Livre du mois: Purity de Jonathan Franzen

Très attendu, Purity, le nouveau roman de l’écrivain américain Jonathan Franzen tient ses promesses. Qu’ont pensé les membres du Club de lecture?

 

Couverture.Purity.JFranzen400X500L’histoire

Au centre d’une immense toile, la quête d’une jeune femme pour retracer son père inconnu. La trame va peu à peu se resserrer autour d’elle, la poussant à quitter son squat d’Oakland pour un stage en Bolivie. Un séjour initiatique bref et troublant. Sa route, de plus en plus escarpée, la mène à Denver, où elle s’essaie au journalisme. Toutefois, c’est chez elle, en Californie, auprès de sa mère,qu’elle devra boucler la boucle…

Les personnages

Purity « Pip » Tyler, 23 ans, désarmante, généreuse, drôle. Adore sa mère, même si celle-ci refuse de lui révéler l’identité de son père. Amours désastreuses, dette étudiante énorme, job minable. Veut changer de vie. Andreas Wolf. Né à Berlin-Est en 1960 de parents apparatchiks. Brillant etinquiétant, il met sur pied le Sunlight Project dans la foulée des WikiLeaks. Tom Aberant et Leila Helou, couple de journalistes allumés.

On aime 

Le regard de Franzen, qui englobe l’universel autant que l’intime. Son humour – la délirante histoire d’amour fou, donc invivable, qui a jadis consumé Tom et son ex-femme Anabel. Les propos incisifs de l’auteur sur la célébrité, le pouvoir, le microcosme littéraire new-yorkais, les réseaux sociaux. Sa tendresse pour ses personnages, auxquels on s’attache.

L’auteur Jonathan.Franzen400X500

Jonathan Franzen est né en Illinois en 1959. Études en sciences à Berlin. En 2001, son troisième roman, Les corrections, best-seller mondial et roman-culte, obtient le National Book Award. Consacré « Le grand romancier américain » sur une couverture du Times  en 2010. Pourtant, Jonathan Franzen ne fait pas l’unanimité. Qu’on l’aime ou qu’on adore le détester, force est d’admettre qu’il n’a pas usurpé sa place parmi les écrivains contemporains les plus importants. Pour la petite histoire, il est divorcé, sans enfant, vit à New York et en Californie avec sa compagne, l’écrivaine Kathy Chetkovich.

Boréal, 2016, 752 pages. 

POUR LIRE UN EXTRAIT DE PURITY

 

 

 

Les critiques du Club de lecture Châtelaine

 

SoniagrattonSonia Gratton

J’ai aimé : Après un début incertain, j’ai été franchement happée par l’histoire! J’avais davantage l’impression de fréquenter une télésérie qu’un objet littéraire, mais j’y ai pris plaisir. J’ai aimé les personnages, même celui de la mère, qui aurait pu sous un autre éclairage être insupportable, et celui de la célébrité, qui aurait pu être manichéen. J’ai aimé les nombreux cadres, du milieu du journalisme à la Côte ouest américaine en passant par l’Allemagne socialiste. J’ai surtout aimé les thèmes traités tout au long du livre : l’identité, le destin, la jalousie, la transmission et surtout la morale, un thème risqué mais intéressant.

J’ai moins aimé : Des maladresses dans un style qui veut en faire trop. Une vision cynique et déprimante du féminisme.

Ma note sur 10 : 9

 

isabellegoupilsormanyIsabelle Goupil-Sormany

J’ai aimé : C’est un roman à l’écriture maîtrisée, dense et soutenue. Les chassés-croisés historiques et narratifs sont nombreux. Plusieurs scènes sont « bousculantes » de vérité mais aussi d’audace, tout en ayant un fond de quotidienneté quasi banal. C’est aussi un roman de l’extrême : les personnages, les choix qu’ils font, leurs valeurs, leurs motivations. Un petit mot pour la traduction, bien rendue compte tenu de l’intensité littéraire du roman.

