Ma parole!

La fois où j'ai failli déménager à Rosemère

Quand notre chroniqueuse Geneviève Pettersen, une fille urbaine de chez urbaine, a ressenti l’appel de la banlieue…

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Ça aurait pu être Deux-Montagnes, le vieux Saint-Eustache ou Lorraine. J’étais même prête à envisager le quartier Sainte-Rose, à Laval. Toutes des bien belles places, selon les dires de mes amies qui ont déserté la ville pour la banlieue.

J’ai toujours été une fille de ville. Et, même si j’ai besoin de ma dose de lac, de forêt et de pêche à la truite deux ou trois fois par année, je suis profondément attachée au quartier Rosemont, à Montréal. Mais pourquoi diable ai-je eu envie d’abandonner la rue Masson pour vivre au rythme de l’autoroute 640, vous demandez-vous? C’est à cause de la cabin fever. Au mois d’avril, mes filles ont eu le streptocoque. J’ai donc dû les garder à la maison une bonne semaine même si elles pétaient le feu au bout de deux jours d’antibiotiques. L’affaire, c’est qu’il faisait un temps de raie dehors et qu’il nous était impossible de les faire courir dans la ruelle ou de les emmener au parc. Les filles tourbillonnaient dans la maison, foutaient un bordel sans nom dans leur chambre et étaient en peine de leur peau. Pendant que la plus vieille se plaignait que c’était donc plate et que la plus jeune dessinait en cachette sur le mur du corridor, je me suis surprise à souhaiter vivre dans une très très grande maison dotée d’un sous-sol fini, sous-sol dans lequel les filles pourraient s’épivarder en masse sans me tomber sur les nerfs. Avec mon mari, on a commencé à regarder les plus grandes maisons. Et ces maisons se trouvaient en dehors de Montréal. Oh, il y en avait sur l’Île, mais nous ne disposions pas des 900 000 dollars nécessaires à leur achat.

Nous avons jeté notre dévolu sur une coquette résidence de Rosemère. En arrière, il y avait une piscine creusée et un trampoline. Le terrain était immense et magnifique et la maison se trouvait à dix minutes à pied du train de banlieue. Bingo, on se disait. On est allés la visiter un jour de semaine, juste après le trafic. Ça nous a pris exactement trente minutes de ma porte à celle de la grosse cabane convoitée. Vraiment pas si pire, j’ai pensé. Trente minutes sans trafic, c’est rien. On a visité la maison et je lui ai trouvé plein de défauts. «Me semble que ça sent l’humidité dans le sous-sol», j’ai dit à mon mari. «Les chambres ne sont pas assez grandes», il m’a répondu. «Il n’y pas presque pas de comptoir de cuisine.» «J’aime pas le plancher dans l’entrée.» «La terrasse n’est pas de la bonne couleur.» Sur le chemin du retour, on a parlé de tout, sauf de la maison qu’on venait de visiter.

Pendant toute une semaine après cette visite, j’ai continué à éplucher les sites d’annonces. À chaque fois qu’une maison semblait correspondre à ce qu’on cherchait, mon mari et moi on se trouvait une raison de ne pas aller la visiter. Un samedi ensoleillé, alors que les filles jouaient à la tag avec nos voisins d’en face, on a fini par s’avouer qu’on n’avait pas pantoute envie de s’expatrier en banlieue. Pas parce que c’est pas beau, pas parce que le monde n’a pas l’air gentil. Juste parce que c’est pas nous. On haït ça faire du jardinage, je ne suis pas bonne en ménage et, même si j’avais une balayeuse centrale, je ne la passerais pas plus. Mais, surtout, on adore élever nos enfants en ville. Il y a quelque chose d’un peu magique dans le fait d’ouvrir les grandes portes de notre cour et de laisser les filles jouer au hockey boule avec tous les autres enfants de la ruelle. On aime se retrouver avec les autres parents du quartier à la pataugeoire ou au parc juste au bout de notre rue. J’adore avoir la possibilité d’aller acheter des ampoules au Rona ou pouvoir aller bruncher au M sur Masson à pied. On peut faire tout ça en banlieue, vous me direz. Peut-être. Mais il fallait bien que je me l’avoue : Rosemère, ce ne sera jamais Rosemont. Et je préfère m’accommoder de ma petite maison, de ma petite cour et de mon sous-sol à moitié fini plutôt que de faire des choix qui ne me ressemblent pas.

Banlieue

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