Qui est Eva Ottawa?

En dehors des communiqués officiels, on connaît peu la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme, Eva Ottawa. Notre chroniqueuse Marianne Prairie l’a rencontré pour sa toute première interview depuis qu’elle est en poste. Entrevue avec une leader aussi posée que persévérante.

 

Bandeau_web_MPrairie - Féministe

Au début du mois de septembre, un grand élan de joie sur les médias sociaux a accueilli la nomination d’Eva Ottawa à la présidence du Conseil du statut de la femme (CSF). Première femme Grand chef et présidente de la Nation Atikamekw de 2006 à 2013, elle devenait aussi la première femme autochtone à diriger un organisme consultatif relevant du gouvernement provincial. Lise Thériault, vice-première ministre et ministre responsable de la Condition féminine, a souligné « le caractère historique de cette nomination » dans un communiqué qui décrit Eva Ottawa comme « un véritable modèle de réussite pour toutes les Québécoises ».

En effet, nous avons affaire ici à une pionnière, une vraie. Originaire de Manawan dans la région de Lanaudière, Eva Ottawa est une militante chevronnée. Depuis plusieurs années, elle s’implique dans sa communauté et fait valoir les droits de la nation atikamekw et des autres autochtones du Québec. Détentrice de baccalauréats en sociologie et en droit, elle siégeait également à la Commission des droits de la personne depuis 2015. Il n’est donc pas étonnant de la retrouver à la tête du Conseil du statut de la femme pour défendre les droits et les intérêts d’un groupe touché par la discrimination.

Chatelaine_feministe-tout-compris_Eva-Ottawa
Photo: Liliane Côté

 

Vous imaginiez-vous un jour à la présidence du Conseil du statut de la femme? 

Non, c’est une très belle surprise! À la mi-août, lorsque j’ai reçu l’appel de la ministre Thériault pour sonder mon intérêt, j’ai accepté tout de suite. Je sais comment la vie peut être difficile pour les femmes. J’ai été témoin de tellement de situations d’inégalité. Dans l’accès aux postes de pouvoir ou simplement dans la manière dont on nous parle… J’ai fait de la politique comme Grand chef et membre de l’équipe de négociation de la nation atikamekw, et alors que je présentais des dossiers chauds qui concernaient le territoire, il m’arrivait de me faire interrompre ou que l’on ignore mon intervention pour continuer sur autre chose. C’était très frustrant.

Êtes-vous féministe?

Oui. Nous sommes d’abord des êtres humains, nous devrions tous avoir les mêmes droits, mais il faut aussi que nos droits soient reconnus. Il y a toujours un écart entre l’égalité de droit et l’égalité de fait. Par exemple, il existe une loi pour l’égalité salariale, mais encore aujourd’hui, les femmes ne sont pas aussi bien payées que les hommes.

Geoffrey Kelley, le ministre responsable des Affaires autochtones a dit que votre nomination participait à « l’élan de réconciliation » du Québec avec les nations autochtones et Michelle Audette, commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées, estime que cela démontre une marque de confiance du gouvernement envers les Autochtones. Êtes-vous aussi optimiste?

Je suis très honorée d’être à la tête d’un organisme aussi important et qu’on y accueille ainsi la contribution d’une femme autochtone. Je crois aussi que c’est le début d’un pont entre nos deux nations. Ma nomination envoie aussi un message d’espoir à nos jeunes dans les communautés.

Considérez-vous être un modèle?

Oui, je trouve important d’être ce modèle de femme autochtone qui défend ses droits. Je veux inspirer les jeunes pour qu’ils poursuivent leurs études et qu’ils croient en leurs rêves. J’ai été consultante pour les services éducatifs du Conseil des Atikamekw jusqu’en 2015 et pour moi, l’éducation, c’est essentiel.

Le dossier des abus perpétrés par des policiers sur des femmes autochtones de Val-d’Or vous interpelle particulièrement. De quelle façon votre nouveau poste au CSF peut-il vous permettre d’améliorer la situation là-bas?

Le gouvernement fédéral a lancé une enquête nationale, tandis que le gouvernement provincial a adopté un décret pour collaborer à cette enquête. Je suivrai tout ça de près. Par ailleurs, le CSF a beaucoup de latitude pour veiller au respect des droits des femmes et dénoncer des situations comme celle de Val-d’Or. D’ailleurs, nous avons publié tout récemment une brochure intitulée À la rencontre des femmes autochtones du Québec dans laquelle les données sur la violence subie par les femmes autochtones donnent froid dans le dos. On peut y lire que 75% des filles autochtones de moins de 18 ans ont subi une agression sexuelle! Je crois que nous pouvons amener le changement aussi de cette façon : en informant la population sur la situation des femmes autochtones et en nous faisant connaître davantage.

Quelles seront vos priorités au cours de votre mandat de 5 ans?

J’ai accepté ce mandat dans l’idée de rapprocher les nations autochtones et non autochtones et d’améliorer les conditions de vie de toutes des femmes du Québec. Le dossier de la violence envers les femmes est prioritaire à mes yeux, tout comme celui de l’éducation à l’égalité. Les formateurs et les intervenants en lien direct avec nos jeunes doivent être eux-mêmes sensibilisés et donner de l’information en ce sens. Dès le primaire, c’est important que garçons et filles soient sensibilisés aux valeurs d’égalité et qu’ils sachent ce que sont les stéréotypes de genre. Nous sortirons d’ailleurs bientôt un avis sur l’éducation.

Justement, qu’est-ce que le CSF prépare dans les prochains mois?

Nous présenterons une recherche sur la radicalisation, en collaboration avec le Centre de prévention de la radicalisation à la fin du mois d’octobre. Nous aborderons cet enjeu dans la perspective du genre, ce qui est nouveau. À venir également, une étude sur les femmes entrepreneures chez les autochtones.

Un mot de la fin?

Je me sens privilégiée de pouvoir partager mon expérience au sein du Conseil du statut de la femme. Je vois une ouverture, une opportunité à saisir… Et on sait qu’elles se font rares pour les femmes autochtones ou immigrantes.

– – –

Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prairie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)

 

Impossible d'ajouter des commentaires.