La vraie vie (le cercle vicieux du ménage)

Faites-vous du ménage avant que vos invités arrivent ? Rêvez-vous d’une maison comme on en voit sur Pinterest ? Félicitations, vous vivez dans la vraie vie, comme Geneviève Pettersen, mais ne vous laissez pas avoir par le cercle vicieux du ménage, écrit notre chroniqueuse.

 

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La semaine dernière, je partageais sur Facebook des photos de mon comptoir de cuisine et de ma salle à manger en bordel. Les clichés étaient accompagnés du hashtag  (pardon my French) : #FuckPinterest. J’ai publié ces photos dans un but bien simple : rire un bon coup et vous montrer à quel point la vraie vie ne ressemble pas à ce que l’on voit sur ce célèbre média social.

Non, mon comptoir de bois n’est pas épuré et décoré d’une ribambelle de lumières. Pas de pots Mason remplis de légumineuses en vrac à la vue de tous. La plupart du temps — OK, tout le temps —, mon comptoir est plein de traces de beurre d’arachides et envahi de pelures de bananes et de clémentines. Même chose pour ma salle à manger, qui serait vraiment belle, même design, s’il n’y avait pas 20 000 patentes éparpillées sur les meubles, la table et le plancher.

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Photo : Geneviève Pettersen

Je ne l’ai pas avec le ménage. Dans ma tête, tout le monde a une maison plus propre que la mienne. Je n’ai jamais été madame Blancheville et, au grand désespoir de ma mère, ça ne s’arrange vraiment pas. Que voulez-vous ? Je ne l’ai pas pantoute avec le ménage et les choses dégénèrent depuis l’arrivée de mon troisième enfant. Ce n’est pas mêlant, pour garder la maison à un niveau de propreté acceptable, il faudrait que je torche matin, midi et soir. Faudrait aussi que je fasse du lavage tous les jours, sans sauter un seul jour. C’est pas moi qui le dis, c’est ma mère. Elle me l’a d’ailleurs suggéré lors de sa dernière visite, quand elle a vu la montagne de vêtements sales qui jonchait le plancher du sous-sol. Elle a dit ça et j’ai senti une petite pointe de jugement dans sa voix. Pour elle, et pour plusieurs femmes, disons-le, la qualité d’une mère se définit notamment par la propreté de la maison familiale. Et pas question d’ajouter les pères à l’équation : c’est à la mère et à elle seule qu’incombe de faire briller le logis.

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Je ne sais pas pour vous, mais moi je suis vraiment écœurée de cette mentalité. Pas de celle de ma mère. Ma mère je l’adore et elle ne fait qu’appliquer ce que sa propre mère lui a appris. Non, je suis écœurée de laisser le ménage m’angoisser. Je suis tannée de m’excuser à chaque fois que quelqu’un rentre chez nous. De me sentir obligée de dire « excusez-moi, le ménage n’est pas fait » alors que c’est un mensonge et que tout le monde sait très bien que ça fait deux heures que je ramasse, paniquée à l’idée que ma visite me juge.

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Photo : Geneviève Pettersen

Je me trouve ridicule de me sentir coupable de m’asseoir, le soir venu, au lieu de plier les cinq paniers de linge propre qui s’entassent dans le salon ou de laver l’intérieur de mon frigidaire, qui en aurait bien besoin. Je sais que c’est impossible que ma maison ressemble à un magazine de décoration et que c’est pareil dans toutes les familles. Mais je ne peux pas m’empêcher de le souhaiter pareil. Que ma maison ressemble à un intérieur de Dwell, je veux dire. J’ai de la misère à me guérir de ça parce qu’en plus, avouez que quand on visite des amis, leur maison est toujours impeccable. C’est parce qu’eux autres aussi ont la même maladie : ils ont fait du ménage avant qu’on arrive, épouvantés à l’idée qu’on pense qu’ils vivent dans une soue à cochons. J’appelle ça « le cercle vicieux du ménage ». Un cercle où tout le monde, par peur et hypocrisie, fait semblant de vivre dans une maison propre à l’année.

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Je pense qu’on devrait arrêter de se mettre de la pression inutile avec le ménage. Je vote pour qu’on partage tous et toutes des photos de notre bordel accompagné du hashtag #lavraievie. Venez publier des photos de votre capharnaüm sur la page Facebook de Châtelaine ou sur notre compte Twitter. Allez, ne soyez pas gênés. Vous verrez, tout le monde a une maison à l’envers, c’est juste qu’on ne le réalise pas tant on est occupé à regarder des intérieurs arrangés avec le gars des vues. Montrez-moi que vous aussi, vous vivez dans la vraie vie.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)

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