L'édito

Agression non arrivée et... dénoncée

Notre éditrice avait l'habitude de jogger seule à la campagne. Un matin, les choses ont changé.

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Je faisais ma longue course de la semaine autour d’un lac à la campagne. Une journée ensoleillée d’automne avec un décor de carte postale. Tout était parfait. Paisible et délicieux. Soudain, deux gars sont apparus. Ils roulaient sur des vélos de montagne, pas de casque, zigzaguant d’un bord et de l’autre de la route. Quand on s’est croisés, ils m’ont fait des clins d’œil et des bruits de gros bisous avec la bouche.

On ne se connaît pas. On ne s’est jamais vus.

J’ai poursuivi ma course, mais mon cœur s’est mis à battre plus vite. Ils sont deux. Je suis seule. Nous sommes dans un chemin quasi désert…

J’ai essayé de repérer des chalets avec des voitures garées à côté. Il n’y avait pas âme qui vive à l’horizon. J’ai accéléré la cadence pour me rendre à la demeure la plus proche. Elle était trop loin de la route pour que je voie si elle était habitée. Et trop d’images du film Orange mécanique défilaient dans ma tête.

Je me suis retournée pour voir si les hommes étaient repartis. Ils étaient immobiles sur le bord du chemin. J’ai sorti mon téléphone de ma poche et composé le numéro de mon chum sans appuyer sur « appel », pour être prête si je devais appeler à l’aide.

J’ai couru de plus en plus vite. Jusqu’à ce qu’une voiture passe. Ça m’a rassurée.  J’ai ralenti… pendant une minute. Je n’ai pas alerté ses occupants. Qu’est-ce que je leur aurais dit ? « Ces gars m’ont fait des clins d’œil et des sons de bisous, aidez-moi ? » Je me sentais ridicule avec ma peur. Je me suis remise en haute vitesse jusqu’à la route plus passante. 

Je suis rentrée au chalet. J’ai raconté l’incident à mon chum. Il m’a regardé d’un air dubitatif… C’est une histoire sans histoire finalement.

Sauf que, trois mois plus tard, je ne suis toujours pas retournée courir seule à la campagne. Pourtant, j’adore ça.

Comme l’ont si bien exprimé mes collègues Louise Gendron et Crystelle Crépeau dans leur texte (« Pour en finir avec la peur »), la peur est une sensation qui habite la majorité des femmes. Parfois grande, parfois petite, elle part, revient, s’intensifie, se dégonfle. À tout moment elle peut nous prendre d’assaut, dans un stationnement tard le soir ou sur un chemin de campagne en plein jour… Quelle femme ne s’est jamais imaginé un scénario bidon d’autodéfense au cas où ?

L’incident est banal, mais tellement dérangeant.

Messieurs, combien êtes-vous à avoir peur d’aller jogger en solo ? 

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