J’ai moins aimé : Le caractère profondément obstiné et tordu des personnages et leur absence d’autocritique (sauf à la fin). C’est un roman sur l’entêtement, sous toutes ses formes. J’ai décroché plusieurs fois. Je suis plutôt adepte d’une autre forme de résilience.

Autres commentaires : J’adore les livres choraux et les chassés-croisés. Pourtant, pour Purity, ce fut une lecture sans passion, sans intérêt. L’aspect tordu de l’histoire, un meurtre non assumé à cacher à tout prix, m’a déboutée et découragée (car ce n’est pas un roman à facture classique de polar). C’est dommage, car le style et l’écriture sont bien maîtrisés. L’auteur traduit à merveille les bruits de la vie, les petits drames du quotidien, comme les grandes angoisses liées aux choix que nous avons à faire.

Ma note sur 10 : 8

 

Anja_DjogoAnja Djogo

J’ai aimé : J’ai trouvé ce livre vraiment captivant ! On ne sent jamais de longueurs, et ce, malgré ses quelque 700 pages. La multitude de points de vue insuffle constamment une énergie nouvelle à l’histoire, ce qui m’a gardée accrochée jusqu’à la fin. Jonathan Franzen sait comment créer des univers complexes et des personnages nuancés d’une grande sensibilité. J’ai particulièrement aimé les parties sur Andreas Wolf, le « lanceur d’alerte » à la Julian Assange, et Tom Aberant, le journaliste torturé. C’est dans ces passages que j’ai trouvé Franzen le plus inspiré. Ces deux histoires décrivent à mon avis de façon très juste le sentiment obsessif qui accompagne souvent un premier grand amour.

J’ai moins aimé : Je n’aurais pas pu lire tout un livre avec Purity comme seul personnage principal. Son apitoiement et sa propension à l’autodestruction sont trop agaçants pour être longtemps supportables. Par contre, Franzen arrive à utiliser ses points faibles comme tremplin pour introduire les autres personnages et construire une histoire solide et bien ficelée.

Ma note sur 10 : 8,5

 

francegiguereFrance Giguère

J’ai aimé : Le don de Franzen pour décrire la vie américaine. La structure du roman, qui se divise en sept grands chapitres qui pourraient tous être un livre en soi. L’habileté de l’auteur à lier lentement mais sûrement les personnages entre eux et à tenir le lecteur en haleine en dévoilant peu à peu l’histoire de chacun.

J’ai moins aimé : Trop de détails ; on a droit au pedigree des personnages secondaires pratiquement jusqu’à la troisième génération. J’exagère, mais cela m’a agacée. Certaines phrases archi-longues (de 12 à 25 lignes) m’ont également essoufflée. Un chapitre sur la relation toxique d’un des personnages m’a paru interminable. Le livre a un côté hollywoodien – le bon gars, le mauvais gars, la riche héritière, la fille paumée – qui m’a énervée. La fin, tellement américaine, du style ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, m’a vraiment déçue !

Autres commentaires : À mon avis, c’est exactement comme un film américain, ce n’est pas une grande œuvre, mais un bon divertissement, sans plus.

Ma note sur 10 : 6

 

marie-claude_n_bMarie-Claude Rioux

J’ai aimé : Comme à son habitude, Jonathan Franzen présente des personnages qui ne manquent pas de panache, riches et d’une grande profondeur. Par l’entremise d’une fine étude limitée à quelques personnages, il touche à des sujets sociaux et politiques d’une actualité criante. Son roman s’imprègne de l’air du temps (prêt étudiant, anarchisme, journalisme, Wikileak, etc.) avec brio.

