Chroniqueuse du mois

Mon fabuleux cancer et moi: Caroline Allard témoigne

Avec humour, la «mère indigne» nous raconte son cancer.

Mon merveilleux cancer est entré dans ma vie en août 2017. Le spécialiste qui examinait l’échographie de mon sein droit a murmuré qu’il n’aimait pas ce qu’il voyait. J’avais 45 ans et c’était la première fois qu’un homme me faisait une remarque désobligeante en regardant ma poitrine. J’ai trouvé ça exotique !

Dès le lendemain, mon fabuleux cancer a été évoqué à nouveau par ma médecin de famille, une jeune femme dans la vingtaine. Quand elle m’a dit que j’avais probablement un cancer, sa voix tremblait et elle avait les yeux pleins d’eau. Il faut dire qu’elle en était seulement à sa deuxième annonce du genre. Moi, c’était ma première annonce du genre, mais je n’ai pas pu m’empêcher de la consoler : « Ce n’est pas grave, docteure, ce sont des choses qui arrivent… » Le moment parfait pour constater que l’instinct maternel, c’est plus fort que tout !

Le médecin qui a effectué la biopsie de ma magnifique tumeur et confirmé sa nature maligne en avait vu d’autres, lui. Je lui ai demandé si j’allais mourir cette année. « Si vous vous faites écraser par un autobus, vous allez mourir. Mais vous ne mourrez pas de ce cancer-là. » En plus de m’avoir soulagée et fait beaucoup rire, sa remarque m’a incitée à être très prudente en traversant la rue. Il m’a peut-être sauvé la vie d’une autre façon !

Le matin de l’intervention chirurgicale destinée à retirer ma superbe masse cancéreuse, j’attendais mon tour – et je n’étais pas la seule. Je m’étonnais de l’achalandage à une infirmière qui m’a répondu que « des seins, madame, ils en opèrent à la journée longue ! » J’ai réalisé qu’on était beaucoup (trop) dans le même bateau. Ramer en groupe, ça rend la traversée moins épeurante.

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Ensuite, mon incroyable cancer m’a fait goûter à la chimiothérapie. Mononc’ Ologue a passé 20 bonnes minutes à me faire la liste des effets indésirables des médicaments qu’on m’administrerait toutes les trois semaines pendant cinq mois. Mais la chimio a été douce avec moi. À part un peu de fatigue, l’effet secondaire le plus marquant a été qu’en me voyant sans cheveux, sans cils ni sourcils, beaucoup de gens m’ont cédé leur place dans le métro ; mes voisins ont été indulgents envers mon gazon trop long ; ma coiffeuse a rasé ma première (et horrible) repousse gratuitement ; mon mari a accompli seul la tâche la plus abominable de l’année (magasiner le matériel scolaire de nos enfants) ; et une agente de police m’a simplement donné un avertissement au lieu d’une contravention le jour où j’ai brûlé un stop. D’ailleurs, c’est sans doute pour me punir d’avoir trop profité de mon look de cancéreuse qu’aujourd’hui mes cheveux repoussent vraiment, mais vraiment lentement !

Je le sais, vous n’êtes pas dupes : avoir un cancer n’a rien de fabuleux, d’incroyable ou de magnifique. Réaliser que la mort est peut-être tout près et qu’on n’y est décidément pas prête, passer une année de sa vie centrée sur la maladie, à attendre des résultats, à calculer des pronostics, à subir des traitements exigeants, à voir son entourage s’inquiéter tout le temps, à comprendre que plus jamais une mammographie « de routine » ne sera routinière pour moi – tout ça, c’est angoissant, douloureux, épuisant.

Pourtant, je ressors de mon cancer avec plus de bons souvenirs que de mauvais. J’ai admiré le professionnalisme et la gentillesse du personnel soignant. Jamais je ne me suis sentie aussi proche de ma famille, de mes amis, de mes émotions. Paradoxalement, j’ai beaucoup ri. Et avec mon cancer, j’ai gagné une nouvelle paire de lunettes virtuelles avec laquelle je vois avec plus d’acuité et beaucoup de tendresse toutes ces autres femmes qui ont fait le même voyage que moi il y a 2, 6, 18 ou 25 ans.

À travers les épreuves et notre capacité à y faire face jour après jour, nous découvrons que c’est nous qui sommes fabuleuses.

Caroline Allard est l’auteure, entre autres, du blogue et des livres «Les chroniques d’une mère indigne». Elle est également scénariste.

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