Ma parole!

Peu de résolutions, c’est mieux

«Je vais laisser faire la remise en forme, l’abolition des gras saturés ou les voeux pieux culturels», écrit Geneviève Pettersen à propos des résolutions qu’elle ne prendra pas. Et celles qu’elle prendra? À lire.

Ma_paroleJanvier, le mois des résolutions. Il est de bon ton, ces derniers temps, de prétendre n’en avoir aucune. Remarquez que cette tendance a du bon. On ose s’avouer que ce n’est pas vrai qu’on va fréquenter le gym assidûment au-delà de février. On réalise que devenir végétarien relève de l’utopie. On se dit que lire tout Dostoïevski, c’est peut-être excessif. Comme retrouver tous les bas solitaires – ceux qu’on garde précieusement dans un sac en plastique au cas où l’autre referait surface – et les grouper avec leur confrère.

Photo: Marija Mandic/Stocksy

Ne pas avoir de résolution, ça a du bon. On se met moins de pression, et les risques d’échec diminuent de façon draconienne. Ce n’est pas comme si j’avais besoin de plus de raisons de me sentir poche ou de douter de moi. Donc, en ce sens, fuir les lieux communs associés au premier de l’An me convient bien. Sauf que je trouve un peu lâche de m’avouer vaincue tout de suite en partant. Ça fait un peu partie de ce nivellement par le bas que je passe mon temps à dénoncer. Comment mettre la barre haut sur le plan social si je ne suis même pas capable de la placer au-delà du ras des pâquerettes quand il s’agit de ma propre personne ?

C’est dans cet esprit que je me suis promis de ne pas bouder les résolutions cette année. Seulement, je vais laisser faire la remise en forme, l’abolition des gras saturés ou les vœux pieux culturels. Je me concentrerai sur l’objectif de devenir une meilleure personne à l’intérieur. Vous estimez que la littérature nourrit le cerveau et que la bonne alimentation m’améliore par en dedans ? Vous avez raison. Ce que je veux dire, c’est que je désire faire des efforts pour enjoliver mon vrai moi, celui caché creux. Celui qu’on ne montre jamais à personne parce qu’il est constitué de zones grises et de trous noirs. Celui qu’on dissimule, dont on refuse de tenir compte et qui ressort tout croche quand il sort au grand jour. Ce moi-là, je ne le montre pas souvent. Vous non plus, j’en suis certaine.

À LIRE: Une famille nombreuse, ce n’est pas toujours rose

Je vais donc travailler sur cette zone de ma personne. C’est là que toutes mes névroses ont élu domicile. Mon impatience et les comportements dont je ne suis pas fière y habitent. C’est à cause de ce qui s’y cache qu’il m’arrive de crier après mes enfants à l’heure du souper. C’est aussi à cause du grand trou noir que je me trouve parfois laide, grosse et immonde en me regardant dans un miroir. Les zones grises, j’en suis certaine, jouent un rôle important dans la culpabilité alimentaire que je ressens quand je cuisine l’énième repas de pâtes de la semaine ou que je décide de commander de la pizza. Le gène de la procrastination s’y terre-t-il aussi ? Ça ferait du bien si je pouvais venir à bout de celui-là. Ça m’empêcherait de payer mes comptes en retard ou de remettre mes chroniques à la dernière minute.

Ce ne sera pas facile de travailler sur cette partie de moi. Beaucoup moins en tout cas que de m’inscrire à un cours de CrossFit ou de cuisine végétalienne. Je sais que, rendu au 15 janvier, mon gène de la procrastination va lutter très fort pour reprendre le dessus. Ça ne fera pas son affaire que je regarde là où ça fait mal et que j’essaie d’en finir avec certaines habitudes trop bien ancrées. Oui, la tentation sera forte, le 15 au soir, de parler un peu fort à mes filles et de les sommer d’aller écouter un film dans leur chambre au lieu de supporter leurs sparages dans mon salon. Ce soir-là, je vais me dire que j’ai encore en masse de temps pour régler mon compte de carte de crédit et que le manuscrit auquel je travaille peut attendre. Vous comprenez, la loi du moindre effort fait partie de moi depuis si longtemps. Et l’inertie l’emporte toujours sur l’action. Tout le monde sait ça.

À LIRE: Résolutions: en 2016, j’aimerais…

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)