Ma parole!

Mon chum ce héros

«Il n’y a rien d’exceptionnel à ce que je construise des châteaux de cartes avec la benjamine ou que je suive des cours d’éveil musical avec mon bébé. Mais si c’est mon chum qui s’adonne à ces activités, les félicitations fusent de toutes parts.» Pourquoi ce double standard, demande Geneviève Pettersen.

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On va se parler d’une chose délicate. Une chose qui me fait grimper dans les rideaux et m’énerver le poil des jambes : le double standard  à propos de la manière dont un père ou une mère s’occupe de ses enfants. Mais avant, je veux mettre deux-trois affaires au clair. Mon objectif, ici, n’est pas de minimiser l’apport des pères dans l’éducation des enfants. Je ne veux pas non plus rabaisser les hommes, rire d’eux ou leur enlever leur mérite. Au contraire, j’adore les hommes et je ne suis pas «atteinte» de misandrie.

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Maintenant que j’ai dit ça, je vais vous confier un truc qui m’exaspère dans ma vie de tous les jours : la façon dont on félicite mon chum à la moindre petite chose qu’il fait pour nos enfants. Il va au parc avec eux, c’est un héros. Il emmène ma plus vieille à la pêche, c’est le beau-père le plus exceptionnel dans l’univers. Il prépare un repas, on n’en revient pas de voir comment il m’aide. Il est présent aux visites médicales et aux activités organisées par l’école, c’est un véritable dieu vivant.

Photo: iStock

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Je le répète, loin de moi l’idée de minimiser l’apport de mon conjoint dans notre vie familiale, mais je suis certaine que plusieurs vont se ruer sur Facebook ou dans ma boîte courriel pour me traiter d’ingrate. C’est un père formidable, ce n’est pas la première ni la dernière fois que j’en parle. Seulement, pourquoi on ne considère pas comme exceptionnel le fait qu’une mère passe son après-midi dans le bac à sable avec trois enfants ? Pourquoi on ne me félicite jamais pour ma lasagne ou ma paella? OK, j’avoue que mon mari et mes enfants encensent souvent ma cuisine. Mais ce n’est pas de ce genre de reconnaissance qu’il est question ici. Je parle de reconnaissance au sens large, de reconnaissance sociale.

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Honnêtement, jamais on ne m’a dit que j’étais une mère formidable parce que j’assiste aux récitals de fin d’année, que je passe des heures à étiqueter le matériel scolaire ou à fabriquer des costumes d’Halloween. Pas de danger qu’on me félicite de me tuer à l’ouvrage pour ma famille. Parce que, dans la tête de monsieur madame Tout-le-monde, ça va de soi qu’une mère fait tout ça. C’est juste normal. Pourquoi on me lancerait des fleurs alors que je n’accomplis rien d’extraordinaire, au fond?  Il n’y a rien d’exceptionnel à ce que je construise des châteaux de cartes avec la benjamine ou que je suive des cours d’éveil musical avec mon bébé. Mais si c’est mon chum qui s’adonne à ces activités, les félicitations fusent de toutes parts. On n’en revient pas de voir un père si dévoué et si présent. C’est pas mêlant, on aurait presque envie d’ériger une statue en son honneur dans le parc le plus près.

J’en ai marre de ce double standard. J’aimerais donc ça que l’apport des pères soit considéré comme quelque chose de normal et qui va de soi. Après tout, ne vit-on pas dans une société égalitaire où chacun des membres d’une famille est censé contribuer équitablement à la vie de famille ? Poser la question, c’est y répondre. Mais je suis pleine d’espoir. Et j’espère qu’il est proche le jour où et l’on arrêtera de considérer comme un exploit un homme qui pousse son enfant dans une balançoire.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)