Commandité

La polyarthrite rhumatoïde : une femme de défi prise aux mots

La maladie est venue contrecarrer la vie de Mélanie Leclerc. Mais grâce au bon traitement et à sa proactivité, Mélanie n’avait pas dit son dernier mot.

Jeune femme active, mère de deux jeunes filles et employée dévouée, Mélanie Leclerc adorait ses semaines bien remplies. À 32 ans, cette perfectionniste jonglait habilement avec sa course à pied quotidienne, son rôle de maman et son travail de technicienne en laboratoire de recherche médicale.

Peu après son mariage, lors d’une fin de semaine en famille, Mélanie sent soudain une douleur dans sa cheville. Le lendemain matin, sa seconde cheville devient à son tour souffrante, elle se doute que quelque chose cloche. Comme lors d’une vilaine grippe, son état se détériore rapidement. En quelques heures, ses genoux la font maintenant souffrir et elle peine à rester debout pendant plus de quelques minutes. Plutôt tolérante et habituée à endurer ses douleurs, Mélanie cette fois s’inquiète.

Une battante mise à l’épreuve

De nature prévoyante, Mélanie a donc tôt fait de téléphoner à son médecin de famille afin de prendre rendez-vous. Ce dernier suppose aussitôt une forme d’arthrite, sans savoir laquelle, et prévoit rapidement une rencontre avec un rhumatologue. Après quelques suivis et des prélèvements, le diagnostic tombe. « La polyarthrite rhumatoïde est une maladie inflammatoire systémique », explique le Dr Denis Choquette, rhumatologue à l’Institut de rhumatologie de Montréal. Au pays, cette forme d’arthrite atteint environ 300 000 Canadiens, dont majoritairement des femmes. Auto-immune, la maladie s’attaque aux articulations, créant entre autres de la douleur et des raideurs importantes.

De concert avec son médecin, qui saisit vite sa personnalité de battante, Mélanie essaie différents traitements combinés, qui améliorent son état, sans plus.

Un matin, avant le travail, la mère de famille prend place dans le salon, prête à coiffer ses filles comme elle le fait chaque jour. Elle glisse les doigts dans les cheveux de l’une d’elles et s’aperçoit avec désarroi qu’elle peine à tresser les mèches de la fillette tellement ses mains la font souffrir. Douloureux souvenir qui l’émeut encore à ce jour. Aimant la vie, Mélanie souhaite de tout cœur retrouver celle qu’elle était, une coureuse énergique, une travailleuse dévouée et une femme et une mère présente et pleine de vie.

Car malgré les inquiétudes de ses proches, elle travaille toujours. « J’étais rendue à trois jours par semaine, mais j’avais de la difficulté à conduire mon auto manuelle pour me rendre au travail », se confie-t-elle, encore surprise de son entêtement de l’époque. Celle qui ne peut se convaincre de cesser de travailler doit s’y résoudre : son médecin la met en arrêt de travail.

Un travail d’équipe

Au fil des rendez-vous médicaux, Mélanie et son médecin développent une relation de confiance et forment une équipe. Cette femme de défi, qui vient d’atteindre le point tournant, choisit dorénavant de faire de la polyarthrite rhumatoïde son ultime défi. Pas question de laisser la maladie gagner. « Je me suis mise à me renseigner énormément auprès de la Société de l’arthrite, j’ai posé des questions à mon médecin et je ne lui ai jamais caché comment je me sentais. »

C’est donc ensemble que Mélanie et son médecin décident de passer à une autre étape : un nouveau traitement, qui s’avère être d’origine biologique. « Rapidement après la première dose, j’étais revenue à 100 % », dit Mélanie, toujours impressionnée par cette efficacité fulgurante.

« Avec ce traitement, quand on voit ces patients précocement, on peut quasi anéantir la maladie, mentionne le Dr Choquette. Car l’objectif du traitement de l’arthrite rhumatoïde est de faire en sorte qu’un patient ne se sente plus arthritique. Donc, le patient va récupérer l’état dans lequel il était quand il ne faisait pas d’arthrite rhumatoïde. C’est ce qu’on appelle l’état de rémission. »

Comme il est possible d’atteindre la rémission lorsqu’on combat le cancer, pourquoi ne pas avoir le même objectif dans le combat contre la polyarthrite rhumatoïde ? « Pour la polyarthrite rhumatoïde, explique le médecin, c’est différent, mais la plupart des rémissions sont maintenues grâce aux traitements. » Néanmoins, même en intervenant rapidement et en amorçant un traitement, 70 % des personnes qui ont la polyarthrite rhumatoïde ne parviennent pas à la rémission et continuent donc de ressentir douleurs, gonflements, raideurs, mais aussi fatigue et malaise général. Les patients doivent d’autant plus parler de leurs symptômes à leur médecin, et la recherche doit se poursuivre. Car une chose demeure pour le Dr Choquette : « La polyarthrite rhumatoïde, c’est une maladie qu’on peut traiter et qu’on doit traiter. »

Une qualité de vie retrouvée et même améliorée

Maintenant rétablie, Mélanie décide de se surpasser encore : elle s’implique dans la recherche sur l’arthrite et participe à des évènements de course à pied tels que des compétitions de 10 km, des demi-marathons et des marathons ! Et ses proches suivent son exemple. « Voir quelqu’un d’autre se mettre à s’entraîner aussi me fait vraiment du bien, parce que j’ai l’impression que mon histoire et mon parcours font une différence. » D’abord sa mère, puis son conjoint et finalement son père et sa sœur participent tour à tour avec elle à différentes collectes de fonds impliquant de la course.

Passionnée et inspirante, Mélanie Leclerc figure maintenant comme une sorte d’ambassadrice, prônant l’importance de parler de ses symptômes à son médecin et incarnant la possibilité d’être en rémission de la polyarthrite rhumatoïde. Car beaucoup de gens atteints, eux aussi, de cette maladie prennent Mélanie en exemple et lui écrivent, afin de solliciter ses conseils et de bénéficier de son soutien.

Cette ancienne perfectionniste assoiffée de performance a complètement changé sa vision de la vie. Elle n’est plus aussi exigeante envers elle-même – au contraire, elle profite maintenant de la vie au maximum. Et pour elle, d’avoir enfin retrouvé sa qualité de vie la laisse encore à ce jour sans mots. « Je sais maintenant qu’il faut agir le plus vite afin que ce soit possible », conclut Mélanie, le sourire aux lèvres.

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