comme une cheminée, buvait comme un trou et se débattait avec son budget, ses kilos en trop, ses angoisses existentielles, un patron tyrannique et une mère envahissante. Il y a 15 ans, Bridget Jones faisait souffler un vent nouveau et rafraîchissant sur le monde littéraire.

Depuis, l’(anti)héroïne créée par la Britannique Helen Fielding a eu des centaines de sœurs spirituelles, dont les quatre célibattantes de Sex and the City. La chick lit (chick pour fille et lit pour littérature) a fait des petits non seulement en Grande-Bretagne et aux États-Unis, mais aussi en France, en Australie… Au Québec, Rafaële Germain a ouvert la voie à India Desjardins et, plus récemment, à Annie L’Italien et à Karine Glorieux.

Il s’agit d’un véritable phénomène littéraire : des éditeurs – Libre Expression, Les Intouchables, Québec Amérique… – multiplient les titres. D’autres, les collections – Girls in the City chez Marabout, Mille Comédies chez Belfond, Gossip Girl chez Fleuve Noir – et les déclinaisons du genre, dans le but de toucher plusieurs publics. Il y a la teen lit (Le journal d’Aurélie Laflamme, d’India Desjardins), la mom lit (L’accro du shopping attend un bébé, de Sophie Kinsella), la mystery chick lit (Cinq filles, trois cadavres, d’Andrea H. Japp), la paranormal chick lit (Karma Girl, de Jennifer Estep)…

La chick lit, c’est pour les jours légers où on a envie de lire des âneries ? Marie-Pier Luneau, professeure de lettres à l’Université de Sherbrooke, nuance : cette littérature plaît à toute une jeune génération de femmes qui s’y reconnaît. « L’héroïne de la chick lit a un côté gaffeur et un sens aiguisé de l’autodérision, dit-elle. Elle est toujours au bord de la crise de nerfs. Combien de fois l’a-t-on vue, juchée sur ses escarpins vernis, enfiler les drinks puis vomir sur les bottes de son prince… » On est à des années-lumière de la blonde rangée et coiffée des romans Harlequin – ces livres à l’eau de rose très populaires au Québec dans les années 1950, 1960 et 1970. Elle cultive néanmoins les mêmes valeurs morales traditionnelles et poursuit la même quête : trouver le grand amour, celui qui va la chérir… même après s’être fait gerber sur les pieds ! « La chick lit est un peu la petite sœur rebelle du roman Harlequin », précise Marie-Pierre Luneau, qui s’est intéressée au sujet dans le cadre d’un cours sur le livre populaire. D’ailleurs, Harlequin, qui a soufflé ses 60 bougies en 2009, s’est lancé lui aussi dans ce créneau. En 2003, l’empire du roman sentimental, basé à Toronto, avait perdu 10 % de ses ventes au profit de ce nouvel acteur… Il a réagi en créant la collection Red Dress Ink, qui propose des titres comme Crimes, passion et talons aiguilles, de Kyra Davis.

Grâce à la chick lit, on rêve, on se moque, on rit beaucoup. La meilleure est ludique et a du punch. « Les lectrices en consomment pour se changer les idées et avoir du plaisir, observe Anne-Marie Villeneuve, éditrice chez Québec Amérique. C’est l’équivalent du feel-good movie. En plus, cela permet aux femmes de parler de leurs préoccupations – vieillir, trouver son homme, avoir ou non des enfants –, pas juste de talons hauts ! »

Lectures suggérées


 

Le journal de Bridget Jones, de Helen Fielding.
L’antihéroïne par qui la chick lit a commencé.


 

Gin tonic et concombre, de Rafaële Germain.
La pionnière de la chick lit québécoise récidive avec les tribulations amoureuses de Marine : c’est l’heure des choix, ma grande !


 

Les secrets d’une Shoe Addict, de Beth Harbison.
Trois mères en cavale à Las Vegas. Du bonbon !


 

Toujours orgueilleuse mais (à peine) plus repentante, d’Annie L’Italien.
La suite du Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante.