Tendances

Marie-France Bazzo: les confessions d'une modeuse

Notre rédactrice en chef invitée parle chiffons.

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Photo : Geneviève Charbonneau

Elle parle de mode aussi sérieusement que de  politique. Elle se pâme pour les escarpins de designers, mais peut fouiner pendant des heures chez le détaillant à rabais Target. Elle enfile du Helmut Lang, mais adore faire son shopping dans le 450. De quoi alimenter plusieurs pages de magazine…

Rares sont les personnalités qui me mettent l’estomac en boule. J’en ai croisé des tonnes : des locales, des internationales, des gentilles, des intéressantes, d’autres pas mal moins. Marie-France Bazzo, elle, m’intimide. Auprès de cette animatrice plus grande que nature, on veut immanquablement avoir l’air intelligente, rigoureuse, préparée, tout en étant soi-même. Pourtant, je ne m’en vais pas causer avec elle d’enjeux israélo-palestiniens ou de programme d’armement nucléaire nord-coréen… Non, notre rédactrice en chef invitée a, de son propre gré, suggéré de parler chiffons et petits pots. Et comme je sais qu’elle se passionne pour le sujet, j’ai chaussé mes nouvelles sandales chics achetées à Paris – pour une bouchée de pain, mais chics quand même – et me suis présentée aux Productions Bazzo Bazzo à Montréal. Marie-France a tout de suite remarqué mes sandales. Moi, j’espérais juste être à la hauteur de mes plateformes.

Aujourd’hui, la Bazzo – comme plusieurs l’appellent – porte la robe courte, très courte, taillée dans un imprimé animalier décoré de paillettes, avec une sandale plate. Je suis étonnée de ne pas la trouver juchée sur des échasses de six pouces, comme elle en a l’habitude. « C’est Claude [Laframboise, notre chef styliste, qui l’a rencontrée chez elle en prévision de la séance photos de la couverture], ça ! Je ne savais pas trop quoi faire de cette robe que j’aimais bien. Il m’a suggéré de la porter de manière décontractée avec des tongs. Voilà le résultat ! » dit-elle, commentant son look du jour, confortable pour le boulot. La glace est cassée…

La mode, Marie-France Bazzo connaît et aime ça. Si on la suit sur Twitter, on peut parfois lire, entre deux gazouillis sur l’actualité, une observation mode en 140 caractères. Celle publiée en juillet dernier sur le bottillon que portent les fashionistas à Florence en pleine canicule témoigne de son dada. « La mode pour moi, c’est d’abord un jeu, mais c’est plus que ça… Pas tant la mode que le style, en fait, qui exprime une grande partie de ma personnalité, de mon rapport au monde. Ma façon de voir la vie passe beaucoup par le vêtement », souligne-t-elle, songeuse.

Son look, elle l’a forgé au fil des ans. Ses premières apparitions à la télé, notamment à La bande des six, n’auront pas fait d’elle une icône de mode en un clin d’œil. Au collègue Jean-Yves Girard, chef de la section culture à Châtelaine, elle a d’ailleurs confié en entrevue qu’à une certaine époque son image à l’écran ne la représentait pas bien. Y a-t-il un styliste sous la jupe pour expliquer ce changement de cap vestimentaire ? « Avant, note-t-elle, je m’imaginais qu’en ondes on ne pouvait pas s’habiller comme dans la vraie vie. Résultat : j’avais l’impression d’être déguisée. Aujourd’hui, rares sont les vêtements de ma garde-robe qui ne servent qu’à la télé. Dans la boîte noire, c’est vraiment moi. Moi en plus stylée, en mieux coiffée et mieux maquillée, certes, mais c’est moi. » C’est à force d’essais et d’erreurs, et de conseils de styliste qu’elle a féminisé son image, raffiné son style. « Mon instinct de base était correct, mais quand l’émission de télé [Bazzo.tv] a débuté, ma conseillère est devenue une alliée : elle m’a fait comprendre mes repères, les formes qui me vont bien, a insisté sur les bons basiques à avoir. Mais elle m’a surtout permis de me libérer. J’ai appris, par exemple, que j’avais le droit de mettre la même robe deux, trois, quatre fois à l’écran. » Maintenant, le style signature de Marie-France est éclectique. Elle le décrit comme power girly. Explication : « J’aime ce qui est féminin, les volants, les paillettes, mais il faut que ça dénote un certain contrôle de soi, que ça traduise ma position de chef d’entreprise. »

Dernier geste d’éclat : elle a décidé de pâlir sa longue crinière… Les blondes ont-elles plus de fun ? « À la blague, je dis toujours, je ne suis pas une brune, j’étais une blonde ! ». La transformation s’est faite naturellement. « La blondeur a révélé quelque chose en moi. C’est là que je me suis mise à assumer mon côté girly. »

