Noël me stresse

Geneviève Pettersen n’aime pas le 24 décembre parce qu’elle doit passer la soirée avec des gens qu’elle n’a pas choisi et avec qui elle a peu en commun.

 

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C’est censé être la plus belle fête de l’année. Le moment, peut-être le seul d’ailleurs, où toute la famille élargie s’attable autour de la dinde juteuse de ma tante Pauline ou de la vraie tourtière du Saguenay de mon oncle Gilles. Si tout se passe bien, c’est-à-dire si on réussit par miracle à éviter les sujets tabous du temps des fêtes (argent, politique et religion), on termine le tout en se contant des jokes grasses autour d’un sapin trop grand pour le salon. On déballe trop de cadeaux, on boit du eggnog même si ça nous tombe sur le cœur et on se couche aux petites heures du matin. Le lendemain du réveillon, on s’en retourne chez nous, non sans avoir au préalable avalé deux Liqui-Gels Advil en se jurant que, l’an prochain, on accompagnera le vin rouge de plus d’eau pétillante.

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Photo: Pixel Stories/Stocksy

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C’est censé être tout ça, Noël. Mais, comme chacun sait, le risque est grand de recevoir une cuillerée d’atocas en pleine face parce qu’on a avoué à la nouvelle blonde de mon oncle Gilles qu’on n’aimait pas son brushing. Je ne sais pas pour vous, mais moi, Noël me stresse. Pas que je n’aime pas l’idée. Pas que je condamne les dérives du capitalisme quant au réveillon. Non, j’ai peur du 24 décembre parce qu’il faut que je passe la soirée avec des gens que je n’ai pas choisis et avec qui je n’ai pas grand-chose en commun. En plus, les silences à table m’angoissent et je ressens toujours le besoin incontrôlable de m’ouvrir la trappe sans relâche pour tenter de mettre fin au malaise, le mien surtout.

Je n’aime pas être obligée de faire des choses. Et pour moi, Noël, c’est ça, une obligation. On est obligés de s’habiller chic. On est obligés de conduire beaucoup trop loin pour s’asseoir dans un salon quétaine et déguster les canapés congelés de notre hôtesse en lui faisant croire que ça goûte aussi bon que si elle les avait préparés. Note aux hôtes et aux hôtesses de ce monde : vous n’êtes pas obligés de nous servir ça. Des Tostitos trempées dans la préparation de fromage jaune feraient la job, rendu là.

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Quand j’étais petite, mon père avait développé un truc pour éviter le réveillon. Lui non plus n’aimait pas les obligations, ça fait qu’il achetait des billets pour le Venezuela. Chaque 23 décembre, on se sauvait dans le Sud, au grand désespoir des parents de mes parents, de leurs 12 frères et sœurs et de leurs 33 cousins de la fesse gauche. Je concède que c’est une solution un peu extrême, c’est quand même ce que j’aurais envie de faire certaines années.

Mais j’avoue que mon désir d’exil se fait beaucoup moins pressant depuis que j’ai pris la décision de fêter Noël à la maison. Je décline  les invitations qui ne me tentent pas et je me sens tellement mieux. Je suis peut-être égoïste. Je refuse de gaspiller des soirées avec des gens que je n’ai pas le goût de voir. Je manque déjà de temps pour ceux qui comptent pour moi, alors consacrer de précieuses heures à faire l’hypocrite et à feindre de m’amuser, je ne peux juste plus. Astheure, j’invite ma famille proche chez moi ou je me rends chez ma tante Sylvie, que j’adore. Là-bas, pas de faux-semblant, de conversation insignifiante ni de brushing laid. Juste du beau monde bien dans sa peau et qui est content de se retrouver pour se raconter les dernières nouvelles. Pis peut-être un peu de jokes grasses, aussi.

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Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)

 

 

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