J’ai moins aimé : Le fait que les différentes parties puissent se lire de façon quasi autonome. Avant que les destins ne s’entrelacent, on a plutôt l’impression de lire des ouvrages distincts. Et certains sont plus passionnants que d’autres…

Autres commentaires : Jonathan Franzen fait partie de mes auteurs chouchous. Les corrections et Freedom ont été d’immenses coups de cœur que je compte relire. La tangente sociale et politique qu’il prend avec Purity fait moins vibrer mes cordes sensibles. N’empêche, un moins bon titre de Franzen demeurera toujours un très grand roman.

Ma note sur 10 : 7

 

mariellegamacheMarielle Gamache

J’ai aimé : Les cycles de vie propres à chacun des personnages. La subtilité de l’auteur, qui les imbrique graduellement entre eux, excitant ainsi l’intérêt du lecteur jusqu’à la fin. Les thèmes traités – relations parents-enfants, recherche de soi, rapport à l’argent, sexualité débridée – abordés avec rigueur, qui nourrissent des personnages marginaux, ésotériques, tordus, diaboliques… J’ai particulièrement apprécié le dénouement, qui reflète l’intégrité de l’ensemble de l’œuvre.

J’ai moins aimé : La composition du texte, difficile d’approche : histoire décomposée en suites d’épisodes qui se présentent comme autant de microrécits. Heureusement, l’enchaînement de ceux-ci aboutit sur une intrigue franchement fascinante. Certains mots en langue étrangère utiles à la crédibilité du récit auraient gagné à être traduits.

Autres commentaires : Jonathan Franzen nous expose une œuvre puissante, complexe, sans tabou ni censure qui propulse le lecteur dans un univers hors du commun.

Ma note sur 10 : 8

 

 

SandrineDesbiensSandrine Desbiens

J’ai aimé : J’ai adoré la sensibilité de Purity, le personnage, même si c’était parfois trop lourd. Cependant, j’ai bien aimé la façon dont elle est « recrutée » (je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler l’intrigue). La définition des personnages et leur sens de l’amitié sont émouvants. Cependant, l’histoire, très mouvementée, est bien écrite. La peur des hommes est bien exposée, mais elle reste nébuleuse.

J’ai moins aimé : La vitesse de l’action et les répétitions ralentissent le rythme, surtout que le livre fait 742 pages. De plus, on parle beaucoup d’estime et de découverte de soi mais on y mélange des histoires d’amour entre tous les personnages. La relation entre Purity et sa mère est compliquée et semble basée sur la peur de se décevoir et sur leur secret.

Ma note sur 10 : 6,5

 

Raphaelle-LambertRaphaëlle Lambert

J’ai aimé : L’écriture de l’auteur nous sert, en blocs, l’histoire et le point de vue de différents personnages, comme un décor qui se dresse un pan à la fois. Les personnages sont complexes, complexés ou carrément imbus d’eux-mêmes ; on descend dans leur intérieur, on explore la fragilité de la santé mentale ou l’abandon de soi pour tenter la fusion totale avec l’être aimé. Puis cette incursion dans l’Allemagne communiste, où l’importance des positions politiques vient justifier les plus viles injustices. Où tant de gens tirent profit de la faiblesse de leur prochain et où la paranoïa s’immisce comme une conseillère.

L’auteur propose une critique intéressante sur la manipulation, sur les gens et les entreprises qui prônent de nobles valeurs comme l’écologisme, le droit au savoir, mais dont les fondements mêmes sont vides, vaniteux et mensongers. Comment les femmes vivent ou non leur féminisme, en théorie, en pratique, dans leur travail, dans leurs amours.

J’ai moins aimé : J’ai trouvé certains passages un peu longs, malgré les explications qu’ils donnent, mais ça ne m’a pas empêchée d’apprécier le récit.

Autres commentaires : J’avais beaucoup aimé Les corrections du même auteur et j’ai retrouvé, dans ce dernier livre, la complexité des gens et les situations tordues de la vie si bien écrites.

Ma note sur 10 : 8,5

 

À LIRE: Livre du mois: Vi de Kim Thuy

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