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Photo : Matthieu Bichat

En mode Bazzo

Si on regarde d’abord son émission pour le contenu, il faut avouer qu’on adore aussi voir quelle robe elle porte et sur quels talons elle se hisse. Cette nouvelle allure, plus féminine, fait jaser. Comme si, dans l’esprit de certains, une fille super-brillante, intello, ne pouvait pas arborer les escarpins vertigineux ou l’ourlet raccourci. « Dans ma vingtaine, j’ai été victime du fameux préjugé : impossible d’apprécier quelque chose d’aussi futile que la mode tout en s’intéressant aux sujets intellectuels. J’ai commencé à explorer mon côté fifille dans la trentaine. Aujourd’hui, ça m’indiffère. Je n’écoute pas ce qui se dit sur moi. J’aime m’habiller, c’est tout. Chez Bazzo, c’est un bureau de filles et toutes les collègues raffolent de mode. Tellement que la joke entre nous, c’est toujours “Comment on s’habille ?”, qu’il s’agisse de planifier une expédition en raquettes, un 5 à 7 dans le milieu littéraire ou une soirée au gala des prix Gémeaux. »

Des bras dénudés, un beau décolleté, une jupe courte, il n’y a pas à dire, Marie-France sait oser, mais aussi doser ce qu’elle montre pour être actuelle sans être racoleuse. « J’ai beaucoup regardé la télévision européenne. C’est en voyant les présentatrices françaises que j’ai eu un déclic absolu », explique-t-elle. Ces Céline Galipeau parisiennes, à la fois sexy et chics, habillées en couturier, l’ont inspirée. « Sérieusement, en France, à la télé, il n’y a pas de poste plus important que le bulletin de nouvelles de 20 h, et elles le font avec grâce en dénudant leurs épaules et leurs triceps. Même chose pour les Italiennes, ces “turbo-pétards” à la tête d’émissions d’affaires publiques : elles arborent audacieusement le décolleté. Ça n’enlève rien à leur crédibilité, puis c’est agréable à regarder. En le faisant moi-même, j’ai peut-être donné le feu vert à d’autres animatrices d’ici. » Le 25 juillet dernier, Marie-France se portait publiquement à la défense de Pénélope McQuade, qui s’était fait varloper par Guy Fournier dans une chronique du Journal de Montréal après avoir porté une minirobe en ondes. Ce dernier parlait des « charmes bien étalés » des animatrices, incluant Pénélope, qui « n’est jamais vêtue comme une religieuse ». Marie-France a répliqué sur son compte Twitter : « Oui, Guy Fournier. Une animatrice télé peut être écourtichée, compétente, séduisante et légitime, ne vous en déplaise. » Et vlan !

Même si elle se lève maintenant en pleine nuit pour se rendre à Radio-Canada prendre la barre de C’est pas trop tôt, pas question de tourner les coins rond côté style. « À l’aurore, c’est MA journée qui commence. C’est le gros de ma performance. Je vais bien m’habiller – je prévois toujours ma tenue la veille – et chausser les talons hauts, puisque c’est clair pour moi que ça donne de meilleures entrevues. Même si on n’entend que la voix, se maquiller et se coiffer, c’est une élégance pour les gens avec qui on travaille. »

Justement, parlant de talons hauts… Imelda Marcos serait-elle jalouse de l’inventaire de Marie-France ? Elle l’avoue, les premiers escarpins signés Manolo Blahnik qu’elle a achetés ont déclenché une véritable folie. Depuis, elle trompe Manolo à l’occasion en flirtant avec Christian Louboutin et quelques autres… « Des chaussures de luxe, c’est beau, tu te sens comme dans Sex and the City quand tu les enfiles et… on va se dire les “vraies affaires”, c’est vraiment confortable. Le talon est juste à la bonne place, il a beau être haut, c’est une science quasi mathématique pour faire à la fois élégant et confortable comme une pantoufle. » Puis, il y a tout ce rituel créatif que Marie-France a inventé. « Je garde longtemps mes chaussures et mes bottes précieuses. J’ai donc dû réfléchir à un système. Dans ma garde-robe, elles sont rangées dans leur boîte d’origine. Pour reconnaître le contenu, je fais un croquis de la chaussure et je l’agrafe à sa boîte. C’est un petit plaisir perso. »

On imagine facilement Marie-France Bazzo s’habiller avec des fringues hors de prix. Elle affirme pourtant n’avoir aucun snobisme quand vient le temps de renflouer sa garde-robe. « Ça ne me gêne pas du tout d’acheter là où tout le monde achète. Parce que je sais pertinemment que le style est personnel et que ma manière d’agencer mes pièces les rend différentes et uniques. » Elle cite Zara, H&M et Old Navy parmi ses boutiques favorites. « Cela dit, je m’amuse beaucoup à marier des pièces de luxe à des articles payés trois fois rien. J’ai autant de plaisir à acheter la bonne espadrille à semelle compensée à 39,99 $ chez Target que des vêtements griffés chez BCBGMAXAZRIA. » Avis aux intéressées, notre cover-girl fait régulièrement des virées shopping au Carrefour Laval, le vendredi soir. « Le centre-ville, c’est trop compliqué. Sinon, je profite de mes voyages pour m’habiller. »