Ma parole!

Nos enfants ne nous appartiennent pas

Tous les jours, les enfants apprennent de nouvelles choses à l’école. Certaines dont on aurait voulu les préserver. Mais impossible de tout contrôler, a appris notre chroniqueuse Geneviève Pettersen.

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Cette année, ma cadette a fait son entrée à la maternelle. Je savais qu’on devrait faire face à une période d’adaptation – j’étais déjà passée par là. Je devinais comment ça allait se dérouler. Dès qu’elle en aurait franchi les portes, ma fille m’appartiendrait moins. Je devrais la partager avec l’école. Oh ! ça avait déjà commencé avec la garderie mais, là, ce n’était pas pareil.

Je me souviens des jours qui ont suivi la première rentrée scolaire de mon aînée. Ça ne me dérangeait pas trop. Même que de la voir devenir grande en temps réel me remplissait de fierté. C’était jusqu’à ce soir où, après le souper familial, elle s’est mise à se déhancher en chantant « I’m sexy and I know it ». Sa petite sœur l’a tout de suite imitée et s’est fait aller le derrière en faisant bien attention à ce qu’il soit en parfaite harmonie avec celui de mon écolière de fille. J’ai craché ma gorgée de pinot noir et sommé ma grande de me dire où elle avait entendu cette chanson. « C’est mes amis qui chantent ça à la récréation », m’a-t-elle répondu. « Vous allez m’arrêter ça tout de suite, a dit mon mari. Je vais vous expliquer pourquoi chanter ça et danser de même, ce n’est pas approprié pour des petites filles. » Je vous épargne le discours un brin moralisateur qu’on leur a servi. À cet instant, nous ignorions que notre naïveté de parents allait en prendre pour son rhume dans les semaines à venir.

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« Maman, je veux toutes les poupées Monster High ! » « Julien a vu deux madames faire l’amour avec un monsieur sur l’ordinateur de son frère. » Ce n’est là qu’un maigre échantillon de tous les trucs qu’a prononcés en revenant de l’école mon enfant jadis si parfaite. Désormais, toutes les choses dont j’avais voulu la préserver, tout ce que je tenais loin de la maison, avaient droit de cité. Et, comme si ça ne suffisait pas, ma fille exigeait des comptes. Elle voulait savoir pourquoi il n’y avait pas ceci ou cela chez nous ou pourquoi je lui interdisais certains comportements alors que ses amis, eux, avaient droit à tout. J’étais devenue la mère la moins cool du quartier. Je me sentais dépossédée. Et j’étais fâchée, fâchée que l’école transforme ma fille en une enfant que je ne reconnaissais plus.

Puis, les mois ont passé et je me suis calmé le pompon. J’ai compris qu’on ne peut pas élever ses enfants dans des bocaux hermétiques. Tôt ou tard, ils devront faire face à des valeurs différentes, à des comportements douteux ou à des façons de faire à mille lieues des nôtres.

L’entrée à la maternelle n’est que le point de départ de cette prise de conscience. Le moment où nous réalisons que nos enfants ne nous appartiennent pas. Certes, les valeurs inculquées et les gestes enseignés resteront gravés au fin fond de leur mémoire, mais il y aura des moments où ils seront enfouis si profond que vous ne reconnaîtrez plus vos petits chéris.

Ne vous en faites pas, leur vraie nature refera toujours surface. Je le sais parce que ma grande lève le nez sur ses Monster High et qu’elle n’est plus amie avec le petit gars dont l’ordinateur familial ne connaît pas le contrôle parental.

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C’est aux côtés d’une mère pas mal plus zen, donc, que ma cadette a commencé la maternelle. En allant la reconduire, je me suis dit que, de toute façon, elle était déjà présinistrée. Sa sœur lui a appris toutes les niaiseries. Qui sait, ce sera peut-être elle qui fera pester les mères qui, comme moi jadis, ont des enfants qui franchissent les portes de la grande école pour la première fois. Je parie qu’elle va leur parler de pet… minimum.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)

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