Culture

Tête-à-tête avec Patrice Roy

Chaque soir, à 18 heures, Patrice Roy se pointe dans nos salons pour nous informer des grands événements qui ont marqué la journée. Rencontre avec le chef d’antenne du Téléjournal/Montréal d’Ici Radio-Canada Télé, véritable accro à l’info, au sport et à la scie à chaîne…

On dit de moi que je suis…
Oh, comme je suis mal placé pour répondre à cette question ! Mais dans les courriels des téléspectateurs, il y a un mot qui revient souvent : la sincérité. Je pense qu’on me fait confiance parce que je ne joue pas de rôle.

Je me sens reconnaissant…
De cette confiance, justement. Lorsqu’on est chef d’antenne, il faut d’abord être crédible. Mais après, il y a un élément plus irrationnel qui entre en ligne de compte : la relation de confiance qui doit se créer avec le public. Quand je la ressens, de loin ou d’une manière directe, je suis très reconnaissant.

Une histoire qui me ramène à l’enfance
Je me souviens que ma sœur lisait beaucoup. Tout Proust ! Moi, je lisais peu, je préférais regarder les arbres, les oiseaux et les pierres. Mais à l’adolescence, j’ai dévoré tous les tomes du Comte de Monte-Cristo. Le courage, la vengeance et, surtout, l’injustice : c’est venu me chercher.

Une passion qu’on ne me connaît pas
La scie à chaîne, qui me permet de faire des choses manuelles, sans être bon. Je fais ça seulement au chalet ! Il faut juste que je sois prudent. [Rires]

Un projet que j’aimerais réaliser avant de mourir
Construire un escalier. Ce n’est pas une blague… J’ai un petit côté Martin Matte, moi ! Tu me mets tous les matériaux dans un champ pour faire une maison, 200 ans plus tard, il n’y aura toujours pas de maison. Mais je veux apprendre : je suis travaillant !

Trois mots qui me décrivent
Tenace, passionné, sincère. J’ajouterais : direct. Ça peut parfois être perçu comme baveux, si on me connaît mal. Mais avec moi, on a l’heure juste. [Rires]

Si je n’avais pas été journaliste, j’aurais été…
Quand mes jumeaux (Émile et Gabrielle) étaient petits, je leur lançais : « Un jour, je vais ouvrir un restaurant et ça va s’appeler Chez Émile et Gabrielle ! » Évidemment, c’étaient des blagues, je n’ai pas le talent pour ça. Mais jouer au restaurant avec eux le samedi soir était un moment de grâce, car c’était le seul soir de la semaine où je pouvais être vraiment disponible.

Le plat que je cuisine le mieux (pour vrai)
Les viandes, comme un osso buco ou des côtes de bœuf. Ma recette de gigot d’agneau figure d’ailleurs dans le livre 100 vedettes, 100 recettes, Centraide (Transcontinental, 2009), réalisé pour venir en aide à cet organisme.

La cuisine que je préfère
Méditerranéenne. Avant ma mort, ce que je veux, c’est : gaspacho en entrée, côtelettes d’agneau, tarte au citron en dessert, merci bonsoère !

Un parfum naturel qui me fait vibrer
L’odeur du bois après la pluie. Ce mélange d’herbes et de fleurs sauvages… Les forêts et les lacs m’apportent un équilibre. Je ne suis pas un vrai pêcheur, mais je pêche de la truite. On en a pris huit la semaine dernière. Évidemment, on les a mangées. J’apprends ça à ma fille [sa plus jeune, Vivianne, sept ans]. Si tu pêches un poisson, tu le manges.

Un vêtement qui me fait sentir beau
D’abord, je ne dirais jamais ça : « Oh, je me sens beau ! » Mais bien, oui. En jean et t-shirt, de préférence bleu. Ma blonde affirmerait que je suis plate, mais c’est ça : je peux acheter quatre t-shirts unis exactement pareils. Ah, et je l’avoue, ça me fait peut-être sentir un peu plus jeune, le combo jean-t-shirt. [Rires]

Pour gérer mon stress, je…
Dois faire du sport. J’ai besoin d’être en forme pour faire mon métier, sinon je deviendrais fou.

J’aime mon métier parce qu’il…
Me fait rencontrer des gens. Que ce soient des premiers ministres, des cultivateurs, des voisins qui ont des difficultés… Il n’y a pas de petit problème et chaque journée est différente.

La personne qui me touche le plus
De loin mes trois enfants. Mes grands n’habitent plus avec moi, mais quand je vais reconduire ma petite à l’école et qu’elle s’éloigne avec son sac à dos, je suis touché chaque matin.

Ce que je ne supporte pas
Le malheur des enfants. J’ai commencé dans le métier en faisant des reportages avec des jeunes dans la rue, la DPJ. Lorsque j’ai été dépêché à la tuerie de l’école primaire de Sandy Hook, aux États-Unis, en 2012, ça a été plus dur, pour moi, que l’Afghanistan. [NDLR En 2007, le véhicule blindé dans lequel il prenait place, en Afghanistan, a roulé sur un engin explosif placé sous la chaussée. L’attaque a fait plusieurs morts et blessés.]

Un film qui a marqué ma vie
Dans un cours d’histoire, au secondaire, on nous avait fait découvrir les documentaires du journaliste Henri de Turenne, appelés Les grandes batailles. Je m’étais dit : « Wow ! Moi aussi, je veux faire cela plus tard. » C’est quelque chose qui m’allumerait, réaliser un documentaire sur l’histoire du Québec et du Canada, en revoyant la relation avec les autochtones. Ça pourrait être présenté dans les écoles ou le dimanche soir à la télé, avant ou après Tout le monde en parle ! Je lance ça comme ça…

Un moment sacré de ma journée
Travailler aux nouvelles, c’est entrer en religion. Je dois ouvrir mon téléphone pour m’informer dès le réveil. Mais tout de suite après, c’est le déjeuner avec ma fille. Son pain doré, ça aussi, c’est sacré.

Un livre qu’il faut avoir lu
L’orangeraie, de Larry Tremblay (Alto, 2016). Le Moyen-Orient s’embrase encore. Et ce roman est un bijou qui parle notamment du sacrifice qu’on demande aux enfants.

Une journée satisfaisante, c’est une journée…
Faire un téléjournal, c’est comme effectuer une descente de rapides en canot 14 places ! Tout le monde doit pagayer et se coordonner. Ça ne peut pas être parfait chaque fois. Mais quand à 19h10, on se dit, en équipe, que ça a été le fun, clair, bien illustré, je suis satisfait.

J’aimerais que les gens se souviennent de moi comme de quelqu’un qui…
Ce n’est pas grave si les gens ne se souviennent pas de moi. Si je n’ai pas déçu trop de monde dans ma famille, je serai content.

Patrice Roy est à la barre de deux bulletins d’information quotidiens : En direct avec Patrice Roy, sur ICI RDI, et Le Téléjournal/Montréal, sur les ondes d’ICI Radio-Canada Télé.


Couverture numéro Septembre-octobreCet article est paru dans notre numéro de septembre/octobre.
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