Ne cachez pas ce sein flasque que je ne saurais voir

On valorise le corps de la femme enceinte, mais pas celui de la mère qui vient d’enfanter. Marianne Prairie a rencontré deux mamans dont le projet de livre vise à réconcilier les femmes avec la pression sociale autour de la maternité.

 

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J’avais hâte de rencontrer les deux amies et instigatrices du projet de livre Mères et mondes. Geneviève Morand et Marie-Julie Garneau sont présentement en campagne de sociofinancement pour réaliser leur ambitieuse idée : un livre d’art mettant en vedette la beauté et la diversité des mères. Au moyen de photographies et de témoignages, elles souhaitent « célébrer la maternité sous toutes ses formes, ses joies, ses peines, ses rondeurs et ses plis. » J’ai évidemment été séduite par le concept (en fait, je tripe fort) et j’avais envie de jaser avec ces femmes dont le discours nuancé sur la maternité rejoint le mien.

Photo: Marie-Julie Garneau
Photo: Marie-Julie Garneau

 

Lorsque je les ai rejointes sur une terrasse de mon quartier, Geneviève et Marie-Julie y étaient déjà, en train d’émietter croissant et muffin pour nourrir leurs p’tits derniers. Elles sont « techniquement » en congé de maternité, mais elles ont plutôt profité de ce moment de synchronicité pour donner vie à Mères et monde.

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« On s’est retrouvées au bon endroit au bon moment », m’explique Geneviève, l’auteure dans ce nouveau duo. « On voulait faire quelque chose ensemble, qui unirait nos “dons”. On sait mettre les gens à l’aise pour qu’ils se révèlent de façon complètement authentique et ensuite faire ressortir leur âme en récits et en photos. » Marie-Julie, photographe de maternité depuis une dizaine d’années, a immortalisé Geneviève lors de ses deux grossesses. « Chaque fois je me retrouvais nue devant elle sans comprendre ce qui s’était passé! », rigole-t-elle.

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Photo: Marie-Julie Garneau

« On a beau être féministes toutes les deux, nous nous rendons compte que nous livrons toujours des batailles pour accepter notre image corporelle », raconte Geneviève. Car bien qu’elles soient conscientes de la pression ressentie par les mères pour retrouver leur silhouette d’avant la grossesse et qu’elles la critiquent, il demeure difficile de s’y soustraire. « On ne peut s’empêcher de haïr ce bourrelet ou ce sein plus petit que l’autre… Le corps de la femme enceinte est valorisé, mais pas le corps mou de la femme qui a donné naissance! » confie la jeune maman.

Marie-Julie constate que le modèle du corps mince et sans trace d’enfantement est si bien intégré dans sa psyché qu’elle est doublement dure avec elle-même : « Je suis une femme éduquée et sensibilisée à ces questions, je devrais être capable de résister à cette pression! Mais non. Alors, en plus de ne pas me sentir bien dans mon corps, je me sens poche dans ma tête. » Puis, elle lance : « Et on devrait bannir tout ce vocabulaire qui nous laisse croire qu’on peut revenir comme avant, c’est impossible! La maternité nous transforme de toutes sortes de façons, dedans comme dehors. C’est précisément ça qu’on veut documenter dans le livre. »

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Photo: Marie-Julie Garneau

Mères et mondes se veut donc une réponse à la maternité de performance qui pousse à faire toujours plus et toujours mieux pour répondre à des standards irréalistes, notamment sur le plan du corps, de l’éducation des enfants ou du ménage. D’ailleurs, lorsqu’elles se déplacent chez les mères participantes, Geneviève et Marie-Julie leur demandent de ne pas faire le ménage pour que son portrait reflète le plus fidèlement possible sa réalité. Sympathique, non?

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Une bonne douzaine volontaires se sont déjà mises à nu, au sens propre comme au figuré, pour construire cette mosaïque que les créatrices veulent très diversifiée, abordant sans tabous l’homoparentalité, la procréation assistée ou la fausse couche. « Au final, on aimerait avoir une cinquantaine de portraits dans le livre », précise Marie-Julie. « Et offrir des modèles différents à nos filles! » ajoute Geneviève. C’est d’ailleurs le moment où la fille cadette de Geneviève en profite pour se manifester bruyamment. Synchro, on disait?

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Photo: Marie-Julie Garneau

J’adore le message, porté avec brio par ces filles talentueuses et sensibles. Des projets percutants comme celui-là, faits avec amour au Québec, les mères en ont besoin. Il nous faut parfois lire les histoires des autres pour mieux accepter la nôtre, mais nous avons toujours besoin de savoir que nous sommes magnifiques telles que nous sommes.

Je vous invite à faire comme moi et à soutenir financièrement Geneviève et Marie-Julie d’ici le 19 juin 2016 pour que leur livre Mères et mondes puisse naître l’an prochain, à la fête des Mères.

Participeriez-vous à ce genre de projet pour exposer votre histoire et votre corps de mère?

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)

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