Générale

Sous les hospices de Jony

Parfois nos amis parviennent à nous étonner. Et parfois, ils font exactement ce à quoi on s’attend d’eux.

Mon copain Jony m’envoie ce courriel ce matin. Au départ, je me suis dit, comme dab, trop long. Mais finalement, il m’a eue l’animal. Et je sais pourquoi je l’aime tant.

Je travaillais sur la pose d’armature de métal pour un beau petit pavillon que je rebâtis au fond de la cour. Le ciel était plein de nuages lourds, pleins des énergies de la canicule. Un gros orage approchait.

Travailler avec les mains sur des rodes de métal de 20 pieds de long… je me suis dit que je jouais un peu fort avec ma luck. Et avec la foudre… J’ai ramassé mes outils et je me suis dit que je pourrais bien regarder passer l’orage en jouant de la guitare, sur la galerie en avant. Regarder Québec du haut de la longue côte. Regarder la ville se faire rincer.

Mais j’avais pas fini de m’accorder que voilà t-y pas une corneille qui tombe presque à mes pieds. Ces oiseaux-là sont magnifiquement intelligents. J’en ai rencontrées au refuge de Michel Pageau l’hiver dernier, en Abitibi.

Ici, on se dit la plupart du temps, ces oiseaux-là sont sales. Ils sont pleins de microbes.Vaut mieux pas toucher à ça. Et les laisser mourir.

Pourtant je me serais senti bien nono de la regarder mourir en jouant sur ma belle guitare. Ces oiseaux-là ne m’ont jamais rien fait de mal.

Je me suis approché du volatile doucement, en prenant bien le comportement d’un individu qui ne lui veut aucun mal. Mais l’oiseau a eu peur. Il s’est déplacé sur l’herbe en se traînant avec ses ailes. Doucement je l’ai laissé s’habituer à ma proximité.

Je lui ai apporté des raisins, des graines de citrouille et des noix. Mais il avait peur de moi et il paniquait dès que je m’en approchais. Il s’était réfugié sous le parapluie d’un grand chêne. L’orage est arrivé.

J’ai pris ma guitare et j’ai regardé passé l’orage. L’oiseau me regardait, je regardais aussi l’oiseau. De temps en temps je me suis demandé s’il voyait un peu de quoi mes chansons causaient. J’ai joué des chansons qui parlaient d’orages et du parfum de la pluie.

À l’embellie, sous un grand ciel tout propre, ma blonde est arrivée de son boulot. Je lui ai montré la mauvaise situation dans laquelle se trouvait notre jeune amie. Je lui ai demandé d’aller chercher un couvert de litière pour la mettre à l’abri et je suis allé écrire à ma super docte amie Pascale, Ma mère l’oie, qui connaît les oiseaux comme vous et moi on connaît l’épicerie du coin. Ma mère l’oie m’a donné tout ce qu’elle avait déjà developpé comme trucs auprès de corneilles qu’elle avait connues personnellement.

Ce matin, à 4 heures, les deux yeux grands ouverts, je pensais à ma corneille. Plus elle perdait de force, moins elle était farouche. Je suis parti dans l’atelier et je lui ai fabriqué un beau petit hamac, parfaitement à sa mesure. Avec un vieux linge de vaisselle. Elle avait les deux pattes repliées vers l’arrière. Je lui ai fabriqué une grande atelle qui la soulage complètement de son poids.

Elle est très gentille. Je ne m’approche d’elle que très doucement. J’ai enlevé mes gants et je lui caresse doucement le bec en me les trempant dans l’huile d’olive. Elle est presque en position debout. Elle respire bien. Et dans son regard il y a quelqu’un qui vit et qui me regarde avec curiosité et un petit brin de confiance.

J’ai fait deux trous pour ses pattes et je les ai placées dans la position qu’à peu près n’importe qui ayant complété sa cinquième année reconnaîtrait comme la position debout d’un oiseau normal. J’y retourne pour bien dégager son trou de pet. Histoire de ne pas la mettre plus dans la merde qu’elle ne l’est déjà.

Quand Anne se réveillera je lui demanderai de m’aider à mieux ajuster l’atelle encore. J’espère arriver à la sauver. Ya des trucs qui semblent un peu dingues. Qui ne sont pas nécessairement reconnus ou payants. Mais qui font du bien. Tout va mal dans le monde. Et les gens ne trouvent pas de solutions. Il y a pourtant plein de solutions simples. Prendre soin de son jardin. Planter un pommier. Respecter les abeilles.

Ne pas laisser aucun argument du fric permettre que l’on souille l’eau et qu’on la rende impropre à donner la vie.

Aimer les oiseaux.

J’avais appris tout ça, quand j’étais en cinquième année.

Je vois pas pourquoi les gens disent qu’il n’y a pas de solutions.


(Sur ces sages paroles d’un gars qui sauve les corneilles avec des linges à vaisselle et des planches de bois, je file rencontrer un autre grand défenseur des animaux… à Trois-Pistoles.)