Ma parole!

Les crèmes antiâge et la peur de vieillir

Notre chroniqueuse Geneviève Pettersen se questionne sur le message réel véhiculé par les crèmes antiâge.

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Dans une autre vie, j’ai écrit sur les produits de beauté. J’avais la «chance» de recevoir plusieurs fois par semaine des cosmétiques, des crèmes surtout, tout à fait gratuitement. Je mets des guillemets à chance puisque ça n’en était pas vraiment une. Les compagnies de cosmétiques ne m’envoyaient pas leurs produits (vendus souvent à un prix exorbitant) pour mes beaux yeux. Non, ils m’acheminaient crèmes, masques, exfoliants et sérums dans le but que j’en fasse la promotion, que je dise partout que la nouvelle composante de leur élixir antiâge était la découverte du siècle. Je veux juste préciser au passage que je n’étais affiliée à aucun magazine. Les fabriquants de produits m’envoyaient leurs produits chouchous dans l’espoir que j’en parle en bien, mais personne ne m’a jamais obligée à vanter une crème contre mon gré. Nuance importante s’il en est une. Malgré ça, j’éprouvais un malaise à recevoir toutes ces gratuités. En plus, à force d’essayer tant de produits de beauté, la peau s’est mise à me chauffer au bout d’un moment. Pour sauver ma face, mais aussi pour préserver mon intégrité, j’ai décidé de ne plus écrire sur les cosmétiques.

Tube-creme-doigtComprenez-moi bien. J’adore tout ce qui est petits pots de crème et je me tartine généreusement l’épiderme matin et soir. L’affaire, c’est que je ne vous dirai pas avec quoi. Je ne vous dirai pas avec quoi parce que, selon moi, l’industrie des crèmes antirides capitalise sur l’une des plus grandes insécurité des femmes : la peur de vieillir. Ça m’a pris du temps pour me sortir de la tête cette idée selon laquelle j’avais le pouvoir de freiner le vieillissement de ma peau avec de la crème hydratante. C’est parce que, depuis que je suis petite, on m’a convaincue à grand coup de réclames publicitaires et d’études supposément scientifiques que ces crèmes-là contenaient des ingrédients actifs capables de freiner la dégénérescence cutanée, voire même de carrément faire disparaître rides et ridules. Comme bien des femmes (et des hommes, il faut tout de même le souligner), j’y croyais. J’étais tellement convaincue des vertus antiâge de mes précieux pots que même les sages paroles des dermatologues coulaient sur mon dos comme sur celui d’un canard. Je ne voulais pas savoir que ces fameux ingrédients actifs ne pénètrent que la couche superficielle de l’épiderme et qu’ils n’ont aucun effet à long terme sur les rides. J’ignorais volontairement que certains ingrédients contenus dans les produits que j’utilisais sont soupçonnés être cancérigènes. Je me mettais la tête dans le sable et tentais de me convaincre que le vieillissement est un processus réversible et qu’il était tout à fait possible d’avoir le contrôle sur quelque chose qui nous échappe complètement, au fond.

J’ai cessé de croire au pouvoir miraculeux des crèmes antirides peu à peu. Maintenant, je n’applique qu’un simple hydratant sans parfum sur ma peau. Curieusement, cet hydratant ne coûte pas la peau des fesses et je n’ai pas l’impression que la face me tombe si je cesse d’en utiliser deux ou trois jours. Je dois avouer que j’ai parfois des rechutes lorsque, certains matins, je vois mon visage dans le miroir après une nuit sans sommeil. Ces matins-là, j’ai bien envie de courir racheter cette crème dont j’étais folle et qui me faisais la joue bien pleine. Sauf que je ne le fais pas. Parce que je ne veux plus encourager cette industrie qui nous prend un peu pour des dindes et qui nous fait miroiter la jeunesse éternelle. J’aime mieux apprendre à m’aimer dans le miroir que faire partie de cette vaste campagne qui, au bout du compte, nous fait sentir plus mal que bien et qui, insidieusement, nous dit qu’une femme jeune vaut mieux qu’une vieille.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)