Ma parole!

La déprime de novembre

Notre chroniqueuse Geneviève Pettersen a décidé de chasser le blues de novembre. La déprime saisonnière, très peu pour elle!

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J’ai eu le syndrome de la page blanche pour cette chronique. Comme elle prend place dans le numéro de novembre, je me sentais le devoir de vous égayer un peu. Je n’allais pas vous parler de la pluie, du froid qui s’installe et de la grisaille atmosphérique et sociale. Novembre, c’est le mois des morts, mais je voulais faire comme si de rien n’était. J’allais vous entretenir des séries que j’avais envie d’écouter sur Netflix et à Tou.tv, cet hiver, emmitouflée dans une couverture en laine, ou du dernier livre que j’ai lu, L’année la plus longue, et vous dire à quel point il est magnifiquement écrit et combien l’histoire est enlevante. En plus, novembre est le mois du Salon du livre de Montréal. Ça aurait été concept. J’ai aussi flirté avec l’idée de vous parler de mes tasses de thé, celles que je ramasse dans les ventes de garage ou qui ont été garrochées aux vidanges par des propriétaires qui leur préféraient des petites jeunes. J’en trouve souvent des belles échouées sur le trottoir. Même qu’elles sont faites la plupart du temps de porcelaine anglaise ou allemande, avec des dorures dorées un peu maganées et des roses roses dessinées dessus.

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Tasses-Porcelaine-Genevieve-Pettersen

Photos : Getty Images

Je voulais vous dire qu’il n’y a pas grand-chose que j’aime plus au monde, le matin quand c’est frisquet, que de descendre doucement l’escalier en bois qui craque chez moi et d’allumer mon foyer au gaz. J’avoue que ça ne battra jamais le crépitement et l’odeur de vraies bûches qui brûlent dans un vrai foyer, mais quand même. J’ai eu envie de vous confier que j’ai un rapport particulier à la première neige de l’année, puisque c’est sous les flocons que mon mari et moi avons échangé notre premier baiser, il y a sept ans déjà. Je me suis dit que je pourrais évoquer les premiers jours où il fait noir à quatre heures de l’après-midi. Je les aime, moi, ces journées-là. J’ai l’impression que les bruits de la ville se couchent de bonne heure. C’est apaisant. En plus, je peux devancer l’heure du dodo sans que mes enfants s’en rendent compte. Jusqu’à l’année dernière, ils n’y ont vu que du feu. Il fait noir, c’est l’heure d’aller se coucher. Ça me fait penser que je n’aurais pas dû apprendre à ma plus vieille à lire l’heure. Ça n’a pas trop rapport avec le mois de novembre, mais ça m’aurait fait du bien de vous en parler. On se sent moins seules quand on s’avoue qu’on raconte toutes, de temps en temps, des menteries à nos enfants.

J’aurais pu aussi évoquer les derniers oiseaux qui s’envolent vers le sud. Ceux qui partent en retard tout le temps et qui me ressemblent un peu. Je les envie souvent, eux autres, de pouvoir s’enfuir le temps d’un hiver. Et il y a les morts, aussi. Je vous l’ai dit, novembre leur appartient. Il y a ceux tombés au front et qu’on essaie de ne pas oublier, histoire qu’ils ne soient pas morts pour rien. Il y a ceux qui décident d’en finir parce qu’ils ne sont plus capables de garder la tête hors de l’eau. Il y a les morts-vivants, aussi, ceux qui ne savent pas encore qu’ils sont morts. J’en aurais long à dire sur eux. Mais je vais laisser faire. Je vous l’ai dit, je veux que vous vous sentiez bien. J’essaie de vous changer les idées.

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J’avais décidé d’avance de glisser sous le tapis toutes les choses laides du monde. Novembre, c’est le mois de la dépression saisonnière. Et je ne veux pas vous déprimer encore plus. Je vais donc laisser faire les malheurs – la culture qui s’en va chez le diable, les infrastructures sociales qui s’effondrent, la crise migratoire et toutes ces choses qu’on fait semblant de ne pas voir au fur et à mesure que l’année avance et que notre sens de la citoyenneté et du devoir s’étiole. À la place, je vais mettre l’accent sur les petites choses insignifiantes, mes tasses de thé par exemple.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)